25 ans après le massacre de Tienanmen

HK_0604-200x300Sept semaines qui ont ébranlé le monde

Le 15 avril 1989, l’ancien secrétaire général déchu du Parti ‘Communiste’ Chinois Hu Yaobang décède d’une crise cardiaque. Cet évènement anodin va donner le coup d’envoi d’un des plus grands mouvements de masse de l’histoire moderne, un mouvement qui déborde rapidement les espoirs les plus fous de ceux qui l’ont lancé et qui a été près de renverser le régime dictatorial du parti soi-disant ‘communiste’.

Par Vincent Kolo, Chinaworker.info

Le 17 avril, environ 700 étudiants et professeurs partent vers la Place Tienanmen («la Place de la Paix céleste») dans le centre de la capitale chinoise, à 15 kilomètres de leur université. Ils crient «Longue vie à Hu Yaobang! Longue vie à la démocratie! Non à la corruption! Non à l’autocratie! » Ces slogans vont par la suite résonner dans le monde entier tandis que des millions de personnes prendront part à des manifestations à Pékin et dans plus de 110 autres villes chinoises.

Un énorme mouvement de masse

Cinq jours après cette modeste première manifestation, ce sont plus de 200.000 personnes qui participent à une manifestation interdite le jour de l’enterrement de Hu Yaobang. Une grève étudiante de durée indéterminée est annoncée dans plus de 20 universités et instituts supérieurs de Pékin tandis qu’une organisation se met en place pour coordonner le mouvement.

A la mi-mai, les travailleurs commencent également à s’organiser et font les premiers pas vers la création de syndicats indépendants, ce que les dirigeants du pays craignent par-dessus tout. Le révolutionnaire russe Léon Trotsky expliquait qu’une révolution arrive quand les masses commencent à créer elles-mêmes les événements et, ce faisant, commencent à sentir quel pouvoir est le leur. C’est effectivement ce qui s’est produit en 1989. Le régime chinois de Deng Xiaoping, félicité par les gouvernements occidentaux pour avoir intégré des éléments de capitalisme dans son « communisme », apparaît plongé dans la confusion et impuissant face au mouvement qui se développe. Le gouvernement et l’armée sont profondément divisés. Il leur faut plusieurs semaines pour décider d’une riposte.
Dans la nuit du 3 au 4 juin, Deng Xiaoping et les partisans d’une ligne dure prennent la décision d’organiser un véritable carnage pour reprendre le contrôle de la situation. Plus de 200.000 soldats sont mobilisés pour envahir la capitale (presque autant que ce que les USA déploieront pour envahir l’Irak en mars 2003 !).

Selon Amnesty International, les confrontations au centre-ville causent au moins un millier de morts. Dans les semaines et mois qui suivent plus de 40.000 personnes sont arrêtées, surtout des travailleurs qui sont tout particulièrement visés. Ceux qui ont organisé des grèves ou simplement tenté de le faire sont condamnés à de longues peines de prison, voire même exécutés. La Fédération Autonome des Travailleurs de Pékin à peine née, qui avait lancé un appel à une grève générale pour essayer de stopper la répression militaire, est accusée d’avoir projeté une révolte armée contre le gouvernement et interdite tandis que ses militants sont massivement arrêtés.

Circulez, il n’y a rien à voir

Depuis lors, plus de 20 ans maintenant, il est interdit de revenir sur les évènements de « Liu Si » (le 4 juin). Seule la version officielle du régime peut être exposée, version selon laquelle il n’y a pas eu de morts sur la Place Tienanmen et Deng Xiaoping n’est intervenu que pour protéger la Chine du chaos social. Pour les dirigeants chinois (et leurs partisans à l’étranger), ce mouvement massif d’opposition populaire – où les participants chantaient l’Internationale et criaient des slogans en faveur du socialisme – n’était rien d’autre qu’une contre-révolution bourgeoise. La rapide croissance économique des années ‘90 et du début de ce siècle a servi de légitimation historique à l’intervention brutale du régime.

Mais la répression de cette révolte n’a rien à voir avec la crainte d’une restauration du capitalisme en Chine. C’est le régime lui-même qui a appliqué une politique de plus en plus capitaliste néo-libérale combinées au renforcement d’un pouvoir autoritaire. Ceux pour qui le capitalisme et la démocratie vont de pair ont bien du mal à expliquer ce qui s’est passé en Chine et pourquoi le modèle chinois est si populaire auprès des multinationales occidentales.

Cette année, le régime chinois était particulièrement sur ses gardes. Le 20e anniversaire de cette révolte a en effet pris place dans le contexte d’une crise économique sévère. Les commémorations du 4 juin n’étaient autorisées qu’à Hong Kong, où au moins 200.000 personnes ont participé. Dans le reste de la Chine, les mesures de sécurité ont été renforcées de même que la répression contre les militants pro-démocratie mais aussi contre ceux qui émettent des critiques de gauche et socialistes contre le régime.

