Non à une indemnisation du chômage au rabais ! Soutenons les chômeurs, les précaires et les intermittents du spectacle !

Depuis le début de l’année, comme tout les 2 ou 3 ans, les organisations patronales et les syndicats se retrouvent afin de négocier les règles d’indemnisation des chômeurs ; critères d’ouverture de droits, montants et durée des indemnités, etc. La dernière réunion de « négociation » devait avoir lieu le 13 mars dernier. Mais les organisations patronales ont préféré reporter cette réunion au 20 mars – peut-être à cause de la mobilisation des intermittents et des chômeurs ainsi qu’à cause de la journée de grève interprofessionnelle et de manifestations du 18 mars.
Qu’à cela ne tienne, les organisations de chômeurs et des intermittents ont décidé de maintenir leur action du 13/03 et de se retrouver le 20/03 pour maintenir la pression et créer le rapport de force suffisant pour faire reculer les patronat et empêcher que certaines organisations syndicales soient tentées de signer une convention UNEDIC au rabais.
Prenant prétexte de l’accroissement du chômage, du déficit chronique (4,8 milliards d’euros en 2013) et de la dette de l’UNEDIC (18,6 milliards en 2013 – 22,1 milliards d’euros prévus en 2014), le MEDEF, la CGPME et l’UPA veulent imposer une véritable cure d’austérité aux premières victimes de la crise du capitalisme.
Les propositions que les différentes organisations patronales emmenées par le MEDEF sont inacceptables. Si elles étaient validées, cela marquerait un nouveau recul important pour le droit à être indemnisé :
modulation à la baisse du montant et de la durée des droits en cas de baisse du taux de chômage, de même qu’un passage du seuil d’ouverture de droits de 4 à 6 mois : ce qui est une forme de dégressivité de l’indemnisation en fonction des aléas de l’économie dont le patronat est responsable.
relèvement de 50 à 55 ans du seuil permettant l’allongement des droits des seniors, particulièrement touchés par le chômage ;
suppression de la carence de 75 jours appliquée en cas d’indemnité supra-légale dans le cadre de licenciements ou de rupture conventionnelle : ce qui pourrait allonger le délai de carence.
suppression du régime spécifique des intérimaires, faisant baisser de 20% leur indemnisation ;
suppression du régime des intermittents du spectacle, malgré la grande précarité de leurs parcours professionnels.

Les organisations patronales veulent ainsi imposer un régime (économique) drastique à l’UNEDIC. Avec la complicité des différents gouvernements qui se sont succédé depuis 25 ans et de certaines directions d’organisations syndicales empressées à signer n’importe quelle convention UNEDIC ou accord, comme l’ANI de 2013 qui facilite les licenciements et le chantage à la baisse des salaires, pourtant, le patronat et les capitalistes sont les premiers responsables de la situation de l’UNEDIC :

D’abord par les licenciements massifs qui ont lieu partout en France.
Mais aussi par leur volonté de dérégulé le droit du travail et de précarisés toujours plus les salariés.
Ensuite par la politique de stagnation ou de baisse des salaires

Ces éléments entrainent nécessairement une baisse des recettes de l’UNEDIC, comme des autres branches de la protection sociale. Sans compter :

Le montant des diverses exonérations
leur refus d’augmenter les cotisations sociales, en particulier la part qui est versée directement par le patronat;
la politique d’emprunt auprès de banques privées pour renflouer les caisses menées depuis des années (une part de nos cotisations sert à payer les intérêts des emprunts) ;
la politique d’aide à l’embauche sur les fonds de l’UNEDIC (AFPR, POE) menée en pure perte et la fraude des patrons aux cotisations sociale ;

En voulant faire payer les premières victimes de la politique patronale et gouvernementale, c’est une véritable double peine que le patronat veut imposer aux chômeurs, aux précaires – quel que soit leur statut – et aux intermittents.

Mais que l’on ne si trompe pas, la suppression des annexes de la convention qui déterminent les indemnités spécifiques des intermittents et des intérimaires est une étape supplémentaire dans la destruction de l’indemnisation du chômage dont l’objectif final pourrait bien être d’arriver à une indemnité forfaitaire (misérable) comme en Grande-Bretagne et à la libéralisation de l’indemnisation du chômage en « refilant » le marché aux banques et assurances privés dans le cadre d’un système individuel de capitalisation (pour celles et ceux qui auront les revenus suffisants pour pouvoir se payer une assurance chômage). Le budget de l’UNEDIC c’est effectivement plus de 30 milliards d’euros sur lesquels les banquiers et les assureurs lorgnent depuis longtemps.

La négociation de la convention UNEDIC est donc à replacer dans le cadre de toutes les attaques des capitalistes et des gouvernements contre les différentes branches de la protection sociale par répartition et solidaire fondé sur le salaire socialisé (cotisations sociale – part salariale et celle versée directement par les patrons appelé à tort cotisation patronale ou pire charge patronale !).

La Gauche révolutionnaire se bat pour :

L’indemnisation de tous les chômeurs (actuellement moins de 50% des personnes inscrites au chômage sont indemnisées) et une indemnisation qui permettent à chacun de vivre. L’arrêt du contrôle de recherche d’emploi et l’abolition des mesures de radiation-sanction et l’abolition des lois obligeant les chômeurs à accepter n’importe quel emploi à n’importe qu’elles conditions salariales. Le chômage et ces lois servent aux capitalistes à mettre en compétition les travailleurs et les travailleuses avec ou sans emploi afin de faire une pression à la baisse des salaires de tous et limiter la combativité des salariés ;
L’arrêt des exonérations et des aides diverses aux entreprises qui représentent plus de 200 milliards d’euros par an en pure perte ;
L’abrogation des contrats précaires, et un véritable travail pour tous en CDI par l’échelle mobile du temps de travail : le partage du travail entre toutes et tous, par une diminution du temps de travail sans perte de salaire avec des embauches compensant intégralement la baisse du temps de travail
Stopper les licenciements par nos luttes et la nationalisation sous contrôle ouvrier, sans rachat ni compensation, des entreprises qui licencient

Tract lycéen mobilisation 18 mars

Il faut une révolte des jeunes et des travailleurs contre la politique de Hollande !
Tous et toutes en grève le 18 mars !

