Algérie: Abdelaziz Bouteflika entame un quatrième mandat

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L’instabilité va continuer à croître

Par Serge Jordan, CIO

Du point de vue du pur « suspense », les élections algériennes ont été un non-événement. Les Algériens sont habitués aux mascarades électorales qui appuient le candidat sélectionné dans des circonstances obscures par ceux auxquels on se rapport largement comme « le pouvoir » : les dirigeants du parti au pouvoir, le FLN, les grands magnats du business, mais également les généraux de l’armée et services secrets, qui essaient tous de tirer les ficelles sur la scène politique selon leurs intérêts personnels.

Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, fragile et souffrant, règne sur l’Algérie depuis 15 ans. C’est le candidat favori des différentes factions de l’élite dirigeante du pays, ainsi que des plus grandes puissances occidentales. Pour ces dernières, la convergence d’intérêts avec le régime algérien revêt une importance stratégique ; à la fois pour poursuivre leurs aventures impérialistes dans la région mais aussi pour sécuriser la vaste source d’hydrocarbures que représente le pays, et d’autant plus dans le contexte de la crise ukrainienne.

Bouteflika a « gagné » un quatrième mandat le 17 avril, avec un score officiel de 81,53% des voix. Sa victoire a été annoncée avant même l’annonce des résultats. Même en considérant que ce chiffre est exact, ceci signifierait toutefois que cinq millions de personnes en moins lui ont donné leur voix par rapport à la dernière élection présidentielle de 2009. Le taux de participation officiel n’a quant à lui qu’à peine dépassé la moitié de l’électorat.

Ce résultat peine à couvrir le mécontentement croissant et qui s’exprime toujours davantage de parties de plus en plus grandes de la population algérienne, l’effondrement de la popularité de Bouteflika et le grondement de la confrontation au sommet de la société. De manière significative, quelque 463 000 officiers de tous les secteurs des corps de l’armée ont été mobilisés par le régime pour superviser cette élection ; une indication de la nervosité du régime.

Un régime autoritaire derrière une façade de pluralisme

À part Bouteflika, cinq autres candidats concouraient à la présidentielle. En réalité, cette élection n’est pas apparue différemment des autres ; avec un candidat favori et un maquillage pluraliste ; les autres candidats ne représentant majoritairement que des factions dissidentes, à des degrés différents, d’un régime sclérosé.

Quelques commentateurs ont fait grand cas du soi-disant « seul opposant sérieux » à Bouteflika, Ali Benflis. Ce dernier, qui a eu 12,18% des voix (les quatre autres se sont partagés les 6,3% restants), a critiqué les résultats électoraux en déclarant qu’ils étaient marqués par des « fraudes à une échelle massive ». Alors qu’il se profilait comme candidat indépendant, Benflis a pourtant été Premier ministre pendant le premier mandat de Bouteflika et n’est, des pieds à la tête, qu’un pur produit du système : il a son propre réseau de soutiens dans le FLN et l’appareil d’État, et ne représente aucune alternative authentique au régime actuel.

Même Louisa Hanoune, candidate soi-disant « trotskyste » du petit Parti des Travailleurs (PT), est connue pour être proche de Bouteflika et son régime. Avec 1,37% des voix, elle fut la première parmi les candidats à reconnaître formellement les résultats, à appeler au respect de la supposée « volonté du peuple » et à désigner Bouteflika gagnant de l’élection.

En dehors des sphères électorales, on a pu voir une répression systématique des dissidences pendant la campagne : des actions de protestation qui se sont tenues contre le quatrième mandat de Bouteflika ou pour appeler au boycott des élections ont été brutalement réprimées par la police. Une station de télévision privée a été fermée pour avoir mis en question la réélection de Bouteflika et le gouvernement refuse leurs visas à des équipes médiatiques ou des journalistes étrangers qui se montrent trop critiques vis à vis du Président.

Une abstention massive

Cela fait bien longtemps que beaucoup en Algérie et particulièrement la jeunesse ne prêtent plus aucune crédibilité au processus électoraux du pays tellement ceux-ci sont grotesques et biaisés. La plupart des Algériens n’ont même pas de carte électorale, sachant pertinemment que tout est joué d’avance.

Le taux de participation n’a fait que diminuer ces dernières années. Même le taux officiel d’abstention cette fois-ci était à son plus haut niveau pour une élection présidentielle depuis celle de 1995, avec 49% contre 26% pour celle de 2009. Le fait même que les chiffres officiels, malgré le fait qu’ils soient vraisemblablement gonflés, doivent refléter cette abstention historiquement haute pour apparaître crédibles, en disent grand sur l’état d’apathie de l’électorat quant à une élection dont la nature factice n’est un secret pour personne.

Les tensions grandissent en Kabylie

Dans la région rebelle de Kabylie, dans le nord-est du pays, seuls 25% des électeurs se sont déplacés aux urnes, ce qui représente la participation la plus basse de tout le pays. Le jour de l’élection, dans la ville kabyle de Bouira, des jeunes ont saccagé un bureau de vote et ont affronté la police. Au début du mois, des incidents similaires avaient déjà été constatés à Bejaia, la plus grande ville de la région, où des centaines de manifestants ont bloqué les rues. Ils ont brûlé le centre culturel où les partisans de Bouteflika étaient sensés tenir un discours ; les empêchant ainsi de tenir leur meeting. Quelques jours après les élections, les forces de sécurité se sont violemment affrontées à des militants dans la ville de Tizi Ouzou, toujours dans la même région.

La Kabylie est majoritairement composée d’Amazighs , ou Berbères, dont les droits culturels et linguistiques ont été systématiquement violés par le régime algérien nationaliste. Historiquement, cette région est un foyer de résistance et le point de départ de mouvements de masse contre les autorités centrales. Avec une méthode classique de « diviser pour mieux régner », le régime a fait une montagne de la carte d’identité « arabo-islamique » pour s’opposer aux revendications des Berbères. De manière assez typique, Abdelmalek Sellal, qui a été Premier ministre de Bouteflika jusqu’à mi-mars, a récemment affirmé qu’il n’y avait « pas de problème de minorités en Algérie ».