Un moment clé de la crise des régimes staliniens

Le courage des étudiants et des travailleurs chinois et la brutale répression du mouvement par le régime a aggravé et accéléré la crise dans les autres pays à régime stalinien de parti unique, que ce soit en Europe de l’est ou en URSS même. Les pays staliniens ont été touchés par des crises persistantes et successives depuis la fin des années ‘70. L’industrialisation rapide des premières années – reposant sur la planification centrale de l’économie et de la propriété d’Etat des moyens de production – a cédé la place à une stagnation due au rôle de plus en plus parasitaire et étouffant de la bureaucratie. Faute d’implication active de la part des couches plus larges de la population dans l’organisation de la société et de l’économie, c’était inévitable.

La combinaison de la crise économique, de la nature répressive des dictatures staliniennes et des attaques de la bureaucratie contre les acquis sociaux a conduit à une hostilité grandissante face au «socialisme» au nom duquel ces régimes prétendaient gouverner. Un grand nombre d’intellectuels et d’éléments de la bureaucratie ont commencé à se détourner du «socialisme».

Dans tout le bloc stalinien, tant en Chine qu’en Hongrie, en Pologne ou en Yougoslavie, des parties de la bureaucratie ont commencé à considérer le capitalisme comme une bouée de sauvetage pour protéger leur propre pouvoir et leurs privilèges.

En Chine, la défaite des dirigeants maoïstes de la «Bande des 4» et la prise de pouvoir de Deng Xiaoping en 1978 ont constitué un tournant crucial, même si on ne peut pas dire qu’il existait alors un plan pour réinstaurer le capitalisme en Chine. Il s’agissait plutôt d’une tentative «pragmatique» d’introduire nombre d’éléments capitalistes – des revenus plus élevés pour les managers, une moindre protection sociale pour les travailleurs, plus de marge pour les investissements privés et pour une accumulation de richesse – au sein d’une économie bureaucratiquement planifiée. Dans le courant des années ’80, une aile plus consciemment pro-capitaliste s’est développée au sein du régime chinois. Deng Xiaoping et Zhao Ziyang en ont été les figures de proue.

Les changements économiques qui ont suivi ont été spectaculaires : privatisation de l’agriculture, développement accéléré des zones et des villes côtières par l’afflux de capitaux étrangers, liquidation de la plupart des protections sociales. C’est ainsi que les travailleurs chinois sont peu à peu devenus la main d’œuvre bon marché par excellence des multinationales étrangères.

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Coupe du monde de foot 2014 : les travailleurs font leur entrée sur le terrain !

bresil15mai14Depuis juin 2013 les luttes « anti-coupe du monde » s’intensifient au Brésil devant la masse pharaonique des investissements. Partout, le slogan « Pendant la coupe il y aura la lutte » est scandé dans chaque état. Dans l’affolement, le gouvernement, coincé entre des intérêts privés gigantesques et la colère des classes populaires, utilise les médias et la voix des anciens joueurs comme Pélé pour appeler le peuple « au calme et à l’amour du foot. »

Mais alors, la passion du football aurait-elle quitté le Brésil ? Au moment où la coupe du monde arrive chez eux, 64 ans après avoir laissé filer « leur » coupe à l’Uruguay, et toujours en 2014 sur la liste des favoris, les Brésiliens tourneraient-ils le dos à leur sport national ?

En 2000, le football au Brésil comptait trente millions de pratiquants (soit 16 % de la population), 800 clubs professionnels et onze milles équipes amateurs. On évaluait alors à un millier le nombre de footballeurs brésiliens à quitter le pays chaque année pour vivre du football à travers le monde. En 2014, ces données ne sont pas remises en cause, bien au contraire. Avec ses 5 éditions remportées, le Brésil est toujours le « pays du football ».

Dilma, la présidente, comptait d’ailleurs encore récemment sur cet engouement footballistique pour que la crise se résolve d’elle-même dès le premier coup de pied donné au ballon. A quelques jours du coup d’envoi, tous les manifestants sont là pour lui rappeler qu’il n’en sera rien.

Mais le paradoxe n’en est certainement pas un. Si le football est bien dans le cœur de tous les Brésiliens et dans toutes les conversations, ceux-ci n’ont pas tardé à se rendre compte que quelque chose n’allait pas, quand les sommes d’argent public ont commencé à défiler sous leurs yeux, alors que les moyens alloués à l’éducation et à la santé sont toujours aussi inadaptés à la réalité sociale. La goutte d’eau qui a fait déborder la coupe a été, on s’en souvient, une augmentation de 20 centavos du prix des transports publics en juin 2013, déjà trop chers et insuffisants.

