Accord Alstom/General Electrics : rien de bon pour les travailleurs !

alstomEn cette période de crise, c’est la compétition entres les grands trusts capitalistes pour trouver les secteurs économiques à fort taux de profits. On assiste à des restructurations, des fusions et des rachats à tout va, notamment dans le domaine de l’énergie, très rentable à leurs yeux. C’est ce qui se passe avec l’accord Alstom/General Electric passé le 24 juin, qui devra être finalisé en 2015.

Alstom, c’est 95 000 salariés dans 100 pays du monde dont 20000 en France où est née l’entreprise en 1928. Il y a 2 branches: celle du transport (ferroviaire, métro, tramway) et celle de l’énergie, avec construction d’infrastructures pour les centrales thermiques, nucléaires et les énergies renouvelables (éoliennes).

L’accord ? C’est le démantèlement pur et simple d’Alstom

Pour 11,4 milliards d’euros Alstom vend à GE la branche énergie (70% des activités d’Alstom) et notamment le marché très convoité des turbines à gaz et à vapeur. Le reste du secteur énergie sera géré conjointement (Alstom/GE) pour les énergies renouvelables (éolien, hydro, turbines pour les centrales nucléaires). L’activité ferroviaire, elle, resterait 100% Alstom. C’est donc un découpage en bonne et due forme.

Le rôle du gouvernement dans tout ça?

Montebourg et le gouvernement n’ont eu de cesse de vanter leur défense d’Alstom, «symbole de la puissance industrielle française». Cette notion de fleuron industriel a reçu un écho. Ainsi L’Humanité titrait le 18 juin: «A l’assemblée nationale le PCF fait de la défense d’Alstom un combat national », certes en défense de l’emploi, de l’industrie et des salariés. Mais qui défend-on si l’entreprise reste privée ? Le terme « fleuron » ne veut rien dire, qu’Alstom soit aux mains de Bouygues, de General Electrics ou de Siemens/Mitsubishi, ce sera pour faire des profits au seul bénéfice des groupes d’actionnaires.

D’ailleurs, le principal actionnaire Bouyges est bien content de se débarrasser pour aller faire des profits plus importants ailleurs. En 2006, il avait racheté les parts de l’Etat qui avait renfloué l’entreprise en 2004.

Le feuilleton a duré des mois et les tractations financières avec Siemens/Mitsubishi et Général Electric aussi. En mai, Montebourg annonce un droit de veto du gouvernement qui aura comme résultat de favoriser l’offre de GE. C’est finalisé le 26 juin : le gouvernement annonce qu’il va racheter sous 20 mois 20% des 29,3% de la part de Bouygues. Et en fanfare annonce l’entrée de l’Etat dans le capital d’Alstom et à 50% avec GE dans les coentreprises, notamment l’activité nucléaire

Mais en fait le grand gagnant est Bouygues car c’est un joli cadeau que lui fait le gouvernement (avec l’apport de fonds publics). Bouygues récupéra près de 2 milliards d’euros en vendant ses actions au prix le plus haut possible le moment venu (avec un seuil minimum de 35 euros au lieu d’un cours de 28 euros actuellement). Bouygues qui par ailleurs a commencé un plan de 1550 suppression d’emploi sur les 9000 que compte sa branche telecom.

La participation possible de l’État en 2016 ne satisfait pas les patrons. Ainsi Kron, le PDG d’Alstom a-t-il déclaré «je n’étais pas demandeur de l’entrée de l’État au capital. C’est sa décision» ou encore: «il n’entrera au capital et au conseil d’administration qu’après la signature avec GE et n’aura pas son mot à dire sur l’utilisation qui sera faite du produit de cession de la branche énergie». De toutes façons, d’ici 2016, ces gens là trouveront bien un accord. On sait très bien que Montebourg parle beaucoup quand les médias sont là et s’arrange avec les patrons en faisant parfois même le contraire de ce qu’il a dit lorsque les journalistes sont partis.

Rien de bon pour les salariés dans cette alliance

GE promet 1000 emplois en 3 ans. Le gouvernement promet d’inclure des pénalités financières de 50000 euros par emploi non créé, une goutte d’eau pour ces multinationales!