Dans le cadre de la crise actuelle et d’une atmosphère chargée, les tensions ont toutes les chances d’être ravivées quant à la question nationale, particulièrement en Kabylie. Une attitude de principe de la part de la gauche est vitale pour apporter une solution durable à cette question. C’est à dire prendre position pour des droits égaux et l’autodétermination de la communauté berbère, en liant ceci à la nécessité d’une lutte commune de tous les travailleurs et les pauvres, Arabes et Berbères, pour une transformation socialiste de la société, autant en Kabylie que dans toute l’Algérie.

Barakat

Ce n’est pas qu’en Kabylie que la rage croît. Plus que les élections, les dizaines de mouvements populaires contre la tenue de meetings électoraux à travers le pays et contre le nouveau mandat de Bouteflika sont un bien meilleur baromètre du climat dans de nombreux endroits. Les Algériens font de plus en plus entendre leur mécontentement quant à la corruption parmi l’establishment pourri et la détérioration de leurs conditions de vie.

Un nouveau mouvement, Barakat (« Assez » en arabe) a émergé, gagnant rapidement un certain écho parmi la jeunesse de la classe moyenne sur les réseaux sociaux. En essayant de mobiliser autour d’une opposition au nouveau mandat de Bouteflika, Barakat s’adresse essentiellement à des couches de la classe moyenne. Ils n’abordent pas les problèmes sociaux pressants au cœur des inquiétudes de beaucoup de travailleurs algériens. Ils parlent d’établir une démocratie et de se battre pour des élections transparentes, ce qui est juste. Mais les dirigeants de ce mouvement ne remettent pas en cause les fondations économiques du système algérien.

Un mouvement contre le caractère autoritaire et répressif du régime actuel doit s’adresser aux travailleurs, aux pauvres, aux chômeurs, et les mobiliser autour de revendications sociales claires. Ces revendications devraient partir des immenses richesses existantes dans le pays et expliquer que seul la construction d’une lutte de masse contre le pouvoir économique et politique des oligarques corrompus peut amener un changement structurel en faveur des « 99% » de la population.

Un régime en crise

En fait, ces élections ont révélé la crise sans précédent qui frappe le régime. Le « consensus » apparent – et relatif autour de Bouteflika s’effondre ; des fractures profondes parmi les échelons supérieurs du régimes apparaissent ouvertement. Cela a particulièrement été le cas entre deux centres du pouvoir : l’armée, plus proche du cercle de Bouteflika, et le Département de Renseignement et de Sécurité (DRS) ; qui se sont engagés dans une guerre interposée via les secteurs et organes médiatiques qu’ils contrôlent respectivement.

Ce conflit est un reflet des luttes de pouvoir en cours entre les différentes factions de la classe dirigeante, en lice finalement pour contrôler la richesse du pays ; un combat dans lequel des milliards de dollars sont en jeu.

Depuis l’indépendance en 1962, l’armée et les services secrets ont une mainmise ferme sur les politiciens algériens, et surtout suite au coup d’état militaire de Houari Boumedienne en 1965. Le rôle politique de l’armée et des « services » s’est vu renforcé pendant les années 1990, lors de la guerre civile. Ces institutions, après avoir orchestré un coup d’état en 1992 contre la victoire électorale du FIS (Front Islamique du Salut, un parti islamiste radical), se sont établies comme forces craintes et toutes-puissantes au cours de leur confrontation avec les insurgés islamistes armés. Cette « guerre totale au terrorisme » fut utilisée pour imposer un règne de terreur où la barbarie de l’armée rivalisa avec la violence des fondamentalistes.

En 1999, les généraux et grands chefs du DRS acceptèrent de placer Bouteflika à la présidence. Après des accusations de fraudes par d’autres candidats, Bouteflika finit par être le seul à contester la présidence, en se présentant comme le candidat de la paix et du consensus ; et gagna une victoire écrasante – bien que frauduleuse.

Jouant sur son propre héritage de vétéran de la guerre de libération coloniale contre l’impérialisme français, s’appuyant sur l’épuisement de la population après une décennie de guerre civile abominable, donnant l’amnistie aux criminels des deux parties du conflit des années 1990, encourageant un culte de sa propre personnalité, réduisant le Parlement à une chambre d’enregistrement, préférant les décrets aux lois, ayant une attitude équilibrée entre les classes sociales et entre les clans dirigeants en concurrence les uns avec les autres, Bouteflika était typique de ce que les marxistes qualifient d’un régime « bonapartiste ».

Toutefois, la présidence autant que le régime sont devenus de plus en plus fragiles au fil des ans, et la base sociale de Bouteflika, si elle existe toujours parmi une certaine couche, s’est effritée.

Un président sénile

Pendant la campagne, deux chaînes de télévision ont constamment diffusé de précédents discours de Bouteflika pour le montrer en bonne forme. Mais la réalité est très différente. Bouteflika n’est plus qu’un candidat « fantôme » ; il n’a pas assisté à un seul meeting de la campagne, lutte pour se lever ou même pour parler. Largement sénile, Bouteflika n’est aujourd’hui rien de plus qu’une frêle figure de proue, un point d’équilibre entre les différentes factions de la classe dirigeante. La possibilité qu’il finisse son mandat présidentiel est très douteuse.

Le fait même que finalement, tous les clans dirigeants aient accepté de présenter de nouveau Bouteflika en dit long sur la force des tensions qui les agitent. Chaque faction tente de s’acheter du temps avant que la situation n’atteigne une nouvelle étape ; et Bouteflika n’est essentiellement qu’une feuille de vigne mise là pour cacher la crise du régime.

Le vide que laissera au pouvoir la fin du règne de Bouteflika s’accompagnera vraisemblablement d’une période d’instabilité profonde et de batailles féroces sur le futur du pays. Le caractère que celles-ci prendront déprendra du rôle que le peuple algérien et le mouvement ouvrier en particulier joueront dans ces événements.

La montée des luttes ouvrières

Depuis la vague révolutionnaire qui s’est abattue sur la région, le gouvernement algérien, à la tête de quelque 200 milliards de réserves étrangères emmagasinées grâce au commerce de l’énergie, dépense largement en subsides d’État, crédit à taux réduit et programmes de logement pour tenter de calmer la montée de la colère sociale.