Hollande disait que lui président, ce serait le changement… On cherche encore. Comme sous Sarkozy : chômage de plus en plus massif, entreprises qui ferment alors qu’elles font des milliards de profits, jeunes qui galèrent… et de temps en temps, on a un ministre de l’Intérieur comme Valls qui ajoute une petite touche de racisme contre les roms ou autre pour compléter le tableau…
Pendant ce temps là, la situation sociale continue de s’aggraver est bien pire encore pour des millions de gens, et l’avenir plus sombre encore pour la majorité des jeunes. Il est grand temps de mettre un coup d’arrêt à tout ça !
La jeunesse, priorité du gouvernement ? Mega LOL !
Il paraît que la jeunesse devait être la priorité du gouvernement. 24,5% des jeunes qui ne sont pas en étude sont au chômage, plus de 600 000 personnes ! Et le gouvernement ne crée que 100 000 «emplois d’avenir» (qui sont des emplois précaires), c’est ça être une « priorité » ?
On peut comparer avec les plans d’allégements fiscaux dont bénéficient les grandes entreprises : 175 milliards par an, soit l’équivalent de centaines de milliers d’emplois. Les vrais assistés qui coûtent cher à la société ne sont pas ceux que les médias disent mais bien les ultra-riches et les grandes entreprises qui alignent les milliards de profits.
Et même quand il fait une mesure qui va dans le bon sens, le gouvernement Hollande-Ayrault plie devant la volonté des patrons. Ainsi, une loi doit imposer que les stages de plus de deux mois doivent être désormais rémunérés. Les entreprises décident donc de ne plus prendre de stagiaires, et le gouvernement… ne fait aucune loi pour obliger à embaucher et former les jeunes… Par contre, il prend le temps de raccourcir les vacances scolaires de l’été prochain.
Il est clair que ce gouvernement ne fera rien contre les vrais responsables des inégalités et de la crise économique : banques, groupes d’actionnaires et super riches. Il est grand temps de nous révolter tous et toutes ensemble !
Contre le racisme et le Front National !
Pour tenter de nous diviser, beaucoup de politiciens (souvent à l’UMP ou au FN mais pas seulement) sortent régulièrement la carte du racisme. Copé, président de l’UMP sur les musulmans «voleurs de pain au chocolat», Valls, ministre de l’Intérieur sur les Roms qui envahiraient le pays (ils sont 22 000 en France où il y a 66 millions d’habitants…), pour d’autres c’est en traitant C. Taubira de «guenon» parce qu’elle est noire qu’ils étalent ainsi leur stupidité.
Nous sommes contre le racisme et les partis comme le Front National qui s’en servent pour détourner l’attention et masquer qui sont les vrais responsables des inégalités dans cette société : les groupes capitalistes.
Nous sommes contre le racisme, le sexisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, l’homophobie etc. Nous sommes pour une lutte unie, tous et toutes ensemble, quelle que soit notre culture, nos origines, notre couleur de peau, jeunes et travailleurs, chômeurs… contre la politique du gouvernement qui nous oblige à payer pour la crise…
Entrons dans la lutte
Il y en a assez de subir ces politiques, faisons éclater notre révolte ! Le 18 mars, les principaux syndicats appellent à la grève et à manifester contre les nouvelles mesures de Hollande qui prépare un plan de coupes budgétaires (donc de privatisations, de fermetures de services publics, de suppressions d’emploi…) de 50 milliards d’euro appelé «Pacte de responsabilité». Les grandes entreprises vont une fois de plus être dispensées de toute une série d’impôts sans aucune obligation pour embaucher et créer des emplois. Le chômage va rester le même mais les profits vont encore augmenter, sur le dos des travailleurs, des jeunes et de la population.
Dans ce système, le capitalisme, c’est la loi de l’exploitation maximale des travailleurs pour les bénéfices d’une petite minorité de super riches. Nous refusons cela, l’économie pourrait être organisée en fonction des besoins de tous et toutes, de manière démocratique, en nationalisant sous le contrôle des salariés et de la population les principaux secteurs de l’économie. C’est pour une telle société socialiste et démocratique que nous nous battons, n’hésite pas à nous contacter pour en discuter ou participer à la lutte.
Et le 18 mars, contre la politique de Hollande, tous et toutes en grève !

cliquez sur ce lien pour le télécharger:
offmars2014paris

Bosnie : Mobilisations de masse contre la pauvreté et un gouvernement corrompu

bosnie_fevrier-300x169Une révolte de masse qui illustre le potentiel de la classe des travailleurs pour surmonter les divisions ethniques

Niall Mulholland, Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO)

Une révolte des travailleurs, des étudiants, des chômeurs et des vétérans de la guerre balaye la Boosnie-Herzégovine, dans des manifestations contre les conditions économiques et sociales désastreuses et les divisions ethniques institutionnalisées.