Les salariés de l’énergie et du ferroviaire n’ont guère confiance. GE à Belfort a supprimé 600 postes en 2013 et 300 suppressions sont en cours dans d’autres sites de l’entreprise. Dans le secteur ferroviaire la direction dit qu’il y a un sureffectif de 100 sur 660 et demande aux salariés de partir sur d’autres sites. La participation de l’Etat, même si elle les rassure un peu n’enlève pas leur crainte des licenciements. L’Etat est même plutôt champion dans les suppressions d’emploi ces dernières années.

Ce montage financier est flou et sans aucune transparence pour les travailleurs. Les gagnants sont les actionnaires. Et il est probable qu’au nom de la « conjoncture » des suppressions de sites interviennent ces prochaines années : les travailleurs d’Alstom auront à lutter et il ne faudra pas qu’ils soient isolés.

C’est néanmoins un scandales que la vie de dizaines de milliers de personne se joue sur ces tractations secrètes et cette valse des milliards, tout ceci devrait être transparent et accessible aux travailleurs et à leurs syndicats !

Pour l’ouverture des livres de comptes aux salariés et la levée du secret commercial !

Zéro licenciement ! Ni en France ni ailleurs, pour la multiplication des liens entre les travailleurs et leurs syndicats des différentes filiales et entreprises des groupes Alstom, GE, Siemens etc. quel que soit le pays

En cas de menace sur l’emploi ou de refus d’accéder aux revendications des travailleurs, pour la mise en propriété publique complète d’Alstom/GE en expropriant les grands groupe d’actionnaire, et sous la gestion et le contrôle démocratique des travailleurs et de la population

Pour un monopole de service public complet de l’énergie, de la fabrication à la distribution, sous le contrôle démocratique des travailleurs avec leurs syndicats, et en lien avec la population, pour un secteur de l’énergie organisé en fonction des besoins sociaux et environnementaux et non pour les profits. Pour le même processus dans la branche transport.

Interview d’un jeune étudiant militant de Boston

Brian est un jeune étudiant en littérature et philosophie à Boston, aux Etats-Unis. Il est militant de Socialist Alternative.  Une camarade de la gauche révolutionnaire a profité de son séjour linguistique en France pour lui poser quelques questions sur la situation des étudiants dans son pays.

RM : Comment décrirais-tu la génération de jeunes américains qui font actuellement des études ? Sont-ils confiants dans la société dans laquelle ils vivent ?

Brian : Ma génération est caractérisée par son cynisme et son attitude ironique vis-à-vis de la superstructure politique et économique des Etats-Unis. Personne n’ a aucun espoir dans le fait qu’un parti traditionnel, ou même qu’un quelconque parti, fasse réellement évoluer notre vie. Et parallèlement, la pression augmente doucement. Alors qu’il est évident que ma génération n’atteindra jamais le même niveau de vie que ses parents, les jeunes n’en n’ont pas vraiment encore pris conscience. Il y a toujours l’espoir de parvenir à un avenir brillant sous le capitalisme si nous travaillons suffisamment. Mais en même temps, quand les étudiants sortent de la fac, il est de moins en moins probable qu’ils trouvent un travail qui leur permette de subvenir à leur besoins quotidiens. La panique et la recherche d’une alternative prend place quand les jeunes réalisent que depuis 2008, en tant que jeunes travailleurs pauvres, ils sont à peine capables de payer leur dettes et que leur chance d’atteindre la classe moyenne est des moindres. Il risque d’y avoir une réelle protestation une fois que les jeunes travailleurs et les étudiants réaliseront qu’ils ne pourront jamais faire partie de la classe moyenne comme ils l’espèrent.

RM : Les Etats-Unis sont réputés pour avoir un accès aux études supérieurs très sélectif et particulièrement onéreux. Qu’en est-il réellement ? La question financière est-elle un frein pour beaucoup d’étudiants potentiels ?

Brian : Le prix de l’université aux Etats-Unis n’est pas comparable ce qu’on rencontre en Europe. Les étudiants s’endettent de 100 000 $ ou plus en espérant pouvoir rembourser leur crédit après l’université. Une année à l’université publique aux Etats-Unis coûte plus de 20 000 $ mais la plupart des universités privées renommées demandent plus de 50 000 $ par an. Le coût des études a énormément augmenté sur les 20 ou 30 dernières années. Par exemple, mon père a été capable de payer sa formation dans le nord-est dans les années 80’, en travaillent comme éboueur, alors que les frais de scolarité de cette même université seront cette année de 42 534 $. Il y a un grand système d’aides financières et de bourse mais cela est loin de suffire à créer une égalité d’accessibilité aux études. Les jeunes issus de la classe ouvrière sont coincés avec des dettes à long terme et sont généralement moins susceptibles de recevoir des bourses pour l’université car ils viennent souvent d’établissements scolaires moins performants. Même s’il y a une illusion d’égalité, la réalité est un système stratifié de privilèges au sein même des universités.