Cet argent a pu servir de tampon jusqu’à un certain point, mais il y a des limites à cette méthode ; dans un pays où les villas en bord de mer et les belles voitures des super riches et la corruption immense des hauts fonctionnaires contraste avec un océan de besoins pressants, de chômage de masse et de salaires qui permettent à peine de survivre pour le reste de la population. Alors que l’Algérie vient d’entrer dans le classement Forbes des « Arabes les plus riches du mondes », la moitié des 35 millions d’Algériens ne reçoivent pas de soins de santé appropriés.

« L’argent empêche une explosion sociale généralisée, mais il y a tout le temps des revendications et de petites explosions », relatait un édito de Maghreb Émergent, un site économique algérois.

De plus, le FMI et les pays impérialistes mettent la pression au gouvernement algérien pour qu’il mette en place de grandes réformes néolibérales pour ouvrir encore plus le pays aux investissements étrangers, sabrer les subventions étatiques et les salaires des travailleurs.

Dans ce contexte, il est très probable qu’une période de lutte des classes renforcée ait lieu. Déjà ces deux dernières années, les Algériens font de plus en plus de manifestations, sit-in, grèves ; ainsi que des actes de désespoir tels que des émeutes, grèves de la faim ou immolations, pour faire entendre leurs griefs. Ces derniers mois, il y a eu des grèves au port d’Alger, dans les chemins de fer, à Sonatrach, l’entreprise publique d’électricité, chez Lafarge, le cimentier français, parmi les pilotes de ligne ; entre beaucoup d’autres. Des actions de protestations dans les communautés ont aussi lieu quotidiennement dans certaines zones du pays, sur des questions salariales, pour de meilleurs logements, l’accès à l’eau et l’électricité, etc.

En parallèle de ce processus, des syndicats indépendants ont fleuri dans la période récente, apportant de nouveaux canaux aux luttes des travailleurs. Le syndicat officiel, l’UGTA, est en même temps de plus en plus réduit à une courroie de transmission des politiques du régime. Elle est largement discréditée aux yeux de la plupart des travailleurs (encore une fois, elle a soutenu Bouteflika pendant la dernière élection).

Complications

Alors qu’une période de luttes intensifiée est au programme, les choses n’avanceront pas de manière linéaire. La crise sociale est profonde, et il y a un vide énorme en termes de représentation politique des travailleurs et de la jeunesse.

Le peuple algérien, qui a eu son propre « Printemps » sous la forme d’un mouvement insurrectionnel massif en 1988, a payé au prix fort pendant la décennie qui a suivi le fait de ne pas avoir eu de véritable alternative à eux. À l’époque, les islamistes réactionnaires du FIS pouvaient catalyser l’outrage ressenti par rapport au régime corrompu et dictatorial car le vide politique prévalait chez les masses. L’orgie de violence qui s’en est suivie pendant la « décennie noire » des années 1990 et pendant laquelle les masses algériennes ont été prises dans le feu d’une guerre civile qui a rapidement tourné au conflit sanglant entre deux ailes de réactionnaires meurtriers en concurrence entre eux, souligne à quel poitn il est vital pour la classe ouvrière et les masses pauvres d’avoir leur propre voix politique indépendante.

Aujourd’hui, les groupes fondamentalistes et jihadistes en Algérie sont affaiblis et discrédités. Mais d’autre part, il y a une certaine fragmentation et un manque de direction s’agissant de l’aile plus réformiste du mouvement islamique de droite (le MSP, Mouvement de la Société pour la Paix, branche algérienne des Frères Musulmans, qui a soutenu Bouteflika quand il est arrivé au pouvoir en 1999 et ce jusqu’en 2012, mais a appelé au boycott cette année, probablement pour éviter un nouveau recul électoral).

Cependant, les leçons à tirer du passé algérien sont toujours valables. La situation peut changer très rapidement, et le danger d’un islam politique de droite n’a pas disparu. Les événements dans le reste du Moyen-Orient et dans le nord de l’Afrique démontrent le besoin crucial qu’il y a de construire des organisations de gauche de masse capables de fournir au mouvement un programme combatif et consistant pour l’action révolutionnaire. Ceci afin d’éviter aux luttes de masse d’être reprises par des forces pro-capitalistes, les amis du régime, les sectaires religieux ou groupes fondamentalistes.

Sans quoi la colère et la frustration peuvent prendre des tournants catastrophiques. Ghardaia, une ville où Arabes et Berbères ont coexisté pendant des siècles, fut récemment le théâtre de conflits mortels entre les deux communautés. Ceci est une mise en garde contre le danger de la violence sectaire qui peut ressurgir dans certaines parties du pays faute d’un mouvement unifié qui se batte réellement pour les intérêts des masses et s’attaque aux causes profondes des problèmes sociaux.

Après le dur traumatisme de la guerre civile, une couche de la population algérienne continue de craindre l’instabilité qu’impliquerait une remise en cause directe du régime, même si elle peut partager le mécontentement général contre les dirigeants actuels. La peur de l’inconnu et la soif d’un semblant de stabilité restent fortes, surtout parmi les générations plus âgées. Les événements violents qui ont lieu dans des pays comme l’Égypte, la Syrie ou la Libye peuvent renforcer cela, et sont utilisés en ce sens par le régime actuel.

Bâtir l’avenir

Néanmoins une nouvelle génération de travailleurs et de militants, moins affectés par les défaites du passé, émerge ; donnant un nouvel élan aux luttes des travailleurs, protestations sociales et à une remise en question plus active du régime.

La dictature en Algérie n’est plus ce qu’elle était, et sa stabilité ne repose que sur des fondations précaires. Même les revenus importants du pétrole ne sont pas immunisés contre les turbulences économiques du marché mondial, et pourraient exposer le régime à de graves problèmes dans le futur.

Des sections importantes de la classe ouvrière prennent conscience de leur propre force, et ceci est un acquis important pour le futur. Ils auront besoin de leurs propres organisations pour imposer leur marque sur les événements à venir.