Depuis 2007 et l’attribution de l’organisation de la coupe du monde au Brésil, le coût de la vie augmente fortement, tant au niveau des produits de base que du logement (qui explose littéralement à Rio).

Les principales revendications portent sur les bases-mêmes de la construction de la société brésilienne : santé, éducation, meilleures conditions de travail, transport, logement et corruption. Aux yeux du gouvernement, ils sont des enfants gâtés, et la seule réponse apportée par l’Etat est la force : chars, hélicoptères, matraques, cavalerie, balles réelles. Au total, 2000 personnes en prison depuis juin 2013, et de nombreux morts (dont les autorités refusent généralement la responsabilité).

Dans la réalité, selon le programme des Nations Unies pour le développement, la 8ème puissance économique mondiale se situe à la 85ème place dans le classement des pays par leur Indice de Développement Humain (IDH). Celui-ci est calculé d’après trois critères : l’espérance de vie à la naissance, la durée de scolarisation et le niveau de vie.

Par ailleurs, d’après l’indice de perception de la corruption (CPI) créé par l’ONG Transparency International, le Brésil se situe à la 69ème place des pays les moins corrompus.

Les chiffres tellement enthousiasmants du chômage et de la croissance ne sont donc pas les seules données à prendre en compte pour comprendre la situation de la société brésilienne. Sa souffrance n’est donc pas « psychologique » mais s’appuie bien sur une réalité, et aujourd’hui, la coupe du monde se présente comme le moment pour la population de poser les cartes sur la table, de prendre son destin en main tout en prenant à témoin l’opinion internationale.

« La coupe pour qui ? »

On se souvient de la déclaration de Lula suite aux catastrophiques inondations suivies de glissements de terrain dans les favelas de Rio en janvier 2011 : « Ne vous inquiétez pas, tout sera prêt pour la coupe du monde ». Depuis, les expulsions se sont succédées, les hôtels de luxe ont fleuri, c’est ce que l’on a appelé la « pacification » des favelas.

Concernant les stades, les choix du gouvernement PT sont pour le moins curieux, dont celui de démolir des stades existants pour reconstruire des stades de luxe à prix exorbitant, celle d’organiser la coupe sur 12 stades dont 4 dans des villes où le foot est insignifiant. A Manaus, en pleine Amazonie, que va faire le club de 4ème division avec un stade de 40000 places ? En tout, le budget de la coupe du monde représente 17 milliards de dollars, soit plus que la coupe en Allemagne et en Afrique du sud réunies, dont 70% payés par l’Etat. Même la Fifa a déclaré en décembre 2013 qu’il n’a jamais dépensé autant pour la construction de stades.

Les constructions de stades dans les villes de Manaus, Cuiabá, Natal et Brasilia, inutiles à moyen terme, ont été financées par les programmes destinés au départ à l’adolescence, la scolarisation, la santé et le logement sans aucun projet réaliste pour la suite. Ce qui est sûr, c’est que c’est bien l’Etat qui assurera les dépenses d’entretien annuel.

Ainsi à Brasilia, le stade Mané Garrincha était prêt, mais a été démoli et reconstruit en dépassant même les exigences environnementales imposées par la FIFA. Il pourrait même être le premier stade au monde certifié LEED Platine ! Plus de 600 millions d’euros ont été dépensés et payés intégralement par le gouvernement fédéral. Les solutions imaginées pour l’après-coupe du monde seraient de louer le stade aux grandes équipes de Rio et São Paulo, alors qu’elles ont déjà leurs propres stades. Par ailleurs, quels supporters feront 5 heures d’avion pour aller voir leur propre équipe jouer à Brasilia ?

Dans le même ordre d’idées, le gouvernement d’Amazonie envisage de louer le stade de Manaus pour les équipes européennes pendant la saison d’hiver en Europe ! A moins de se moquer des supporters et d’en finir avec l’idée d’un sport populaire, cela paraît bien fantaisiste, les intéressés n’ayant d’ailleurs rien demandé.

Par ailleurs, pour honorer ses engagements envers la FIFA, la pression sur les travailleurs est telle que ce sont eux qui au final risquent leur vie : pas moins de 8 ouvriers ont trouvé la mort dans les chantiers par manque de sécurité. Leurs salaires ne sont pas seulement en retard, mais ils risquent aussi de ne pas recevoir la totalité.