Les manifestations ont commencé dans la ville de Tuzla, au Nord, et se sont rapidement étendues à la capitale, Sarajevo, ainsi qu’à d’autres villes. Ces mouvements de masse témoignent de la capacité de la classe des travailleurs à se remettre des revers les plus graves et à reprendre la voie de la lutte collective pour un changement social.

Depuis plusieurs semaines, les travailleurs licenciés de Tuzla, autrefois industrielles, manifestent après la privatisation d’une série de compagnie d’État qui ont été dépouillées de leurs biens et laissées courir à la faillite. Les manifestations ont grossi à mesure que les travailleurs mis à pied ont été rejoints par les jeunes et les chômeurs. En riposte, le gouvernement de Tuzla a envoyé la police anti-émeutes, ce qui a causé des affrontements violents. Cela n’a fait que provoquer plus encore les manifestants de Tuzla, qui ont tenu une manifestation plus grande le 4 février, appelant à la démission du gouvernement local, à la nationalisation des entreprises privatisées et au paiement des pensions. Le 7 février, des dizaines de milliers de personnes ont marché en direction des bâtiments officiels, qui ont été brûlés.

Même si, jusqu’ici, les manifestations ont surtout été concentrées dans les régions bosniaques (musulmanes), les manifestations se sont étendues à plus de 30 villes de la fédération. A Srajevo, la police a utilisé des balles de caoutchouc et des gaz lacrymogènes contre les manifestants, qui avaient notamment mis le feu aux bâtiments présidentiels. Les Croates comme les Bosniaques ont manifesté à Mostar, une ville associée à certains des combats les plus durs dans la guerre civile des années 1990.

Ce soulèvement a stupéfié l’élite dominante locale ainsi que l’establishment européen. Les gouvernements des cantons de Tuzla, Sarajevo, Una-Sana et Zenica-Doboj ont été poussés à la démission. Si la colère visait particulièrement les privatisations en massives qui ont conduit à une importante désindustrialisation dans un pays devenu dépendant de l’importation des biens et des services, les manifestants ont également crié leur opposition à l’ensemble de l’élite politique et au gouvernement corrompu.

Des structures gouvernementales corrompues

Le système gouvernemental de la Fédération de Bosnie-Herzégovine provient des accords de Dayton en 1995, après 3 ans de guerre et de ‘‘nettoyage ethnique’’ dans les quelles 100.000 personnes ont été tuées.

Cette guerre de 1992-1995 était la dernière étape de la violente dislocation de la Yougoslavie et de la restauration du capitalisme. Au cours des années ayant suivi la seconde guerre mondiale, la Yougoslavie a connu un important développement économique ainsi qu’une grande augmentation du niveau de vie, même si cela s’est produit dans le cadre d’un système de type stalinien où la bureaucratie dominante parasitait l’économie étatisée. Pour mieux parvenir à leurs fins, les puissances occidentales (et plus particulièrement l’impérialisme allemand) ont aidé à provoquer la guerre civile entre Croates, Serbes et Bosniaques (Musulmans) et, avec Moscou, ont soutenu des factions rivales de l’élite afin de faire main basse sur les richesses et le pouvoir.

Comme les armées belligérantes se sont battues jusqu’à aboutir à un statu quo, les USA et l’OTAN sont intervenus pour imposer les accords de Dayton, divisant la Bosnie en ‘‘entités’’ de la fédération de Bosnie-Herzégovine (majoritairement habitée par les Bosniaques musulmans et les Bosniaques croates), la République Srpska (république Serbe) et le District de Brčko, qui appartenait formellement aux deux entités. Chaque entité est divisée en cantons. Les 10 cantons ont chacun un premier ministre et un conseil des ministres. Mais ce système complexe de gouvernement n’est pas synonyme de démocratie réelle. Le Haut Représentant de l’UE, en ce moment Vladimir Inzko, est investi de pouvoirs dictatoriaux, comme le pouvoir de révoquer des hauts fonctionnaires et d’imposer ses décisions au gouvernement. Le pays est de facto un protectorat néocolonial de l’Occident, ce qui a été illustré quand Inzko a menacé les manifestants d’une intervention militaire de l’Union Européenne.

Politique ‘‘ethno-centrique’’

La structure complexe du partage des pouvoirs en Bosnie est aussi une légitimation et une institutionnalisation d’une politique basée sur les ethnies. Les différentes possibilités ‘‘de véto ethnique’’ permettent aux politiciens nationalistes de paralyser le gouvernement fédéral sur nombre de questions. Aucune reconnaissance officielle n’est donnée aux électeurs qui veulent des politiques inter-ethniques socialistes basées sur la classe des travailleurs. Mais l’aspiration à une alternative à la politique de droite ‘‘ethno-centrique’’ peut être constatée au travers de nombreux slogans. ‘‘J’ai faim dans les 3 langues’’, pouvait-on ainsi lire sur une des banderoles.

L’appareil dirigeant boursoufflé, bureaucratique, autoritaire, corrompu et inefficace est la cible de la haine des manifestants. L’élite politique de tous les partis est détestée pour avoir siphonné des milliards de dollars qui devaient servir de ‘‘fonds d’assistance’’ et de capital d’investissement. Les élites politiques de droite montent cyniquement les divers groupes ethniques les uns contre les autres, mais ils s’accordent parfaitement sur l’imposition d’attaques néo-libérales contre la population, une condition de l’entrée de la Bosnie dans l’Union Européenne. Après cinq ans de coupes budgétaires, les salaires des travailleurs du secteur public ont été diminués, les budgets ont été gelés et la dette publique n’a cessé de gonfler. Plus de 60% des moins de 24 ans sont au chômage. De plus en plus de Bosniaques voient clairement les visées néolibérales des principaux partis nationalistes et ethniques.