RM : Dans ton université, le sentiment anticapitaliste est-il présent chez beaucoup de jeunes ? Les étudiants s’impliquent-ils en politique ou dans des luttes quelconques ?

Brian : Il y a un rejet massif des politiques capitalistes mais sans réelle conscience de ce qu’elles sont et du contexte dans lequel elles prennent place. Il y a un groupe écologiste assez fort sur le campus qui est antilibéral mais très peu d’étudiants en général parlent d’anticapitalisme. L’absence d’une forte conscience anticapitaliste dans les universités américaines est en partie due à la popularisation de la conception individualiste des anarchistes et libertaires et nous avons très peu d’exemples effectifs de solidarité entre travailleurs.

Pour tenter d’y remédier, un groupe d’étudiants dont je fais partie, a instauré un groupe appelé « Students for a Democratic Society » (SDS, Etudiants pour une société démocratique), en souvenir de l’organisation radicale des étudiants dans les années 60’, pour unifier toutes les tendances socialistes, communistes et sociaux démocrates, alors que rien de tel n’existait.

Nous tenons des réunions hebdomadaires et planifions des événements pour rendre les idées socialistes plus accessibles sur le campus.

En tant que membre d’Alernative Socialiste (SA) et étant un des membres les plus actifs de SDS, c’est un bon forum pour parler du socialisme et de la perspective de l’internationale du CIO. L’année prochaine, je vais mener un groupe de lecture au sein de SA, en lien avec SDS.

Un des exemples d’action que nous avons mené sur l’année dernière concerne une lutte contre la fermeture d’un hôpital régional. Après que la compagnie privée North Adams Regional qui possédait l’hôpital ait décidé de le fermer, toute la communauté du campus était révoltée.

Cette fermeture soudaine aller coûter 600 emplois à notre petite ville et reporter le service d’urgence le plus proche à 30 minutes de là, ce qui peut poser des questions de vie ou de mort pour des personnes sérieusement atteintes. Mais la logique aveugle du capital ne prend pas cela en compte et se fiche de causer du tort à une communauté déjà pauvre en services et en emplois : l’hôpital n’était juste pas rentable.

Des 1 500 étudiants du campus, seulement 6 d’entre nous, tous issus du SDS, se sont ralliés aux syndicalistes et aux habitants pour sauver l’hôpital. Même si pour ces 1500 étudiants, la fermeture était le sujet de conversation principal et que la colère était généralisée, il fallait déjà une bonne compréhension de ce qu’est le capitalisme pour convaincre quelques uns de sortir des classes et prendre clairement position dans la protestation. Cela illustre la situation de paralysie que connaissent les étudiants dans mon université : ils n’ont rien à perdre mais n’ont aucune idée de comment lutter.

D’un point de vue plus encourageant, les étudiants sont de plus en plus enclins à une vision socialiste, à la fois pour comprendre le système capitaliste et pour penser une alternative.

Quand les politiciens clament « communisme » comme étant un mauvais mot, les étudiants rient de leur côté démodé et de l’ignorance des ces politiciens conservateurs peu instruits. Il est aisé de parler du socialisme grâce à cette ouverture d’esprit mais aussi parce que les étudiant n’ont pas de conception claire de ce qu’est le capitalisme. Les étudiants américains ont suffisamment de jugeote pour comprendre la conception sociale de ce qu’est le capitalisme et comprendre alors pourquoi nous avons besoin de nous battre pour le socialisme puisque la structure de base du capitalisme est défectueuse. Pour booster cela, nous avons besoin d’un parti de lutte qui aille à la rencontre des étudiants.

RM : Dirais-tu que les idées marxistes se développent en ce moment parmi les jeunes ? Si non, quel est le frein principal ?

Brian : Les étudiants et la classe des travailleurs aux Etats-Unis sont aujourd’hui prêts à entendre ce qu’est le socialisme s’il n’est pas dilué et s’il vient d’une organisation qui cherche réellement à défendre leurs intérêts. Socialist Alternative (section sœur de la Gauche Révolutionnaire) est une organisation sans chef, entièrement construite et portée par ses membres, sans direction externe arbitraire. Les étudiants n’ont aucune expérience de telles organisations. Si nous avons le courage de leur dire qu’il n’y aura aucun compromis avec le capitalisme, nous pouvons les convaincre de se tourner vers le socialisme et de se battre pour cette alternative.