Il suffit de considérer l’exemple sud-africain de la dernière coupe du monde pour s’imaginer ce qu’il adviendra des stades. Depuis 2010, les stades de Newspreut, Port Elisabeth, Polokwane sont très peu utilisés. Lee Cape Town stadium dans la ville du Cap est un emblème de l’inutilité de ces constructions. Le plus grand stade du Cap est abandonné car trop cher, même pour le rugby, le sport sud-africain le plus populaire, faute de moyens. C’est donc une dépense publique nette de plus de 3 milliards d’euros par an, la FIFA ayant refusé de détruire le stade afin de ne pas donner de mauvaise image pour les prochains événements de la Coupe du Monde.

Au Brésil, on calcule qu’il ne faudrait pas moins d’un millier d’années à l’Etat brésilien pour rembourser ces dettes, soit des générations d’emblée sacrifiées. C’est donc bien une vraie question que pose le mouvement contestataire aujourd’hui.

Le problème est-il circonscrit au football, ou au sport en général ?

La compétition sportive en soi n’est pas le débat. La plupart des compétitions sportives n’entraîne pas de telles interrogations, tant qu’elle ne saigne pas l’économie d’un pays. Mais la taille des enjeux financiers de la coupe du monde et les appétits qu’elle suscite pose et met en évidence des choix politiques et des priorités.

En 2013, lorsque les premières manifestations pour plus de moyens pour la santé et l’éducation, l’ancien champion du monde désormais retraité Ronaldo a voulu faire de la pédagogie : « Là, c’est la coupe du monde, et on ne fait pas une coupe du monde avec des hôpitaux ». Il s’agit bien d’un problème de choix politique.

De très gros marchés publics

Les trois plus grosses sociétés de BTP brésiliennes, dont Andrade Gutierrez et surtout Odebrecht avec un contrat à 3 milliards de dollars, qui détient de plus les marchés de l’aéroport international et de la rénovation du port de Rio, sont les grands gagnants. Quel que soit ce qu’il advient, ils toucheront l’argent de l’Etat, qui quant à lui devra compter sur une imagination débordante pour rentabiliser ses stades.

La FIFA, quant à elle, vit à 98% sur les recettes de la coupe du monde, principalement en droits TV et en marketing (soit 3,9 milliards de dollars en 2010). Sa dépendance à l’évènement est totale. Les très grosses entreprises du tourisme, des transports, des medias ont également en jeu de très gros intérêts financiers dans cet évènement.

La coupe est aussi le moment où les projecteurs sont braqués sur le pays. L’enjeu est aussi médiatique. Si les images qui nous viendront de la télévision seront sans aucun doute très séduisantes, ce que verront les touristes étrangers comptera également évidemment beaucoup. Et on a vraiment le sentiment que le gouvernement s’attache en premier lieu à cacher la misère et la balayer sous le tapis.

Depuis quelques années, des campagnes publicitaires gigantesques recouvrent les façades des immeubles du centre de Rio. Leur but : inciter la population à jeter leurs déchets dans les poubelles, ce qui est intéressant à comparer avec la situation sanitaire des favelas où les touristes ne mettront pas les pieds : gestion des déchets, des eaux usées, rien ne semble prévu face à cette situation sanitaire qui constitue le quotidien de ces habitants. En revanche, l’Etat a mis en place en vue de la coupe du monde les UPP, Unités de Police Pacificatrices.

Le massacre des Noirs dans les favelas et les quartiers populaires

Entre Rio de Janeiro et Sao Paulo, la situation dans les favelas est un état de guerre comparable à celle de l’Irak dans ses moments critiques. Les recherches montrent que 140 personnes meurent sous les coups et les balles de la police tous les jours. La « guerre contre le trafic de drogue » est une extermination de la jeunesse noire et pauvre des favelas.

Outre l’expropriation des habitants des favelas pour des spéculations immobilières ; la politique de « pacification » cache en réalité des milliers de morts, une répression très forte et une censure culturelle. Le gouvernement de Dilma pousse en effet des familles entières à la rue, car l’aide du gouvernement (250 euros pour 6 mois) ne leur garantit même pas un loyer de misère.

Dans cette guerre nommée « pacification », à aucun moment les habitants et les travailleurs présents sont pris en compte. Seule importe la survalorisation des zones hôtelières pour la spéculation immobilière en vue des futurs évènements sportifs. Tandis que certaines zones se retrouvent en effet sans conflits, des fusillades vont éclater dans d’autres quartiers pour aller tuer les trafiquants. Entre 1997 et 2012, dans l’Etat de Rio de Janeiro, on compte 12.560 morts par les actions de la police dans les favelas. Les circonstances des morts enregistrées sont nommées « Résistance suivie de mort » et non homicides, et les morts sont systématiquement coupables.