Les tentatives de différentes factions de la classe dirigeante et des réactionnaires de tout bord de court-circuiter le pays ne peuvent être empêchées que par un mouvement politique de la base, un mouvement qui puisse faire le lien entre la bataille pour les droits démocratiques, le nombre croissant de luttes de quartiers ou de luttes ouvrières, et les revendications justes de la monorité Berbère, dans une lutte générale contre le capitalisme et l’impérialisme ; pour le socialisme démocratique, qui en appelle aux travailleurs et opprimés de tout le Moyen-Orient et le nord de l’Afrique.

USA : L’essor de Socialist Alternative

USA_15NOWLa victoire électorale de Kshama Sawant, élue de Socialist Alternative à Seattle, a bénéficié d’une attention médiatique nationale répétée, ce qui a aidé à relancer l’intérêt pour les idées du socialisme et à positionner Socialist Alternative comme un véritable pôle d’attraction pour les travailleurs et les jeunes à la recherche d’un outil de lutte contre le capitalisme. Depuis le mois de novembre dernier, notre travail politique a régulièrement été relayé par les médias de masse à Seattle mais également dans le MSNBC, le Washington Post, The Nation, et même en première page du New York Times.

La victoire de Sawant et le profil national accru de Socialist Alternative arrivent à un moment où les gens sont à la recherche d’une alternative politique à une échelle inconnue depuis des décennies. Notre développement gagne un rythme de plus en plus rapide partout à travers le pays. Nous avons ainsi gagné plus de 200 nouveaux membres depuis notre victoire électorale, plus de la moitié de cette croissance ayant été effectuée dans des zones où nous n’avions jusqu’ici aucune section active.

Kshama Sawant et Socialist Alternative ont clairement démontré leur capacité à utiliser une position élue non seulement comme plate-forme pour populariser les idées du socialisme, mais aussi comme outil pour aider à développer des mouvements construits par la base. Kshama Sawant utilise ainsi l’élan de notre victoire électorale pour développer la campagne « 15 NOW », en faveur de l’imposition d’un salaire minimum de 15 dollars de l’heure aux USA, une campagne qui a le potentiel de remporter à Seattle le salaire minimum le plus élevé des États-Unis.

En conséquence, des gens à travers le pays ont été convaincus que les idées du socialisme sont un guide efficace dans l’élaboration d’une stratégie pour de nouvelles conquêtes sociales. En mars dernier, 21 villes à travers les États-Unis ont participé à une semaine d’action pour un salaire minimum de 15 $ par heure, avec la journée d’action du 15 mars en point d’orgue. Les sections de Socialist Alternative, y compris les plus récentes, ont dirigé ces actions qui représentent un historique pas en avant pour les travailleurs aux USA.

Les demandes d’adhésion affluent par centaines sur notre site internet. La victoire électorale de Kshama Sawant et tout ce qui a été publié dans les actualités nationales et internationales ont beaucoup aidé, mais ce qui a suscité le plus grand intérêt fut la réponse de Kshama Sawant au discours sur l’état de l’Union du président Obama, en janvier. Cette réponse-vidéo a été consultée en ligne par près de 100.000 personnes, un nombre de vues plus élevé que celui des vidéos des réponses des républicains ou du Tea Party !

Cela illustre que l’aspiration à disposer d’une alternative aux politiques pro-capitalistes des deux grands partis, Démocrate et Républicain, est bien réelle et que le potentiel est tout simplement énorme pour une politique en faveur de la classe des travailleurs. L’impact politique de Kshama Sawant s’est étendu bien au-delà de la ville de Seattle!

Socialist Alternative maintenant actif dans 45 nouvelles villes aux USA

Des personnes rejoignent notre organisation dans de toutes nouvelles régions à travers le pays. En 2014, des militants de Socialist Alternative ont fait leur apparition dans 45 nouvelles villes américaines, dans de nombreux cas, il s’agit déjà de groupes. Nous sommes sur la bonne voie pour plus que doubler notre effectif au cours de cette année en recrutant des travailleurs et des jeunes qui mènent campagne dans leurs communautés.

De nouveaux groupes de Socialist Alternative existent maintenant à travers les Etats-Unis, donnant à notre organisation un caractère national comme jamais nous n’en avons eu auparavant. De la Californie à l’Alabama; de l’Oregon au Maine, de Washington DC à Hawaii, nos nouveaux membres s’organisent et militent sur leurs lieux de travail, les campus universitaires et les collectivités locales ! En février, Socialist Alternative a tenu sa première conférence régionale dans le Sud, avec des militants de Floride, d’Alabama et de Louisiane.

Le premier membre de Socialist Alternative à Hawaii, Thomas Nishimura, a rejoint après avoir vu la couverture médiatique qu’Al Jazeera a accordée à la victoire de Kshama Sawant. Il nous a expliqué qu’il était à la recherche ‘‘d’une force disposant de la direction et de la stratégie nécessaire à aider le peuple de Hawaï à sortir de la brume et à se libérer des chaînes de l’impérialisme et des grandes entreprises. Le temps est venu de construire une force représentant les travailleurs pour s’opposer au système bipartite à Hawaï!’’

La recherche d’une alternative face à la crise mondiale du capitalisme se développe à travers tout le pays. Carolyn Elerding de Columbus, dans l’Ohio, est à la base de la construction d’une nouvelle section de Socialist Alternative et déclare « qu’il semble que de plus en plus de gens veulent travailler ensemble pour lutter contre les inégalités intégrées dans le système actuel.’’

Notre capacité à nous développer est une réflexion de notre victoire électorale, mais aussi de la force de la direction politique de Socialist Alternative. C’est aussi un témoignage vivant de la faillite des Démocrates et des Républicains et de leur fidélité pour un système qui ne sert que les intérêts de l’élite. A travers le globe, les travailleurs se relèvent et ripostent, comme l’a encore récemment illustré la manifestation de plus d’un million de personne en Espagne contre l’austérité ou encore la formation d’un nouveau parti de la classe des travailleurs qui se présentera aux prochaines élections en Afrique du Sud.