Retrouvez également cette interview dans le numéro d’été de l’Egalité

« Taxes de séjour » Fabius vole au secours des riches

Le ministre des affaires étrangères (et du tourisme désormais, en gros le VRP de l’industrie du tourisme de luxe) a donc enfourché le cheval pour défendre… les grands groupes hôteliers.

La taxe de séjour, c’est ce qui permet que les touristes participent au financement des services publics dont ils bénéficient dans les communes qu’ils visitent. Il est évidemment impossible de demander un avis d’imposition pour indexer la taxe, il est donc logique que celle-ci s’applique en fonction du degré de standing.

Pour les hôtels 4 et 5 étoiles, elle est incroyablement faible : 1,50 euros, alors que le prix des chambres est de 385 € en moyenne pour un 5 étoiles à Paris et 185 euros pour les 4 étoiles en 2013. Quant aux palaces, dont les prix de chambres varient, par exemple pour le Fouquet’s, de 770 € à 10 500 € la taxe de séjour reste à 1,50 euros… La passer de 1,5 euros à 8 comme le proposent certains députés est donc tout sauf un grand sacrifice d’autant qu’ils n’ont même pas le courage de rendre cette augmentation obligatoire.
Les groupes hôteliers brandissent la répercussion sur l’emploi et sur la fréquentation. C’est évident que quand on paie une chambre 385 euros, on peine à la payer 393…

Quant à l’impact sur l’emploi, lorsque les hôteliers-restaurateurs ont obtenu la TVA à 5,5% au lieu de 19,6%, ils promettaient d’embaucher et de réduire les prix. On sait désormais qu’ils n’ont quasiment pas embauché et que les prix ont baissé de 2,1% en moyenne. Les restaurateurs ont donc empoché de 10 à 15% d’augmentation de leurs marges bénéficiaires. Et c’est bien cela dont Fabius vient de se faire le porte-étendard : les bénéfices des industriels du tourisme, en particuliers les grands groupes et les chaînes de luxe.

D’ailleurs, les pauvres hôteliers que Fabius accompagne sont des groupes comme Accor, qui possède une chaîne de plus de 1500 hôtels en France (et une quinzaine de marques : Sofitel, Mercure etc.) et qui le dit clairement par la voix de son PDG, S. Bazin : « le taux de la taxe, son montant, est insupportable sur les marges des entreprises aujourd’hui ». C’est bien sur les marges, donc les bénéfices que se pose le problème, et cela Fabius le sait bien mais ne le dit pas.

Mais qu’attendre d’autre du ministre le plus riche du gouvernement, avec un patrimoine de 5,2 millions d’euros, un salaire de ministre de plus de 100 000 euros annuels (et qui perçoit quand même son indemnité de conseiller municipal de plus de 6 000 euros, il n’y a pas de petits gains…) sans parler de tous les avantages et frais payés de sa vie de ministre, si ce n’est défendre sa classe, celle des riches et des profiteurs.
Alex Rouillard

 

Afrique du Sud , Victoire de la grève des mineurs du platine!