Une fois « pacifiée », la population n’a plus aucune possibilité de participation dans la vie du quartier. N’importe quel évènement culturel nécessite une autorisation policière, que l’on ait affaire à un « baile funk » ou à une simple fête familiale. Dans les écoles, l’Education a délégué à la police militaire la fonction de sécurité. Ainsi, les élèves qui se trouvent dans un conflit scolaire sont considéré d’emblée comme des criminels potentiels et sont soumis à des systèmes de vigilance de façon permanente. Jamais ce type d’opération ne pourrait se produire en dehors des favelas.

La population sous contrôle policier et la criminalisation du mouvement social reflète les séquelles d’une dictature militaire.

Le gouvernement ne s’attendait pas à une mobilisation de massive de travailleurs ces dernières années. Il se prépare maintenant à de nouvelles confrontations. Dilma a déjà affirmé que les forces armées était prêtes à intervenir en cas de besoin pour maintenir l’ordre pendant la coupe du monde, et le Ministère de la Défense a bien publié une autorisation de l’utilisation des forces armées contre d’éventuelles émeutes, le blocage des autoroutes, l’arrêt des activités productives, dégradation du patrimoine public et « invasion » de propriété, qu’il s’agisse en face de mouvement social, institution, association ou organisation non gouvernementale. Cela a déjà été mis en pratique lors des manifestations de juin, en utilisant tout l’arsenal répressif : cavalerie, hélicoptères larguant des bombes de gaz, tirs de balles en caoutchouc, etc. Cela montre bien à quoi la population doit se préparer pour les prochaines semaines.

Les travailleurs entrent sur le terrain

La coupe du monde ne fait finalement qu’exacerber une réalité sociale déjà existante en cristallisant les enjeux dans cette période. La lutte des classes au Brésil a seulement commencé. Les mobilisations pour la réduction du prix des transports en juin 2013 ont ouvert la boite de Pandore pour les autres revendications des travailleurs. Depuis, l’hostilité vers le gâchis publique a augmenté. Les grèves s’intensifient chaque jour dans différents secteurs : le pétrole, les éboueurs, les conducteurs de bus et de métros, la police fédérale, les enseignants, les étudiants, les sans-abri, ainsi que les habitants des favelas qui ont vu leur maison démolie pour la spéculation immobilière.

Les luttes de ces derniers mois a permis aux travailleurs de tester leurs forces, dès lors qu’ils s’organisent, même face à la bureaucratie syndicale. Même la police fédérale prévoit une grève de 24 heures deux jours avant le début de la coupe, ce qui pourrait interrompre tout service de contrôle à l’aéroport.

La coordination des mouvements permettrait de donner une base pour une grève générale de 24 heures. Ensemble, les travailleurs, les jeunes et le mouvement populaire disputeront le terrain de l’utilisation de l’argent public et de la coupe du monde.

Un calendrier commun de luttes pour les revendications : gratuité des transports collectifs, contre les expulsions des habitants des favelas, investissement dans le logement populaire, stop à la peine de mort dans les favelas et les quartiers populaires, 10% du PIB pour l’éducation et la santé, fin de la criminalisation des mouvements sociaux … serait un premier pas vers l’éradication du système de privilèges des parasites capitalistes.

Mariana Campos (militante de la Gauche Révolutionnaire –CIO- France) Alexandre Arnaud.

Hôpital Bagatelle Talence (33) : les agents de service hospitalier en grève depuis le 14 mai !

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21 jours que ces salariés déterminés sont en grève quitte à ne toucher aucun salaire !
Les « négociations » sont en cours entre les salariés Agents de Service Hospitalier de la société de sous-traitance Elior-Bagatelle et la direction de cette société qui propose une augmentation de… 12 euros.

Les grévistes sont toujours déterminés après qu’un non lieu ait été prononcé par le juge du tribunal de Bordeaux dans la plainte de la direction de l’Hôpital à leur encontre concernant le « bruit généré dans l’enceinte de l’établissement » (le juge ayant conclu que les salariés avaient respecté les injonctions à la lettre). Un coup de main de la direction de l’Hôpital au patron d’Elior ?

Leurs revendications des grévistes :

- des CDI pour certains depuis trop longtemps en CDD
- la reprise des échelons pour ceux nouvellement engagés
- prime de vestiaire proportionnelle aux heures travaillées
- l’arrêt des affectations (au gré de la direction) dans d’autres établissements que Bagatelle (autrement dit l’affectation à un seul établissement, Bagatelle)
- augmentation de salaire de 100 euros (actuellement 990)

Soutenons-les !

Et pour ceux qui habitent dans la région, apportez-leur devant l’hôpital quelques boissons, gâteaux ou participez à leur cagnotte afin qu’ils/elles tiennent le coup ! et n’oubliez pas de klaxonner en passant devant !

USA : victoire pour les 15$ à Seattle !

socialistAltWON-300x180La lutte paie !