Mais notre nombre est encore bien trop limité compte tenu l’objectif gigantesque de transformer la société. Notre récente croissance montre toutefois quelle est la trajectoire de Socialist Alternative. Au cours de l’année à venir, nous visons à avoir un réel impact politique dans plusieurs villes à travers les États-Unis, à l’instar de ce que nous avons déjà pu développer à Seattle. Nous préparons à toute vitesse une organisation capable d’aider à développer les mouvements sociaux et les luttes des travailleurs qui vont prendre place aux États-Unis dans les années à venir.

Cette année, nous allons jouer un rôle clé à Seattle et au-delà dans le cadre de la lutte pour augmenter le salaire minimum. Nous sommes également bien placés pour constituer l’aile gauche d’un mouvement visant à faire apparaître une organisation politique large représentant les intérêts de la classe des travailleurs. Au cours de ce processus, nous allons politiquement éduquer des centaines de nouveaux militants. Vous aussi contactez-nous pour rejoindre ce mouvement !

Marine Le Pen obligée de battre en retraite sur le marché de Sotteville-lès-Rouen

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C’était évidemment une provocation. Marine Le Pen avait annoncé sa venue sur le plus grand marché de l’agglomération de Rouen ce dimanche 04 mai. Situé sur la rive gauche (où toutes les municipalités sont de gauche), dans une ville très ouvrière et avec une forte population de cheminots que Le Pen ne manque jamais d’attaquer notamment sur leurs régimes de retraites, ce marché, très ouvrier et populaire, constituait apparemment une cible pour la millionnaire Le Pen. Bien qu’il fasse un bon score, le FN est incapable d’avoir une activité militante, servant plus de réceptacle aux aspirations électorales de divers aventuriers plus ou moins réactionnaires.

Une mobilisation a été annoncée, bien que tardivement et n’étant pas appelée publiquement lors de la manifestation du 1er mai. Néanmoins une bonne centaine de militants étaient présents pour s’opposer à l’opération en communication de Le Pen. Et au fur et à mesure des slogans et de l’encerclement des frontistes, c’est une petite centaine de passants qui se sont additionnés à l’action en ce dimanche matin.

Les officiels du PS, présents pour faire campagne pour les européennes, ne se sont pas joints à la mobilisation.

Après que nous ayons distribué du matériel pendant près d’une heure, le FN est arrivé avec les élus des villes de l’agglo rouennaise. Au total, une quarantaine de militants et des fraichement élus FN présents. Nous avons décidé de ne pas les laisser faire sans nous manifester. Nous avons donc scandé au plus près d’eux des slogans pendant qu’ils ont essayé de distribuer sur le marché. A coups de « le FN s’en prend aux immigrés mais ferme sa gueule devant les patrons ! » ou 1ère 2ème 3ème génération nous sommes tous des enfants d’immigrés! » nous avons réussi à les tenir aux abords du marché pendant 45 minutes.

Marine Le Pen est finalement arrivée sous bonne escorte avec du retard. Les militants du FN se sont alors poussés pour laisser place aux forces de l’ordre qui nous ont empêché d’approcher de Le Pen en nous repoussant violemment dans les allées du marché. Au beau milieu des étals des commerçants et des familles venues faire leur marché, les CRS ont effectué plusieurs charges « musclées ». Et c’est à renfort de militants aux gros bras (appelés garde du corps), importés pour l’occasion d’autres régions, qu’elle a tenté une petite distribution de tracts dans une allée du marché au pas de charge.

Il aura fallu cette poussée rugueuse des CRS pour que Le Pen cesse de recevoir des œufs et puisse s’en aller du marché, démontrant par la même qu’elle est bien incapable de trouver de véritables partisans actifs dans la population et que son bon score électoral ne se traduit pas en militants.

Leila Messaoudi

Donnons un coup d’arrêt à la politique de Hollande-Valls et Gattaz ! Tous dans la rue le 1er Mai!

TRACT DE LA GAUCHE REVOLUTIONNAIRE POUR LE 1ER MAI

Ce que Sarkozy n’avait pas pu faire, Hollande le fait : baisse des salaires et des retraites, quasi suppression de la branche famille de la sécu, attaque larvée contre le SMIC et précarisation accrue des jeunes…. Le gouvernement PS est dans les faits devenu le meilleur gouvernement pour les grands patrons et les groupes d’actionnaires.

Les travailleurs, les privés d’emplois, et tous ceux et celles qui subissent les plans de licenciements, les expulsions de logement, les coupures d’électricité… ne doivent plus subir ces politiques au service des riches. Ras-le-bol de dépendre des choix de gros groupes capitalistes comme à Alstom, où le gâteau des actions détenues par Bouygues attise l’appétit de General Electrics et Siemens, menaçant l’existence de la boite et les emplois de milliers de travailleurs dans le monde, ou quand Bolloré reçoit de Montebourg le site de Petroplus sur un plateau.

Ça ne peut plus durer ! Refusons l’austérité, refusons de payer pour leur crise !

Nous sommes nombreux à refuser les licenciements, les privatisations, la dictature des marchés capitalistes, des grands patrons et des groupes d’actionnaires, nombreux à résister et lutter. Mais il y en marre de se battre seuls et sans coordination et que toute la colère et la rage qui existent ou qui montent dans la population ne trouve pas de véritable moyen de s’exprimer collectivement et de se traduire en action.

Il faut un plan d’action pour développer la résistance et l’organiser. Le 15 mai prochain, les fédérations de fonctionnaires appellent à manifester et à faire grève contre la pacte de responsabilité. Il faut faire de cette journée une grande mobilisation ! Mais nous sommes tous concernés par le plan Valls, les entreprises du privé, les chômeurs, les retraités, les jeunes ne doivent pas hésiter à s’inviter à la grève du 15 mai et défendre ainsi concrètement la nécessité d’une véritable journée de grève, toutes et tous ensemble.

Valls et Hollande n’en sont qu’au début de leur plan d’austérité et ils sont décidés à faire payer la crise aux plus modestes. Il faut passer aux choses sérieuses et riposter à la hauteur du plan d’austérité pour le repousser. Exigeons des dirigeants syndicaux une véritable journée de grève interprofessionnelle dès juin. Une grande journée de grève qui bloque tout serait un pas important pour se sentir fort et lutter : pour stopper les plans de licenciements, mettre un coup d’arrêt aux coupes sévères dans les services publics, contre les bas salaires et la destruction de la protection sociale.