Le président de la république serbe, Milorad Dodik, joue sur la carte ethnique afin de prévenir toute révolte. Pour lui, les manifestations étaient un complot des Croates de Bosnie contre les Serbes. Mais des manifestations ont tout de même eu lieu dans les villes Serbes, comme Babja Luka, Brcko et Prijedor. Même l’association des vétérans serbes de Bosnie s’en est prise aux déclarations de Dodik en accusant le pouvoir de ‘‘tenter par tous les moyens nécessaires de préserver un État basé sur le crime, la corruption, le népotisme, et un système d’éducation horrible dont les conséquences se sont déjà fait sentir.’’

La solidarité de classe basique inter-ethnique en Bosnie et dans les Balkans peut être vue dans divers slogans et revendications des manifestants. Des centaines de personnes ont participé à la manifestation de Zagreb, capitale de la Croatie, où une bannière disait : ‘‘Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes !’’ Le 7 février, la ‘‘Déclaration des Travailleurs et des Citoyens du Canton de Tuzla’’ a mis en avant des revendications radicales qui constituent un rejet explicite de l’économie de marché. Elle appelle notamment à une assurance-santé garantie, à l’annulation des programmes de privatisations, au retour des usines sous contrôle des autorités publiques et à l’imposition d’un salaire équivalent à celui d’un travailleur pour les représentants du gouvernement.

Limites

Des manifestants ont organisé des réunions ou des assemblées dans toute la Bosnie, le Plenum de Tuzla nommant même des représentants au gouvernement local. Pourtant, le caractère largement spontané de la révolte et le grave manque d’organisation et de direction politique indépendante de la classe des travailleurs limitent sérieusement le mouvement à ce stade. Cela se voit dans d’autres revendications mises en avant par les manifestants de Tuzla, comme l’appel à ‘‘l’instauration d’un gouvernement technique composé d’experts apolitiques.’’ Cela peut paraître constituer un bon moyen de se débarrasser des politiciens corrompus et égoïstes, mais comme l’ont montré récemment les gouvernements techniques d’Italie et de Grève, ce ne sont pas des arbitres neutres, mais des outils aux mains du grand patronat. Un gouvernement ‘‘non-politique et technique’’ en Bosnie serait sous d’énormes pressions des forces de la droite nationaliste ainsi que des intérêts du Grand Capital européen.

Suite au manque de réelle démocratie sous l’ancien régime yougoslave, aux horreurs des guerres et à la restauration capitaliste, il faut s’attendre à ce que le mouvement des travailleurs soit actuellement très faible. Cependant, les travailleurs, les étudiants et les sans-emplois n’ont d’autre choix que de s’appuyer sur leur propre auto-organisation pour construire des assemblées et des conseils de lutte de masse capable de décider démocratiquement (localement, régionalement et nationalement) des prochaines étapes à franchir pour atteindre leurs buts.

Une action unie des travailleurs

Les meilleures armes pour les travailleurs de Bosnie et de toute la région sont les grèves, et surtout la grève générale. Une action coordonnée de la classe des travailleurs est nécessaire pour unir tous les travailleurs et se débarrasser du poison nationaliste que les élites dirigeantes vont sûrement lâcher pour défendre leurs intérêts. Un appel de classe conséquent en direction des policiers du rang peut aider à neutraliser l’oppression d’État.

Seul le mouvement des travailleurs est apte à défendre les revendications les plus progressistes mises en avant à Tuzla, Sarajevo et ailleurs dans le cadre de la lutte pour la fin immédiate des politiques d’austérité du FMI, l’expulsion du Haut Représentant de l’UE et pour la fin de toute intervention impérialiste. La construction d’un parti de masse des travailleurs reposant sur une politique socialiste pourrait offrir une véritable alternative à toute la gamme des partis nationalistes et des gangsters capitalistes locaux.

A la place de structures gouvernementales corrompues et divisées sur des bases ethniques, un mouvement indépendant des travailleurs lutterait pour une authentique assemblée constituante révolutionnaire ainsi que pour un gouvernement de la majorité des travailleurs. Il faut placer les industries privatisées sous propriété publique démocratique, au sein d’une économie planifiée sous le contrôle et la gestion démocratiques des travailleurs, cela encouragerait énormément les travailleurs de tous les Balkans à suivre cet exemple.

Sur cette base, les travailleurs de toutes origines ethniques et nationales pourraient démocratiquement et pacifiquement décider de leur avenir commun, au sein d’une fédération libre, égale et socialiste des Balkans.

Tensions grandissantes entre les puissances occidentales et Moscou

rusland1-300x200
Le dimanche 3 mars, des protestations anti-guerre ont eu lieu en Russie, mais de nombreux manifestants ont été arrêtés, dont des camarades de la section russe du Comité pour une Internationale Ouvrière (photo)

Au moins 6.000 soldats russes ont pris position dans la péninsule de Crimée, officiellement république autonome de l’Ukraine. Le régime russe affirme que cette mesure a été prise à la demande du gouvernement de Crimée, désireux que la Russie intervienne pour défendre les droits des citoyens russes. Le Kremlin a explicitement indiqué qu’il envisageait d’envoyer des troupes dans d’autres régions d’Ukraine si les droits de l’ethnie russe étaient «lésés», même si Vladimir Poutine a déclaré que pareille mesure ne serait prise qu’en ‘‘dernier recours’’.