Seattle est la première grande ville à adopter un salaire minimum de 15 $ de l’heure. 100.000 travailleurs vont ainsi pouvoir sortir de la pauvreté et des millions de personnes à travers le pays et au-delà vont être inspirées par cette lutte et cette victoire !

Par Socialist Alternative

Le 29 mai, le comité du conseil municipal en charge du dossier du salaire minimum a donc pris la décision d’élever le salaire minimum à Seattle de façon à ce qu’il soit le plus élevé du pays . Ce n’est toutefois pas encore une loi, ce ne sera le cas que lorsque le conseil municipal entier aura pu voter sur cette question, le lundi 2 juin.

Selon la proposition de loi, à partir du premier avril 2015, tous les travailleurs des grandes entreprises comme McDonald’s, Starbucks, Macy’s et Target verront leurs salaires immédiatement augmentés jusqu’à 11 $ de l’heure. D’ici 2025, tous les travailleurs gagneront un minimum de 18 $ de l’heure. Selon diverses estimations, les entreprises de Seattle devront payer 3 milliards $ de plus sous forme de salaire au cours des dix prochaines années ! Voilà qui démontre que ‘‘la lutte paie’’, que les gens de la rue peuvent s’en prendre aux plus grandes corporations du monde et l’emporter pour autant qu’ils s’organisent et ripostent.

Une véritable socialiste élue au Conseil municipal

Le mouvement des travailleurs des fast foods, inspiré par le mouvement Occupy, a poussé la revendication des 15 $ de l’heure sur le devant de l’actualité dans tout le pays. Ensuite, la pression s’est accrue à Seattle lorsque le mouvement des travailleurs a réussi à gagner un vote sur les 15 $ en novembre dernier à SeaTac, une petite ville proche de Seattle. Mais c’est l’élection de la candidate de Socialist Alternative, Kshama Sawant, fin de l’année dernière qui a été décisive pour créer un véritable moment politique qui n’a su être brisé. Sawant avait fait campagne sur base d’un programme où figurait en bonne place la revendication des 15$ de l’heure, et cela a ouvert un large débat à travers toute la ville. Elle fut élue avec près de 100.000 voix en novembre 2013.

Il était important de gagner les élections, mais il l’était tout autant de voir comment Sawant et son parti, Socialist Alternative, allaient utiliser ce siège au Conseil municipal comme plate-forme pour les mobilisations sociales. Contrairement aux politiciens typiques de l’establishment, Sawant a utilisé sa position et l’attention des médias pour construire un puissant mouvement. Peu de temps après son élection, Kshama Sawant et Socialist Alternative ont lancé une campagne – 15 NOW – pour instaurer la pression la plus élevée autour de la revendication du salaire minimum de 15 $ de l’heure. 15 NOW a développé 11 groupes d’action de base dans divers quartiers de la ville afin de mobiliser, d’aider à faire descendre les habitants dans les rues et d’intervenir dans les forums publics. Avec ces groupes d’action de base et la tenue de conférences démocratiques, 15 NOW a donné la possibilité aux activistes d’avoir réellement en leurs mains propres la lutte pour les 15 $ de l’heure.

Grâce à sa position publique, Kshama Sawant a été en mesure de contrer la propagande des médias dominants acquis aux grandes entreprises et de dénoncer les tentatives du monde des affaires de noyer le thème des 15 $ et de se cacher derrière l’impact que cette mesure aurait pour les petites entreprises et les petits commerces. Socialist Alternative a su démontrer comment un élu pouvait être utilisé afin de construire un mouvement et pour le renforcer. Socialist Alternative, la campagne 15 NOW et le mouvement syndical ont instauré une pression suffisante de la base pour forcer les grandes entreprises à concéder les 15 $ minimum de l’heure. Il s’agit d’une une réalisation historique aux Etats-Unis.

Il nous faut un parti indépendant pour représenter les travailleurs et les jeunes

Le mouvement des travailleurs et les défenseurs des idées du socialisme ont mis sur la table la revendication des 15 $. Le Parti Démocrate a quant à lui invité les grandes entreprises à cette table en cherchant à édulcorer cette exigence.

Au départ, tous les politiciens du Parti Démocrate se sont opposés aux 15 $. Mais au vu du développement d’un gigantesque soutien public, les deux principaux Démocrates en lice pour le poste de maire se sont prononcés en faveur des 15 $ en septembre 2013. Après avoir remporté l’élection en novembre, le maire Ed Murray a déclaré qu’il soutenait les 15 $, mais qu’il voulait le faire de manière à ce que cela ‘‘fonctionne pour les entreprises aussi’’.