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Un important pas en avant dans la lutte pour un salaire minimum vital pour tous 
Déclaration du Workers’ And Socialist Party (WASP)
Le WASP salue aujourd’hui la résolution de cinq longs mois grève dans le secteur du platine ; une victoire non seulement pour les mineurs et leur syndicat l’AMCU, mais pour tous les travailleurs et les pauvres. Les augmentations pour les travailleurs les moins payés de 1000 rands (70 euros) dans la première et la deuxième année et 950 rands (65 euros) pour la troisième représentent des gains sans précédent et une étape importante dans la lutte pour un salaire décent pour tous. 
L’accord qui a été accepté par les travailleurs est la preuve que la lutte unie et déterminée paie. Les concessions importantes que les compagnies minières ont été forcées de faire ont révélé au grand jour leurs mensonges sur le fait qu’ils ne pouvaient pas payer ces augmentations. 
La détermination qui a permis aux travailleurs de tenir pendant ces cinq mois difficiles est une source d’inspiration pour les travailleurs, les communautés en lutte et les jeunes à travers l’Afrique du Sud et au-delà. La grève a polarisé la société sur des bases de classes et a clarifié la position de chaque camp sur le front des classes. Le WASP, tout au long de cette grève, a clairement montré son soutien aux travailleurs. Les partis politiques tels que l’ANC et le PC ont eux prouvé qu’ils étaient indubitablement du côté des patrons. Les syndicats jaunes comme le NUM, Solidarity et le WAU ont également imprimé leur trahison dans les esprits de centaines de milliers de travailleurs. L’accord signé aujourd’hui est aussi une victoire sur la quasi-armée de détracteurs qui a tenté de diaboliser non seulement les travailleurs en grève et l’AMCU, mais également quiconque qui oserait soutenir activement leur action, qui ruinerait soi-disant l’économie sud africaine. 
Cette grève, inspiré par les martyrs de Marikana a été la plus importante depuis les grèves des mineurs de 2012. Elle a posé les contradictions fondamentales du système économique capitaliste : la nécessité de nationaliser l’industrie minière afin que les ressources minérales massives puissent être utilisés pour en finir avec les salaires de misère, créer des emplois et développer les communautés minières et la société dans son ensemble. L’étape d’aujourd’hui devrait servir de plate-forme à partir de laquelle le mouvement ouvrier dans son ensemble prendrait la direction donnée par l’AMCU pour continuer la lutte jusqu’à ce but.
Les mineurs doivent se préparer à repousser les tentatives probables par les patrons des mines de récupérer demain ce qu’ils ont concédé aujourd’hui. Aucun retour en arrière n’est acceptable : la richesse minérale de cette terre est suffisante pour fournir des emplois à beaucoup plus ! La victoire des travailleurs du platine va certainement renforcer la confiance des métallos, des travailleurs de la construction et du secteur public, pour lesquels la grève se profile et qui doivent affronter des négociations salariales difficiles pour ne citer que quelques exemples. Le WASP continuera à se tenir fermement en première ligne de ces luttes et de travailler à maximiser son niveau d’organisation, d’unité et de clarté.

Marche des Fiertés Paris 2014 : fête et colère contre le gouvernement !

gay-pride.des-dizaines-de-milliers-de-personnes-ont-defile-parisCette année la marche des Fiertés a encore regroupé des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Paris. Sous la pluie battante, les manifestants ont défilé au son des sonos des chars d’associations de défense des droits des LGBT et des slogans dans quelques cortèges. Peu de cortèges avaient des revendications. Mais lorsque c’était le cas, la déception et la colère face à la politique de Hollande et du gouvernement Valls qui étaient majoritaires.
Partout la politique d’austérité et les coupes dans les services publics limitent déjà les droits acquis comme ceux des malades contaminés par le VIH, l’aide aux homos et lesbiennes notamment aux plus jeunes… sans parler des droits des homos et lesbiennes sans papiers, particulièrement ciblés dans certains pays par les gouvernements réactionnaires où l’homosexualité est encore punie de mort… La colère était aussi marquée face aux promesses non tenues du PS sur la parentalité (abandon de la loi sur la Procréation Médicalement Assistée alors que c’était une promesse de campagne), ou la possibilité d’adopter.
La Gauche révolutionnaire a tenu un stand comme chaque année, avec ses badges, ses sifflets et notre journal .

Irak – L’héritage sanglant de la guerre du pétrole

EEIL-300x199L’escalade du conflit sectaire menace de toucher les pays voisins

A l’époque de l’invasion catastrophique et criminelle de l’Irak par Bush et Blair en 2003, le Comité pour une Internationale Ouvrière et ses sections (dont la Gauche Révolutionnaire en France, NDT) avaient averti qu’elle pouvait mener à l’éclatement de l’Irak ainsi qu’à une terrible guerre sectaire, ce qui commence à se jouer sous les yeux du monde entier.

Judy Beishon, Socialist Party (CIO – Angleterre et Pays de Galles)

Les impérialismes américain et britannique ont eux-mêmes posé les bases pour être confrontés non plus à un, mais à plusieurs Saddams ainsi que pour la croissance d’organisations terroristes de type Al-Qaïda, comme l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui domine le Nord de l’Irak aujourd’hui. La tournure des évènements menace de déclencher un bouleversement dans toute la région aux conséquences profondes et certainement tragiques pour les populations.