Le régime de Poutine s’est vu servir sur un plateau le prétexte pour son intervention : la décision hautement provocatrice du nouveau gouvernement de Kiev de diminuer les droits linguistiques de la population russe et d’autres minorités. Le parti d’extrême-droite antisémite Svoboda dispose de quatre postes ministériels au sein du nouveau gouvernement de Kiev, dont celui de vice-premier ministre. Un co-fondateur de Svoboda dirige également le Conseil national de sécurité et un de ses adjoints est à la tête du mouvement paramilitaire et fasciste Secteur Droit. Le ministère de l’Intérieur a affirmé que la milice instaurée par Secteur Droit allait être intégrée dans les forces de police. La Douma russe s’est précipitée pour décréter une nouvelle loi permettant de délivrer des passeports russes à tout membre de l’ethnie russe en Ukraine. Une loi a également été adoptée pour autoriser qu’une région d’un autre pays soit annexée à la Russie pour autant que le gouvernement de ce pays soit considéré comme ‘‘instable’’.

Ces mouvements militaires russes surviennent après l’éviction du président ukrainien Ianoukovitch et l’arrivée au pouvoir d’un régime pro-occidental. L’ingérence irresponsable des puissances occidentales en Ukraine et la riposte de la Russie ont créé la plus grave crise militaire en Europe depuis la guerre russo-géorgienne en 2008. Ces dernières semaines, un mouvement de masse s’est développé contre le régime corrompu et autoritaire de Ianoukovitch et des oligarques. Ce mouvement avait les traits d’une révolution, et la force des masses a conduit à la désintégration du régime de Ianoukovitch et de l’appareil d’Etat. Mais en l’absence d’organisations représentant les intérêts de la classe des travailleurs, le vide politique a été occupé par des politiciens réactionnaires de l’opposition, des nationalistes ukrainiens radicaux et par le parti d’extrême-droite Svoboda ainsi que par le groupe Secteur Droit, ce qui a suscité de profondes craintes au sein de l’ethnie russe.

L’hypocrisie US

Avec une hypocrisie à peine masquée, le Secrétaire d’État américain John Kerry a condamné ‘‘la violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine’’. Mais lorsque leurs intérêts impérialistes sont en jeu, les États-Unis n’hésitent pas à intervenir militairement et à violer des territoires ‘‘souverains’’. La superpuissance US a ainsi envahi et occupé l’Irak et l’Afghanistan, interventions au coût humain désastreux. Les puissances occidentales hurlent de rage au sujet de la prise de contrôle de la Crimée par les forces russes, mais les forces de l’OTAN ont occupé le Kosovo après avoir armé et soutenu militairement l’Armée de libération du Kosovo dans son conflit avec le régime serbe en 1999.

Face à des mouvements de troupes russes en Crimée, l’impérialisme occidental s’est trouvé militairement paralysé et divisé quant aux mesures à adopter. Les gouvernements européens résistent à la prise de sanctions graves. De nombreux pays européens comptent beaucoup sur le commerce avec la Russie (l’Allemagne reçoit par exemple 40% de son gaz et de son pétrole à partir de la Russie) et ils sont réticents à prendre des mesures qui aggraveraient les problèmes économique de l’Union Européenne. Une photographie d’un document secret détaillant les délibérations des autorités britanniques a révélé une proposition visant à ‘‘ne pas soutenir, pour l’instant, des sanctions commerciales (…) ou à fermer le centre financier de Londres aux Russes.’’

Le nouveau gouvernement de Kiev a déjà de graves problèmes à gérer qui auront une grande incidence, et pas uniquement concernant les droits des russophones, mais concernant ceux de l’entièreté des travailleurs en Ukraine. L’économie est au bord du gouffre et le gouvernement a annoncé d’importantes réductions des dépenses de l’État. Toute aide financière de l’ouest s’accompagne invariablement de sévères exigences en termes d’application de l’austérité.

Afin de mobiliser un soutien à son intervention militaire, des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes russes, dont l’une forte de 20.000 à 30.000 personnes à Moscou. Le régime de Poutine instrumentalise les inquiétudes des Russes et promeut un patriotisme très cru alimenté par les sentiments anti-occidentaux qui vivent parmi la population. De nombreux Russes sont, bien entendu, véritablement préoccupés par le sort de l’ethnie russe en Ukraine étant donné le caractère totalement réactionnaire du nouveau régime ukrainien. Mais l’intervention militaire russe n’est pas motivée par le souci du bien-être des travailleurs russophones, de même que les manœuvres cyniques des puissances occidentales ne visent en rien à aider la classe des travailleurs de langue ukrainienne. Le Kremlin est gravement préoccupé par l’arrivée d’un régime pro-Otan et pro-occidental à Kiev, aux frontières occidentales de la Russie. Cela menace les intérêts géostratégiques et économiques vitaux de l’impérialisme russe.

L’intervention de Poutine en Crimée est à considérer dans le cadre des tentatives visant à restaurer le pouvoir et l’influence de l’élite russe qui, après l’effondrement de l’ancienne Union soviétique, s’est transformé en élite capitaliste. En réponse, l’Union européenne et les États-Unis menacent de prendre des sanctions économiques. Le régime ukrainien soutenu par l’Occident a quant à lui ordonné la mobilisation générale pour contrer l’intervention. Les travailleurs d’Ukraine auront cher à payer pour toute escalade du conflit.