Murray a ainsi mis en place un comité consultatif de dirigeants patronaux et syndicaux (mais surtout patronaux) pour négocier un compromis. L’establishment politique et patronal a bien dû reconnaitre qu’il était impossible de stopper les 15 $, mais il a cherché à utiliser le processus de négociation pour insérer un certain nombre de mesures favorables aux entreprises, comme d’appliquer l’augmentation sur une longue période de plusieurs années. Le monde des affaires s’est battu jusqu’au dernier jour pour diluer plus encore le projet de loi.

Lors du vote du 29 mai en comité, une majorité des membres du conseil du Parti Démocrate a proposé de repousser la date d’application de la loi jusqu’à avril 2015 et d’inclure un sous-salaire minimum pour les adolescents ainsi qu’un ‘‘salaire de formation.’’ La campagne 15 NOW et Socialist Alternative appellent les syndicats, les activistes et chaque partisan des 15 $ à venir assister ce lundi 2 juin à la séance du Conseil municipal de Seattle, où le projet de loi sera finalisé, afin de se battre pour l’élimination des échappatoires pro-patronat ajoutés le 29 mai, y compris le délai de mise en œuvre et le ‘‘salaire de formation’’.

Tout cela a illustré que même si le Parti Démocrate recourt à une rhétorique plus progressiste que les Républicains, ces deux partis sont fondamentalement soumis à la défense des intérêts des grandes entreprises. Alors qu’une seule élue socialiste authentique au conseil municipal de Seattle a été en mesure de construire un mouvement pour gagner les 15 $ en moins d’un an, les politiciens du Parti Démocrate n’ont pas ménagé leurs efforts pour assurer que le salaire minimum de 15 $ de l’heure soient le plus favorable possible aux patrons. Au niveau national, les Démocrates ne sont pas parvenus à organiser sérieusement la lutte pour un salaire minimum de 10,10 $ de l’heure, ils ne se servent de cette question que comme gadget électoral pour les élections de 2014.

C’est pourquoi Socialist Alternative soutient, à l’instar de ce que nous avons fait durant la campagne électorale de Kshama, que les travailleurs ont besoin de leur propre alternative politique contre les partis Démocrates et Républicains. Compte tenu de l’énorme aliénation éprouvée face au Congrès, de la grande méfiance à l’égard des politiciens et de la nécessité de défendre les travailleurs et leurs familles, il existe une occasion unique de construire un nouveau parti large des travailleurs.

Le travail de Kshama Sawant et de Socialist Alternative a démontré qu’il est possible de faire entendre une voix politique indépendante pour contester les deux partis du big-business. La victoire de Kshama et de Socialist Alternative peut se propager à travers le pays.

Une stratégie combattive pour le mouvement des travailleurs

Seattle a réussi à gagner le salaire minimum le plus élevé des États-Unis, mais le monde du capital est parvenu à affaiblir les 15 $ de diverses façons. Le délai pour que cette revendication soit pleinement d’application est déraisonnable, de 3 à 10 ans en fonction de la taille de l’entreprise, et il existe aussi une pénalité pour les pourboires et une déduction pour les soins de santé pour les 10 premières années. Ce n’était pas inévitable. Au cours des 6 derniers mois, Socialist Alternative s’est énergiquement engagé dans un débat au sein du mouvement syndical sur la meilleure stratégie à adopter. Nous exhortons les syndicalistes, les activistes et les dirigeants syndicaux à examiner l’expérience de cette lutte, à en discuter avec nous et à en tirer les leçons nécessaires pour l’avenir.

À notre avis, la stratégie de ceux qui dirigent les principaux syndicats n’a pas été axée sur le renforcement du mouvement de la base, mais plutôt orientée vers le processus de négociation du maire avec les entreprises. Ils considéraient cette approche comme nécessaire en conséquence de leur manque de confiance envers la capacité du mouvement des travailleurs de pouvoir l’emporter dans le cadre d’un affrontement direct et ouvert avec les grandes entreprises.

Après les décennies de recul des luttes que nous avons connues, cette faible confiance en les capacités de la classe ouvrière est compréhensible. Le débat autour des 15 $ a cependant été une énorme occasion d’essayer de mobiliser de nouvelles couches de travailleurs dans un mouvement de lutte, ce qui aurait instauré davantage de pression tout en permettant à une nouvelle génération d’acquérir l’expérience de l’organisation et d’en tirer les leçons politiques. Cela aurait été une manière de commencer à reconstruire le mouvement des travailleurs sur des bases combattives.

C’est dans ce contexte que nous avons défendu de déposer un référendum pour les 15 $. Si les grands syndicats avaient soutenu cette menace, les entreprises auraient pu être forcées à faire des concessions plus grandes encore. La collecte des 100.000 signatures pour déposer ce référendum aurait été l’occasion de toucher de larges couches de la population et de les insérer dans l’organisation de la lutte tout en répondant aux arguments anti-travailleurs des entreprises et des médias (concernant le délai d’application, le salaire de formation, la question des pourboires,…).