Pour justifier la guerre de 2003 et l’occupation conséquente – durant laquelle plus d’un demi-million d’Irakiens et des milliers de soldats occidentaux sont morts – Bush et Blair avaient prétendu débarrasser l’Irak de ses armes de destruction massive et poser les bases d’une démocratie. Ces armes de destruction massive n’existaient pas et l’intérêt de cette intervention impérialiste n’a jamais été d’instaurer la démocratie. Ce qui était visé, c’étaient les vastes réserves de pétrole irakien et un renforcement de leur influence au Moyen-Orient. En poursuivant ces objectifs, ils ont créé les conditions matérielles pour une longue période de conflit sanglant ethno-sectaire.

Le renversement du dictateur Saddam Hussein et la ‘‘débaasification’’ ont retiré les musulmans sunnites de l’appareil d’Etat et de leurs emplois. Face à la forte résistance à laquelle l’occupation a dû faire face et pour vaincre les insurgés sunnites, l’impérialisme américain a recouru à la tactique du ‘‘diviser pour mieux régner’’ et a imposé un gouvernement corrompu dominé par les chiites, ce qui a fortement empiré les divisions au sein des habitants.

La prise de contrôle de Falloujah en janvier et maintenant de Mossoul (deuxième plus grande ville irakienne) par l’EIIL est considérée comme un désastre par le gouvernement américain, qui a complètement retourné la situation où ces milices sunnites avaient été expulsées de ces villes au cours d’assauts brutaux lancés par les Marines américains durant toute la guerre menée par les USA.

A présent, l’impérialisme américain est sérieusement affaibli au Moyen-Orient suite à la série de désastres de sa politique étrangère, et à l’opposition de masse dans la région et aux USA contre ces interventions. Obama a été élu à la présidence en promettant la fin des guerres ratées en Irak et en Afghanistan, aussi a-t-il retiré les troupes d’Irak en 2011, et proclamé ensuite que l’assassinat d’Osama Ben Laden au Pakistan avait détruit le noyau d’Al-Qaïda. L’année dernière, Obama a encore été sous une pression de masse qui l’a empêché de bombarder les forces de Bachar el-Assad dans le cadre de la guerre civile syrienne. En Grande Bretagne, David Cameron a lui aussi été empêché de prendre cette direction.

A cause de ces antécédents, ni Cameron ni Obama n’ont envisagé de renvoyer des forces terrestres nombreuses en Irak. Mais le fait qu’Obama augmente les approvisionnements de l’armée irakienne en armes et en matériel militaire et qu’il considère de bombarder les régions occupées par l’EIIL permet de mesurer l’inquiétude des stratèges impérialistes devant les avancées des milices sunnites. Cependant, les attaques aériennes, si elles sont effectuées, seront contre-productives et infligeront un bain de sang massif aux civils qui seraient inévitablement touchés, comme en témoignent les bombardements opérés en Afghanistan.

Soulèvement sunnite

Une partie de l’armée irakienne, qui compte près d’un million d’hommes (entraînés et équipés pour un montant de 30 milliards de livres sterling par les USA et la Grande-Bretagne), s’est désintégrée avant même l’offensive des quelques milliers membres de l’EIIL. Au cours de la prise de Mossoul, une ville de deux millions d’habitants, et d’autres villes dont Tikrit, l’EIIL a été aidé par des soulèvements de la minorité sunnite qui souffre d’une très forte discrimination et de fortes représailles sous le gouvernement chiite de Nouri al-Maliki, initialement imposé par les USA.

L’ancien personnel de sécurité baasiste du régime déchu de Saddam Hussein fait partie de ceux qui ont rejoint l’offensive. Pendant ce temps, les forces kurdes Peshmerga ont utilisé la crise pour prendre rapidement la ville de Kirkouk, la considérant comme capitale de l’État kurde.

Le gouvernement irakien a été laissé paralysé, sans le moindre contrôle réel sur tout le Nord de l’Irak, incapable même d’obtenir un quorum au Parlement pour introduire des mesures d’urgence. Plus d’un demi-million de réfugiés ont quitté Mossoul et les autres endroits capturés, craignant les bombardements du gouvernement, de l’EILL, ou des deux.

L’une des grandes ironies de la situation actuelle est qu’il est dans les intérêts de l’administration américaine comme de son pire ennemi – le régime théocratique iranien – de soutenir l’infortuné gouvernement Maliki. L’élite iranienne était si perturbée par la situation critique de ses protégés chiites à Bagdad qu’elle a rapidement envoyé son général Suleiman à Bagdad pour aider à rassembler les milices chiites volontaires et les forces armées gouvernementales qui pourraient défendre la ville et ses alentours.