Pour une vraie opposition, combative et déterminée des travailleurs et des jeunes contre ce gouvernement et le patronat !

Il est temps que s’organisent la colère et la révolte contre Hollande. Nous avons besoin d’une opposition déterminée au gouvernement, une véritable opposition de gauche qui regroupe tous ceux et toutes celles qui refusent les plans d’austérité. Le 12 avril dernier, la manifestation politique à Paris contre l’austérité appelée par les forces à la gauche du PS a réuni du monde. Elle aurait pu être plus importante et efficace si les partis qui s’opposent à l’austérité et les confédérations syndicales avaient engagé la mobilisation à partir de cette date contre le plan de Valls, pour une journée nationale de grève, pour défendre nos droits concrets pour un véritable emploi pour tous et toutes, un logement décent, des services publics gratuits… On ne pourra pas organiser la résistance en se contentant de faire pression sur une supposée aile gauche du PS et d’EELV et par ailleurs ne rien proposer de déterminé dans les luttes et dans la rue.

Pour les prochaines élections européennes, il n’y a rien à attendre de cette Europe au service des capitalistes.Par contre, le succès de listes de gauche clairement opposées à l’austérité et qui s’engagent à résister et appellent à lutter serait important. Ce serait un signal de plus que la coupe est pleine et qu’il est l’heure de riposter contre la loi du capitalisme, celle que servent le PS, Europe-Ecologie, mais également l’UMP ou le FN et leurs amis dans le reste de l’Europe.

En France, les 40 premières entreprises françaises ont, à elles seules, affiché 48 milliards de bénéfices en 2013 ! Et pour la majorité de la population : un gigantesque serrage de ceinture. Ce système ne connaît que la loi du profit en exploitant les travailleurs, en s’en fichant bien des conditions de vie désastreuses dans lesquelles ils se trouvent, et de la précarité dans laquelle les jettent les plans de licenciements ou les diminutions de salaire. Cette société n’offre pas une vie décente à la majorité ni un véritable avenir à la jeunesse. 67 personnes possèdent autant que plus de 3,5 milliards d’hommes et de femmes… Une autre société est nécessaire, une société socialiste, démocratique, où l’économie est planifiée démocratiquement pour satisfaire les besoins de tous et toutes et non plus les profits d’une minorité, en mettant en propriété publique et démocratique les grands moyens de production, de distribution et d’échange ! C’est ce pourquoi se bat la Gauche révolutionnaire.

Contactez nous pour discuter, agir avec nous ou nous rejoindre

 

 

1974 – 2014 : Le Comité pour une Internationale Ouvrière a 40 ans !

CWI-300x199Dans l’article ci-dessous, Robert Bechert, qui est membre du Secrétariat International du CIO et avait participé à la réunion de fondation du CIO, explique pourquoi la construction d’une internationale est toujours une nécessité vitale au 21ème siècle.

Depuis le début du 20e siècle, chaque décennie a été le témoin de révolutions durant lesquelles la classe des travailleurs et les pauvres ont tenté de mettre fin à l’oppression et à l’exploitation dont ils souffrent sous le règne du capitalisme. A leurs côtés ont également eu lieu de nombreuses luttes de masse, des contre-révolutions et de puissants développements qui ont changé la face du monde.

Ces 40 dernières années n’ont pas fait exception. A peine quatre jours après la constitution du Comité pour une Internationale Ouvrière, 48 ans de gouvernement militaire et dictatorial prenaient fin au Portugal avec la Révolution du 25 avril, la Révolution des Œillets. Quelques mois plus tard, la junte militaire grecque s’écroula. Mais l’histoire ne se développe pas en ligne droite. Dans ces deux pays, la classe dirigeante a été capable de survivre pour défendre son système, principalement parce que les mouvements de masse qui les menaçaient ne disposaient pas de stratégie correcte abordant la manière de remplacer le capitalisme, ni de direction capable de mener ce combat.

Crise capitaliste

Ces 25 dernières années ont été compliquées par la chute de l’Union Soviétique et des autres états staliniens. Le fait que ces régimes aient été dirigés par des élites totalitaires privilégiées indique clairement que ces Etats ne peuvent pas être considérés comme socialistes. Cependant, le fait que ces Etats reposaient sur une économie planifiée, nationalisée et non capitaliste démontrait que le capitalisme n’est pas l’unique système possible.

Après 1989, la chute de ces Etats et la restauration du capitalisme ont été utilisées par la classe dirigeante dans le cadre de sa contre-offensive qui faisait suite à la radicalisation connue durant les années ‘60-‘80 afin qu’elle défende idéologiquement qu’il n’existait pas d’alternative au capitalisme. Cela a aidé à accélérer le mouvement vers la droite et pro-capitaliste pour une grande partie du mouvement des travailleurs.

Mais depuis le début de la dernière crise globale du capitalisme, en 2008, nous sommes entrés dans une nouvelle ère mondiale. Dans de nombreux pays, particulièrement les principaux pays impérialistes, les conditions de vie ont baissé ou sont en train de chuter. Mais un des éléments parmi les plus importants de la période actuelle est que la combinaison du processus de globalisation et du développement des communications a renforcé la conscience internationale des masses.

Un nombre croissant de personnes parmi la population considère que les questions liées à l’économie, à la guerre et à l’environnement sont des thèmes internationaux qui sont également liés au système capitalisme, ou au moins à la domination des grandes banques et des grandes entreprises. En même temps, davantage de gens sont conscients du potentiel inhérent aux avancées scientifiques et technologiques pour autant qu’elles soient utilisées en fonction des intérêts de la population et de l’environnement plutôt qu’au profit des entreprises. Mais le plus important, c’est que l’expérience accumulée au cours de la lutte contre l’austérité ainsi que la politique d’austérité elle-même ont forgé une compréhension de la nécessité de fondamentalement changer de société. Des événements comme le renversement du dictateur égyptien Moubarak et du dictateur tunisien Ben Ali en 2011 ont donc eu un impact mondial.