Conflits ethniques et nationaux

Le Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) appelle à mettre fin à toute ingérence impérialiste et à toute intervention militaire en Ukraine. Ces forces réactionnaires menacent de pousser la crise jusqu’à la guerre, avec la terrible perspective de conflits ethniques et nationaux similaires ceux qui ont démembré la Yougoslavie dans le sang au cours des années 1990. Le CIO appelle à la constitution de comités anti-guerre en Russie et en Ukraine, y compris en Crimée. Des comités au fonctionnement démocratique peuvent organiser la défense inter-ethnique de n’importe quel groupe de la population menacé par l’extrême-droite ou le chauvinisme russe.
Il y a une semaine, un sondage d’opinion indiquait que 73% de la population russe était opposée à une intervention russe. Ce dimanche 3 mars, des manifestations anti-guerre ont eu lieu, mais des centaines de personnes ont été arrêtés par la police, y compris des membres du CIO. Tout comme cela avait été le cas en Ossétie du Sud avant la guerre avec la Géorgie, le régime russe a intensifié sa campagne pour la ‘‘défense’’ de l’ethnie russe en Ukraine. Cette rhétorique va très probablement pouvoir profiter d’un soutien temporaire en Russie tandis que la répression s’abattra sur les voix d’opposition.

Des dizaines de milliers de manifestants pro-russes ont défilé le week-end dernier dans la ville portuaire de Sébastopol, base de la flotte russe en mer Noire, ainsi qu’ailleurs en Crimée et ailleurs et à l’Est de l’Ukraine, notamment à Donetsk. Des groupes ‘‘d’autodéfense’’ apparemment soutenus par Moscou ont été instaurés et ils ont saisi les offices gouvernementaux. Les dirigeants locaux et régionaux ont été rapidement remplacés par d’autres, pro-russes. Un référendum sur la sécession de la Crimée est en préparation. La mobilisation de jusqu’à 130.000 troupes russes à la frontière avec l’Ukraine a rapidement suivi.

En l’absence d’un mouvement indépendant des travailleurs, le danger est réel que de nouvelles manifestations de masse à travers l’Ukraine adoptent de plus en plus un caractère ethnique.

Même si nombreux sont les travailleurs à l’Est du pays à craindre la politique du nouveau régime de Kiev et notamment la participation de l’extrême-droite, l’inquiétude est également grande face à l’intervention russe en Crimée et face au risque de guerre en Ukraine et dans la région. Beaucoup de villes de l’Est ont connu des mobilisations restreintes mais néanmoins importantes contre l’escalade du conflit. Les autorités russes affirment que les russophones fuient la région vers la Russie et que plus de 140.000 personnes ont déjà demandé asile en Russie.

La Crimée doit pouvoir si elle le désire faire usage de son droit à l’auto-détermination. Cette région a longtemps été un pion dans le jeu d’intrigues des élites dirigeantes des grandes puissances. En 1944, Staline a expulsé par la force la population tatare de la péninsule. En 1954, le dirigeant soviétique Khrouchtchev a remis la Crimée et ses habitants à l’Ukraine, sans qu’aucune consultation ne soit organisée. Les peuples de l’ex-Union soviétique n’ont pas non plus été consultés quand leurs dirigeants régionaux ont décidé de prendre le pouvoir au début des années 1990 au sein de nouvelles républiques.

Le CIO soutient le droit du peuple de Crimée de décider librement de son avenir, sans aucune coercition, que ce soit vers une autonomie accrue ou carrément jusqu’à l’indépendance. Une assemblée constituante démocratiquement organisée, représentant toutes les couches de la classe ouvrière, permettrait d’assurer qu’un référendum sur l’avenir de la Crimée soit supervisé par des comités démocratiquement élus de travailleurs. Les droits de 300.000 Tatars de la région et de toutes les autres minorités doivent également être pleinement garantis, y compris concernant leur langue et leur religion. Tout cela est impossible en restant au sein du système capitaliste avec sa pauvreté, son chômage et son exploitation, de même qu’en raison de la logique des élites concurrentes de ‘‘diviser pour régner’’. Seul un gouvernement des travailleurs pourra remplacer ce système capitaliste pourri par une société garante des intérêts des masses, y compris en termes de droits des nationalités et de protection des minorités, dans le cadre d’une fédération socialiste des Etats de la région.

Ce qui se déroule actuellement sous nos yeux ne conduira à aucune réelle autodétermination. La Crimée deviendra simplement un protectorat russe, à l’instar de l’Ossétie du Sud, ou, pire encore, une région occupée sous la poigne d’autorités dictatoriales, comme c’est le cas en Tchétchénie avec le gouvernement Kadyrov. L’expérience du Kosovo et de l’Ossétie du Sud illustrent que l’impérialisme, qu’il soit russe ou occidental, est incapable d’assurer la sécurité économique ou l’unité entre les différents groupes ethniques.

Il existe sans aucun doute une profonde atmosphère d’opposition au nouveau régime de Kiev parmi les Russes ethniques de Crimée. Mais le référendum proposé par le gouvernement pro-russe de Crimée, soutenu par les forces armées russes, ne prendra pas place dans une atmosphère de débat réellement libre, sans considération pour les autres groupes ethniques de Crimée, comme les 300.000 Tatars.

Les travailleurs ont bien plus en commun que de choses qui les séparent

La pauvreté, le chômage, l’exploitation et la dévaluation de la monnaie affectent tous les travailleurs. Les élites dirigeantes des deux pays sont prêtes à instrumentaliser les différences ethniques pour empêcher les travailleurs de s’unir au sein d’une lutte commune. Il semble maintenant qu’elles sont préparées à aller jusqu’à la guerre pour défendre leurs intérêts. Les travailleurs et les jeunes doivent s’unir à travers l’Ukraine pour riposter contre les attaques économiques et sociales qui vont arriver de la part du nouveau gouvernement. Cette lutte ne sera couronnée de succès que si la classe ouvrière est unie contre les oligarques et leurs amis d’extrême-droite actuellement dans le gouvernement de Kiev.