C’est une autre humiliation pour les dirigeants américains : avoir besoin de coopérer avec un régime haï à qui ils ont imposé de lourdes sanctions. Cependant, pour justifier de discuter avec l’Iran, le sénateur Républicain Lindsey Graham a commenté : ‘‘Pourquoi avons-nous trouvé un accord avec Staline ? Parce qu’il n’était pas pire qu’Hitler. Nous devons discuter avec l’Iran pour s’assurer qu’ils n’utilisent pas cette opportunité pour prendre le contrôle d’une partie de l’Irak.’’

Un autre ennemi juré de l’administration américaine, les forces de Bachar el-Assad en Syrie, sont aussi venues en aide à al-Maliki en lançant des attaques contre les bases de l’EIIL en Syrie. El-Assad avait auparavant fermé les yeux sur beaucoup des agressions de l’EIIL en Syrie parce qu’elles étaient surtout destinées à s’emparer du terrain d’autres milices islamiques qui étaient à l’avant-garde de la lutte contre son régime.

Bagdad

L’EIIL et d’autres milices sunnites ont déclaré qu’envahir Bagdad et les villes a majorité chiites ou mixtes au sud de la capitale faisait partie de leurs objectifs, mais il semble peu probable qu’ils puissent rapidement y parvenir étant donné le rapport de force en présence. Les milices chiites se réactivent, avec une nouvelle affluence, dont l’armée du Mahdi de Muqtada al-Sadr, qui a été impliquée dans la lutte contre l’occupation menée par les USA. Les forces iraniennes semblent les avoir appuyées.

A Mossoul et dans d’autres endroits à majorité sunnite qui ont été balayés par l’EIIL, l’armée irakienne dominée par les chiites a été largement considérée comme un outil répressif manié par un gouvernement qui poursuit des objectifs sectaires contre les composantes non-chiites de la société. Des rapports crédibles parlent de dirigeants de l’armée irakienne qui auraient dissout leurs troupes en connivence avec l’EIIL, mais dans tous les cas, l’impopularité de l’armée dans les régions dominées par les sunnites a contribué au faible moral des soldats et aux désertions face à l’assaut islamiste. L’EIIL s’est construit une réputation de sauvagerie épouvantable contre les chiites – c’est une ramification d’Al-Qaïda que même Al-Qaïda renie – qui a ajouté à la peur des troupes en fuite.

Des rapports ont émergé selon lesquels l’EIIL a exécuté des centaines de chiites et de soldats de l’armée irakienne désarmés dans les régions qu’ils ont prises et a auparavant fait beaucoup de victimes en Syrie. Ce bain de sang continue en sus de beaucoup d’autres atrocités commises en Irak par les milices sunnites contre les chiites et vice-versa ces dernières années.

Cependant, même s’il pourrait ne pas y avoir de tentative d’invasion de Bagdad à court terme, il est peu probable que les forces restantes du gouvernement irakien soient capables de garder le contrôle de toutes les régions maintenant aux mains des milices sunnites ou du Peshmerga kurde. Certaines villes changent de mains – l’armée d’al-Maliki en a récupéré deux au Nord de Bagdad – mais le gouvernement a échoué à reprendre Falloujah en le bombardant depuis que l’EIIL s’en est saisi en janvier dernier.

Quant à Kirkouk, les dirigeants de la zone kurde semi-autonome ont été enfermés dans une longue bataille contre les ministres d’al-Maliki sur qui va tirer profit de de la production de pétrole dans leur zone, une lutte dont ils voudraient bien se libérer en prenant le contrôle de Kirkouk comme une étape vers une indépendance de facto.

L’EIIL

L’EIIL, qui a beaucoup de combattants djihadistes étrangers dans ses rangs et de plus en plus de combattants des populations locales, a imposé un système islamiste répressif de la région de Raqqah en Syrie et veut l’étendre pour former un Califat islamiste en liant les régions irakiennes dont elle a pris le contrôle et éventuellement des parties du Liban et de la Jordanie. Ses dirigeants proclament la fin de la frontière entre l’Irak et la Syrie – des Etats dessinés par l’accord de 1916 entre les impérialismes britannique et français qui ont divisé les restes de l’Empire Ottoman entre ces deux puissances.