Ces développements ont fourni une importante base potentielle pour une organisation socialiste internationale, reliant ensemble des mouvements des quatre coins du globe. Ce siècle a déjà connu des mouvements et des combats ayant adopté un caractère international, comme l’opposition à l’invasion de l’Irak menée par les Américains et les Britanniques, les manifestations des mouvements Occupy/Indignados, les manifestations anti-austérité en Europe, l’impact des révolutions tunisienne et égyptienne de 2011 ou encore la récente lutte internationale des dockers.

La fondation du CIO a pris place en des temps révolutionnaires

Mais si le mouvement des travailleurs n’est pas capable de livrer des réponses concrètes aux problèmes actuels, le danger est alors présent que les réponses nationalistes réactionnaires puissent obtenir un certain soutien, installant les bases pour de futurs conflits chauvinistes ou ethniques au sein d’Etats ou entre eux. Un des objectifs que le CIO s’est assigné est d’armer le mouvement des travailleurs d’un programme et d’une stratégie pour à la fois remporter des victoires au cours de batailles immédiates mais aussi débarrasser le monde de l’emprise venimeuse du capitalisme, en commençant par expliquer le rôle central de la classe des travailleurs à cette fin.

Le fait que la fondation du CIO ait pris place durant une période très troublée et radicale n’était en rien un accident. Le long redressement économique qui a suivi la seconde guerre mondiale touchait à sa fin. Mais déjà avant que la crise pétrolière de 1973 n’arrive pour symboliser le changement de situation économique, l’Europe et ensuite l’Amérique Latine ont été touchés par des mouvements révolutionnaires et des crises. Au Vietnam, l’impérialisme américain a fait face à sa première défaite militaire. Les régimes staliniens ont été secoués par le printemps de Prague en 1968 dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie et par les vagues de grèves ouvrières en Pologne. Ces mouvements n’étaient pas pro-capitalistes mais recherchaient en essence à établir une démocratie des travailleurs.

A ce moment, les syndicats étaient puissants, mais pas seulement en terme de nombre de membres. En Grande-Bretagne, le berceau du CIO, les victoires remportées par les mineurs et la défaite du gouvernement conservateur aux élections de 1974 avaient notamment illustré leur puissance potentielle.
Le début d’une crise capitaliste généralisée a approfondi la radicalisation politique des mouvements ouvriers de nombreux pays. L’expérience amère du renversement sanglant du gouvernement Allende au Chili en 1973 avait provoqué une large discussion sur les moyens de parvenir au socialisme et aussi de prévenir que la contre-révolution n’entrave le chemin du mouvement des travailleurs. C’était vraiment une période de luttes internationales.

En 1974, la dictature espagnole de Franco, face à une révolution se développant, était en train de tomber. Mais la classe dirigeante espagnole a cherché et obtenu l’aide des dirigeants du monde du travail pour contenir le mouvement révolutionnaire. Il a été capable d’établir une démocratie capitaliste.

Dans ce contexte, les marxistes qui ont été à la base du Comité pour une Internationale Ouvrière, à l’époque groupés en Grande-Bretagne autour du journal ‘‘The Militant’’ (ils ont depuis constitué le Socialist Party), ont commencé à rechercher une audience plus large en Grande-Bretagne et dans d’autres pays, principalement en Europe, mais aussi au Sri Lanka où l’histoire particulière du pays, où un mouvement trotskiste avait été soutenu par les masses, a permis que nos idées y trouvent un premier écho.

Cependant, malgré les soulèvements révolutionnaires qui ont eu lieu à travers le monde à la fin des années ’60 et dans les années ’70, l’idée d’une réelle internationale ouvrière était devenue moins centrale dans le mouvement des travailleurs, même si cela restait un point attractif pour de nombreux activistes. Cela faisait suite à l’échec tant de l’Internationale Socialiste que de l’Internationale Communiste de rester des organisations capable d’organiser la lutte internationale pour changer de monde. Mais au 21e siècle, avec l’interdépendance très claire des différentes parties du monde, la question de l’action internationale est à nouveau posée avec acuité.

A côté de la nécessité de solutions globales, l’expérience du mouvement des travailleurs a montré encore et encore que des manifestations peuvent remporter quelques revendications prises individuellement, mais qu’elles restent par contre insuffisantes pour fondamentalement changer la situation. Cela, ce n’est possible qu’avec le renversement du système capitaliste. Mais pour y parvenir avec certitude, le mouvement des masses a besoin d’un programme d’action concret adapté tant à la situation nationale qu’internationale ainsi qu’une direction, ce qui requiert un parti.

Comment remporter des victoires de façon permanente ?

Aujourd’hui les capitalistes font preuve de peu d’optimisme. Ils manquent de confiance en eux, comme cela a été révélé dans les discussions portant sur la possibilité d’arrêter d’injecter de l’argent dans l’économie via l’assouplissement quantitatif (AQ) et les effets que cela pourrait avoir.

Ces conditions préparent de nouvelles périodes de lutte et de révolution. En général, dans cette période de crise, la plupart des luttes ont jusqu’ici été défensives, contre l’attaque menée par la classe dirigeante, mais dans les pays qui ont connu une croissance économique, comme le Brésil et la Chine, il s’agissait de batailles offensives destinée à remporter de nouvelles conquêtes sociales.

En Grèce, les travailleurs ont mené le nombre incroyable de 36 grèves générales depuis 2010, mais ils n’ont pas réussi à bloquer l’attaque de la classe dirigeante. Mais ça n’exclut pas de voir arriver une nouvelle radicalisation, peut-être initiée sur le plan politique. A chaque instant, des couches du mouvement ouvrier tirent des leçons de leur expérience.

Les révolutions et les luttes de masse de ces dernières années ont à nouveau posé les vieilles questions abordant la manière de consolider des conquêtes sociales et de renverser l’ordre ancien. L’Égypte est le dernier exemple en date où, en février 2011, les masses ouvrières avaient potentiellement le pouvoir entre leurs mains, sans hélas avoir entièrement compris ou vu ce qui devait être fait pour que ce potentiel devienne réalité.