La question clé aujourd’hui est celle de la construction d’un parti de masse des travailleurs armé d’un programme socialiste et internationaliste et visant à la mise sous propriété publique des secteurs-clés de l’économie et des richesse des oligarques et hauts fonctionnaires, afin de garantir à chacun un bon niveau de vie, de bonnes pensions, des soins de santé, un enseignement de qualité et un logement, dans le cadre d’une économie socialiste démocratiquement planifiée.

Égypte : Nouvelles vagues de grèves ouvrières

2014-635277283447617367-761

Par David Johnson, Socialist Party (Section du CIO en Angleterre et au pays de Galles)

Après plusieurs mois sans que beaucoup de grèves aient lieu, ces dernières semaines ont montré une nouvelle fois l’énorme force potentielle de la classe ouvrière égyptienne.
A Mahalla, vingt mille travailleurs du textile ont fait grève le 10 février et ont occupé le siège de leur entreprise. Ils réclamaient un salaire de 1200 livres égyptiennes par mois, le salaire minimum des travailleurs du secteur public (mais qui exclut le secteur privé). Mahalla est une usine appartenant à l’État, et pourtant certains travailleurs gagnent à peine 500 livres par mois ! Les travailleurs ont exigé le versement de primes qu’on leur avait promises –mais qu’ils n’ont jamais reçues.
Ils revendiquaient également la démission du président de la société, le remplacement du commissaire de l’usine par un conseil d’administration élu et de nouvelles élections à la direction du syndicat officiel, en poste depuis 2005.
Après six jours, 12 000 travailleurs de l’usine textile de Kafr Al-Dawar se sont mis en grève en solidarité avec leurs camarades de Mahalla. Six jours plus tard, premier ministre Hazem El-Beblawy promit de satisfaire aux revendications des travailleurs. La grève a été suspendue pendant 60 jours, avec la menace qu’ils redémarreraient s’ils n’étaient toujours pas payés à ce moment-là.

Une nouvelle vague de grève

Le jour où la grève s’est terminée, 40 000 travailleurs des transports publics ont débrayé, exigeant à nouveau le salaire minimum des travailleurs du secteur public. Le Syndicat Indépendant des Travailleurs du Transport, formé à la chute d’Hosni Moubarak, a organisé beaucoup de ces travailleurs.
Ces derniers jours, 800 chauffeurs de bus ont occupé leur dépôt à Alexandrie. Certains agents de police de faible rang ont aussi mené des actions, exigeant le salaire minimum (même si dans certaines régions, la revendication était également pour que tous les policiers soient armés). Médecins, pharmaciens et vétérinaires ont pris part à une série de grèves depuis le début de l’année sur des questions de salaire et de conditions de travail ; et demandant des améliorations dans l’éducation et la qualité des hôpitaux. Les syndicats des infirmières n’a pas soutenu officiellement les grèves des médecins, mais 400 d’entre elles ont fait grève à Kafr al-Cheikh, exigeant le rétablissement d’une augmentation promise de 40 % qui avait été annulée.
A Tanta, les travailleurs du lin ont protesté, exigeant la mise en œuvre de l’ordonnance du Tribunal autorisant la reprise du travail après un retour au secteur public, qui n’a pas été appliquée par les deux derniers gouvernements. Les travailleurs de la Poste ont mené des actions dans des dizaines de bureaux de poste, exigeant le salaire minimum du secteur public. Certains fonctionnaires, les travailleurs de remise en état de terres et les travailleurs de la construction routière ont également été en grève.
Les demandes des travailleurs montrent leur impatience croissante depuis le soulèvement du 25 janvier 2011 qui a conduit au renversement de Moubarak. « Quand les gens demandent pourquoi nous sommes en grève aujourd’hui, c’est parce qu’on nous a fait des promesses avant, » a dit un travailleur des transports publics à l’hebdomadaire al-Ahram. « Ils ont dit d’attendre jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement vienne. Un nouveau président est arrivé, est reparti, et rien n’a changé. Maintenant nous avons une nouvelle crise. »
Le gouvernement remplacé
Le 24 février, le premier ministre Hazem El-Beblawi a annoncé que son cabinet avait démissionné. Il semble que l’annonce a pris par surprise même des membres du cabinet. Le vrai pouvoir est détenu par les officiers supérieurs, qui ont repris le contrôle depuis la chute du gouvernement des Frères Musulmans de Mohammed Morsi, à la suite des manifestations massives du 30 juin 2013.
Le maréchal Abdel Fattah al-Sisi devrait annoncer qu’il se présentera à l’élection présidentielle en mai. Le nombre croissant de grèves, ainsi que les attaques d’inspiration al-qaidiste sur le gouvernement et certaines cibles touristiques dans le Sinaï et la persistance des problèmes économiques semblent avoir incité l’armée à remplacer le gouvernement. Ils ne veulent pas de l’élection, qui aura lieu dans un contexte où les attentes sont de plus en plus fortes pour que Sisi démêle les problèmes du gouvernement et satisfasse les revendications des travailleurs.