Le journaliste Robert Fisk, parmi d’autres, a rapporté que l’EIIL est financièrement soutenu par de riches Arabes du Golfe, dont des membres de l’élite Saoudienne voisine, qui sont des alliés des USA mais aimeraient en finir avec le contrôle chiite de Bagdad. En Syrie, l’EIIL s’est enrichi en augmentant les taxes, par des kidnappings et d’autres extorsions et il a maintenant saisi d’énormes sommes d’argent des banques dont il a pris le contrôle à Mossoul et une grande partie de l’armurerie abandonnée par l’armée irakienne – en grande partie pourvue par les USA.

Certains commandants de l’EIIL ont essayé de ne pas braquer les habitants des régions dont ils avaient pris possession alors que d’autres ont immédiatement mis en place des édits de la Charia disant aux voleurs qu’ils auraient les mains coupées, aux femmes de couvrir leur corps et d’éviter de sortir de chez elles, interdisant les partis politiques, et autres lois réactionnaires. Ces annonces ont effrayé une grande partie de la population, dont beaucoup de sunnites qui espéraient d’abord que l’EIIL allait au moins les délivrer de la discrimination, des arrestations et de la torture que le gouvernement Maliki leur fait subir.

Répercussions

Dans l’ensemble, la tournure récente des évènements va encore aggraver la terrible souffrance du peuple irakien, quelle que soit sa communauté. La perspective de l’escalade de la division sectaire menace aussi de toucher les pays voisins, dont la Turquie ou il y a déjà eu des enlèvements de plusieurs Turcs par l’EIIL, et qui de plus ne veut pas d’un Kurdistan indépendant.

De plus, une fois encore, il y a des tensions en ce qui concerne les ressources de pétrole et l’économie mondiale, à mesure qu’augmente l’appréhension d’une possible interruption des grands champs de pétrole dans le sud de l’Irak.

Un autre danger significatif dans le monde entier réside dans le retour chez eux de centaines de djihadistes endurcis par la guerre et traumatisés qui sont partis en Syrie et en Irak – des pays aussi divers et lointains que l’Arabie Saoudite, la Russie et la Grande-Bretagne. Ne voyant pas encore une alternative au système capitaliste pourrissant, autre que d’essayer de faire tourner l’horloge à l’envers pour revenir à l’époque de la persécution féodale, de la soumission des femmes, de la pauvreté terrible et de la justice sommaire, le danger d’une augmentation des attaques terroristes va arriver avec eux.

La des travailleurs et les pauvres chiites, sunnites, kurdes et d’autres nationalités et de groupes ethniques et religieux en Irak n’ont rien à gagner d’aucun de ceux qui propagent le conflit sectaire d’où qu’il vienne. Les sunnites irakiens ont auparavant rejeté les prédécesseurs de l’EIIL et les ont expulsés de leurs communautés et beaucoup sont maintenant scandalisés par les actions de l’EIIL. La colère est très répandue parmi les chiites contre la corruption de Maliki et le sectarisme. Les sunnites, chiites et Kurdes souffrent tous autant de l’insécurité constante, du manque de services de base et du faible niveau de vie.

Il y a eu beaucoup de cas dans l’Histoire ou le peuple d’Irak a montré son désir d’unité contre la division, comme en avril 2004 quand 200.000 chiites et sunnites ont manifesté à Bagdad contre l’occupation menée par les USA. La construction à la racine d’organisations démocratiques et non-sectaires, dirigées par la classe ouvrière, est essentielle, pour organiser la défense de toutes les communautés et mettre en avant un programme anticapitaliste comme seul moyen de sortir du bain de sang en cours, de la répression et de la pauvreté.

Ce programme devrait défier et démasquer les intérêts personnels et l’avidité des dirigeants politiques et militaires pro-capitalistes qui luttent pour l’hégémonie dans tout l’Irak aujourd’hui. Il devrait expliquer la nécessité de les évincer du pouvoir et de les remplacer par des représentants démocratiquement élus de la classe des travailleurs qui appelleraient à une solution socialiste, dans l’intérêt de tous les travailleurs et les pauvres.

Le Comité pour une Internationale Ouvrière soutient le droit à l’auto-détermination de toutes les nationalités et groupes opprimés, mais précise que les Etats résultants ne seront pas économiquement viables s’ils ne sont pas liés volontairement dans une confédération socialiste, dans ce cas-ci, des peuples d’Irak et de la région. Ce n’est que sur cette base qu’une réelle coopération pourra être accomplie, pour élever le niveau de vie de tous, en faisant le meilleur usage des ressources naturelles de la région.