De puissantes révolutions peuvent complètement balayer l’ancien ordre des choses mais, comme ce fut le cas au Portugal en 1975, il peut revenir si la classe des travailleurs ne sécurise pas son pouvoir. Évidemment, chaque révolution et chaque lutte a ses propres caractéristiques. Mais les leçons qui peuvent être tirées de la manière dont la classe ouvrière et les pauvres ont été capables d’arriver au pouvoir et d’y rester en 1917 sont toujours pertinentes et de première importance.

En certains points, la situation actuelle est similaire à celle de la fin du 19e siècle, au moment où se sont développés les mouvements ouvriers de masse. Aujourd’hui, il est question de la reconstruction ou de la rénovation des organisations du monde du travail. Mais le fait que, dans de nombreux pays, les travailleurs aient fait l’amère expérience de la décadence ou de la chute des vieilles organisations ouvrières – particulièrement les anciens partis sociaux-démocrates et communistes qui se sont transformés en organisations pro-capitalistes ou totalement capitalistes – est un facteur compliquant.

Reconstruire et réarmer le mouvement des travailleurs

Dans de nombreux pays, le Comité pour une Internationale Ouvrière joue un rôle clé dans cette reconstruction, et là où c’est approprié, soutient qu’il faut commencer à créer de nouveaux partis politiques des travailleurs en tant qu’étape vers la création d’un mouvement de masse des travailleurs. Il ne s’agit pas simplement de propagande. En Grande-Bretagne, en Afrique du Sud et au Nigéria, nous avons participé aux étapes ayant précédé la formation de nouveaux partis. En Australie, au Sri Lanka, aux USA, en Irlande, ou encore en Suède, les camarades du CIO participent aux élections sous leurs propres couleurs.

Là où des partis de gauche existent, comme le PSoL au Brésil et Die Linke en Allemagne, les camarades du CIO y sont actifs tout en défendant les étapes par lesquelles il faut passer pour continuer à les construire en tant qu’organisations défendant les idées du socialisme. Il s’agit d’une partie de notre tradition au CIO. Depuis les origines, nous ne sommes pas passifs, nous participons aux luttes, grandes et petites, et les initions.

Mais à bien des points de vue, ces quatre premières décennies ne sont véritablement qu’une préhistoire. Nous sommes déjà dans une période tumultueuse, tout est soit remis en question, soit sur le point de l’être. Les expériences de cette période du capitalisme, la crise environnementale croissante et l’absence d’avenir pour une couche grandissante de la jeunesse provoqueront des tempêtes révolutionnaires.

Le CIO jouera son rôle dans ces événements, ce qui inclut la construction d’un mouvement qui pourra finalement mettre un terme à ce système capitaliste brutal, chaotique et injuste, et ainsi faire de la vie un plaisir pour tous.

Nous ne serons pas la génération sacrifiée ! Luttons pour notre avenir !

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Les jeunes en France et en particulier les jeunes issus des milieux populaires sont parmi les premières victimes de la crise qu’on vit depuis 2008, du chômage et de l’austérité qui en découlent. Le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans a atteint des nouveaux records fin 2013 avec 25,6 % et même le journal La Tribune, pro-capitaliste, parle d’une «génération sacrifiée».

 

Assez du chômage de masse et de la précarité !

Dans les quartiers populaires, les «zones urbaines sensibles (ZUS)» le chômage est presque deux fois et demi plus important qu’ailleurs avec 24,1 % contre 9,9% en 2012. Dans ces quartiers, les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus touchés avec 45 % de chômage contre 23,1 %, hors ZUS, en 2012. C’est aussi dans ces quartiers que les jeunes sont les plus touchés par les inégalités grandissantes creusées par l’Éducation nationale. Selon l’étude «Formations et emploi 2013» publiée par l’Insee le 4 décembre 2013, le taux de chômage des jeunes sans diplômes était de 47 % en 2012 (en 1990 il n’était «que» de 29 %). La destruction massive des emplois de ces dernières années, notamment celle des emplois nonqualifiés, ne laisse que peu de chances pour des centaines de milliers de jeunes de décrocher un boulot, et encore moins s’ils sont d’origine étrangère vue la discrimination à l’embauche pratiquée par de nombreux patrons. Par conséquent, des milliers de jeunes se retrouvent dans la précarité et la pauvreté sans le moindre moyen de s’en sortir. Même des jeunes diplômés et des jeunes issus des milieux populaires suivant des études supérieures n’y échappent pas. Actuellement, certains représentants du gouvernement et des capitalistes proposent de remettre en cause le SMIC, mais seulement pour les jeunes. En gros, si tu es jeune tu as encore plus le droit de te faire exploiter.

 Non à cette éducation de tri social !

 Aujourd’hui, les jeunes sont dans un système d’éducation qui crée de plus en plus d’inégalités et malgré leur blabla sur «l’égalité des chances», de nombreux jeunes sont laissés sur le carreau. Dans les classes surchargées de l’école primaire au lycée à cause d’une réduction drastique des moyens, les jeunes des milieux populaires s’en sortent de moins en moins bien et chaque année environ 200.000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme. Les structures adaptées aux élèves en difficulté et de nombreuses formations professionnelles dans les lycées pro publics disparaissent ou vont disparaître dans un futur proche. Et les études supérieures sont de moins en moins accessibles pour les jeunes des milieux populaires faute de fric pour les financer. Le gouvernement n’a aucun problème pour donner 50 milliards aux grands patrons, mais pour une éducation de qualité, gratuite et accessible à toutes et tous, il n’y pas un rond. De manière très consciente, le gouvernement et les capitalistes écartent ainsi une grande partie de l’accès à une éducation et formation et par la suite la possibilité d’avoir un travail décent.

 Révoltons-nous, luttons contre le capitalisme !

 Le système capitaliste est incapable de garantir une éducation de qualité, un emploi correct et un logement décent pour tous. Ça devrait pourtant être le minimum. Mais pour maintenir et pour agrandir les profits des grands capitalistes, le gouvernement est prêt à sacrifier la jeunesse et à la laisser dans une précarité durable. Pour lutter pour une vie sans chômage et précarité les jeunes doivent se révolter, s’organiser et se battre avec les travailleurs contre le capitalisme. Seule une société socialiste débarrassée de la loi du profit peut garantir un vrai avenir pour la jeunesse.