Al-Sisi n’est pas Nasser

Al-Sisi tente de se présenter comme une version moderne de Nasser, l’officier de l’armée qui est devenu président dans les années 1950. Nasser a supervisé l’important développement industriel et des réformes qui ont amélioré le niveau de vie des travailleurs, le rendant extrêmement populaire. Toutefois, il a pu jouer sur la concurrence entre deux puissances mondiales en lutte pour l’influence au Moyen-Orient, au cours d’une période de croissance économique mondiale.
Al-Sisi – et tout gouvernement capitaliste aujourd’hui – ne dispose pas d’une telle marge de manœuvre. Une période de forte crise économique affectant les principales puissances capitalistes, la concurrence accrue entre l’industrie égyptienne et la Chine et d’autres économies à bas salaires mais équipées de machines plus modernes, la chute du nombre de touristes après trois ans de troubles et de la disparition d’un bloc stalinien alternatif sur lequel s’appuyer signifie une guerre sans merci contre le niveau de vie des travailleurs et des pauvres d’Égypte.
Le nouveau gouvernement est beaucoup plus solidement ancré dans l’armée et le camp de l’ère Moubarak que son prédécesseur. Ce cabinet est le reflet de l’alliance formée en juin dernier par l’armée avec des libéraux et d’anciens révolutionnaires contre les Frères Musulmans. Ayant contribué à gagner du soutien pour l’armée chez les travailleurs et les classes moyennes pro-libérales contre la Confrérie, les ministres de ces milieux ont été évincés.
Parmi les ministres qui ont perdu leur emploi ; Kamal Abu-Eita, un leader de grèves sous Moubarak et le Président de la Fédération égyptienne des syndicats indépendants (EFITU) ; jusqu’à sa nomination comme ministre du Travail. La nomination de Abu-Eita l’an dernier a suscité une opposition importante au sein de la EFITU et dans d’autres organisations ouvrières comme le Congrès Permanent de travailleurs d’Alexandrie (PCAW). Ceci a correctement été vu comme une tentative du nouveau régime militaire de contrôler les organisations des travailleurs. Mais les dernières grèves montrent que ceux-ci n’ont pas été intimidés par le retour, l’an dernier, des numéros un de l’armée aux commandes effectives du gouvernement.

Le régime de Moubarak se reconstruit

Le nouveau premier ministre est Ibrahim Mehleb, ancien Président du Conseil d’administration de Arab Contractors Company, une entreprise de construction majeure au Moyen-Orient et en Afrique. Il était membre assigné du Conseil de la Shura (la Chambre haute du Parlement) en 2010 sous Moubarak et membre du comité politique de l’ancien parti au pouvoir et aujourd’hui dissous, le Parti National Démocrate.
Parmi les autres « nouveaux » ministres de l’ère Moubarak, il y a notamment Ibrahim El-Demeiri, devenu ministre des transports pour la troisième fois. Son premier mandat fut brigué de 1999 à 2002, année où il fut remplacé après qu’un train surpeuplé a pris feu, tuant 373 personnes dans la pire catastrophe ferroviaire de l’histoire de l’Égypte.
Nabil Fahmy, le nouveau ministre des Affaires étrangères, a été l’ambassadeur de Moubarak aux États-Unis de 1999 à 2008.
Adel Labib, contre qui il y a eu d’énormes manifestations, maintenant ministre du Développement local et administratif, était gouverneur de province sous Moubarak.
Atef Helmy, ministre des Communications et des technologies de l’Information, était directeur de Oracle Egypte, filiale de la multinationale américaine.
Ces ministres ont l’intention de restaurer la poigne de fer de l’ancien régime, régime de chefs d’entreprises et militaires, mais sous un contrôle militaire plus ferme que le régime de Hosni Moubarak vers sa fin ; quand le fils de ce dernier, Gamal, appointait ses propres amis à des postes clés. Dans une référence claire aux récentes grèves et laissant entendre que celles-ci étaient liées aux Frères Musulmans, Mehleb appelé la fin à de « protestations de factions ».
Ils tentent d’utiliser leur contrôle de la majeure partie des médias, qu’ils soient contrôlés par l’Etat ou privés, pour réécrire l’histoire récente. Le soulèvement de masse qui a débuté le 25 janvier 2011 et qui a renversé Hosni Moubarak est à présent décrit comme un coup de force des Frères Musulmans, tandis que le soulèvement du 30 juin 2013 contre le gouvernement Morsi est dépeint comme ayant été la véritable révolution.

Il faut une alternative socialiste indépendante

Mais la mémoire des travailleurs et des jeunes de ces trois dernières années ne s’effacera pas si facilement. Les masses ont vu leur pouvoir et leur capacité à changer les choses, mais n’ont pas encore trouvé de moyen de changer la société dans leur propre intérêt. À deux reprises, d’abord contre Moubarak et ensuite contre Morsi, des dirigeants ont été renversés ; mais à deux reprises, la classe ouvrière n’avait ni programme concret ni organisations pour prendre le pouvoir pour elle-même. Un travailleur gréviste des transports en commun a déclaré au journal al-Ahram : « depuis la révolution, nous avons eu six gouvernements différents, de toutes les couleurs du spectre. Ils prennent un chef, le remplacent, en enlèvent un pour lui en substituer un autre. Mais les politiques sont les mêmes. Ceux qui sont au pouvoir pillent, et les pauvres se font enterrer ».
Les jeunes et travailleurs révolutionnaires discuteront de cette dernière étape dans la révolution égyptienne en cours. A l’instar de la révolution espagnole des années 1930 qui a fait des pas en arrière et en avant, balançant entre révolution et contre-révolution ; l’Égypte est dans une situation fluctuante depuis les trois dernières années.
Les travailleurs doivent construire leur propre parti révolutionnaire indépendant, pour se battre pour un gouvernement des travailleurs et des pauvres engagé pour un changement démocratique et socialiste. Faire appel aux travailleurs dans tout le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et au-delà à suivre cet exemple serait briser le pouvoir du capitalisme international qui est responsable de la pauvreté, de l’insécurité et de la répression.