Les syndicats américains ont d’énormes ressources et disposent d’un grand poids politique. Ils ont des millions de dollars et des millions de membres qui pourraient être mobilisés derrière une campagne audacieuse pour augmenter le salaire minimum.

Les grèves dans les fast foods ont joué un rôle crucial en attirant l’attention sur la question des salaires de misère, mais le mouvement pourrait être beaucoup plus fort si les syndicats en finissaient une bonne fois pour toutes avec leur dépendance à l’égard du Parti Démocrate et s’ils mobilisaient toute la force des travailleurs à travers la construction d’un mouvement de masse démocratiquement dirigé.

Au cours des trois dernières décennies, la stratégie des syndicats a été de tenter de cajoler les grandes entreprises en espérant obtenir des concessions seulement. Cela n’a fait qu’accroitre la soif du monde des entreprises. Il est temps d’abandonner cet effort futile.

Et nous devons nous rappeler qu’aucune réforme n’est garantie sous le capitalisme. Les grandes entreprises pourraient contester ce qui a été gagné à Seattle par un référendum ou d’autres moyens. Notre mouvement doit être prêt à se mobiliser et à défendre ce que nous avons gagné.

Rejoignez la lutte pour le socialisme !

“A la fin,” a écrit Arun Ivatury et Rebecca Smith pour CNN.com, “la percée réalisée à Seattle démontre (…) que lorsque les travailleurs sont bien organisés et qu’il existe un large soutien pour de meilleurs salaires, même les entreprises qui résistent à cette idée sont forcées de payer plus.” (15 mai 2014)

Socialist Alternative soutient chaque réforme possible qui peut être obtenue sous le système capitaliste. La lutte pour les 15 $ a démontré que lorsque nous sommes organisés, nous pouvons vaincre.

Mais cette lutte a aussi démontré que tant que nous restons à l’intérieur du cadre du capitalisme, les grandes entreprises vont se battre bec et ongles pour défendre leur pouvoir et leurs profits. La lutte pour de meilleurs salaires, pour un enseignement gratuit et de qualité, pour des soins de santé accessibles à tous, pour des logements abordables, pour la défense de l’environnement, et la justice sociale en général doit être une lutte pour une transformation socialiste de la société, basée sur une véritable égalité et sur la satisfaction des besoins de l’Humanité.

Élections européennes : un vote contre l’UE et les gouvernements d’austérité

Civil servants shout slogans during a protest against government austerity measures in MadridCes élections interviennent à un moment où la crise du capitalisme entamée en 2009 s’est largement amplifiée. Elles se produisent dans une situation marquée par une aggravation sans précédent de nos vies et de travail. Et il apparaît de plus en plus évident que l’Union européenne aggrave la situation et qu’elle est une arme de plus pour mener les politiques d’austérité. C’est particulièrement le cas en Grèce, en Espagne ou au Portugal avec les vastes plans d’austérité qui ont conduit à la misère ou au chômage des millions de personnes, mais c’est aussi vrai en Italie ou en France. De plus, l‘Union Européenne est un cadre dans lequel les différents gouvernements se mettent d’accord pour démanteler les services publics, la protection sociale et toute une série d’autres acquis des travailleurs et de la population.

Aucun gouvernement d’Europe ne mène une politique différente sur le fond. Partout on fait payer aux travailleurs, aux retraités, et à une majorité de la population la crise du capitalisme. Les salaires des grands patrons, les profits des multinationales et des banques…, montent en flèche, tandis que l’économie stagne, que les salaires sont gelés ou en baisse.

Ces élections étaient donc un moyen de contester à la fois l’Union Européenne et aussi la politique des gouvernements en place. Les listes qui ont le plus incarné cela sont celles qui ont réalisé les meilleures progressions.

Succès de la gauche radicale dans certains pays, de l’extrême droite dans d’autres.

Tout ceci s’exprime de manière très contradictoire et polarisée en Europe. C’est dans ce contexte ainsi qu’il faut voir la poussée des partis de droite populiste dans un certain nombre de pays d’Europe, France, Autriche, Pologne, Suède, Finlande mais aussi l’entrée au Parlement européen d’authentiques élus néo-fascistes de Grèce avec Aube dorée et Jobik en Hongrie.

Les pays où la crise frappe le plus fortement et où les politiques d’austérité menées par les partis au gouvernement sont les plus dures, qui mènent les plans d’austérité sont les plus symptomatiques de cette polarisation croissante. Dans certains pays, les listes souverainistes de droite (Ukip en Grande Bretagne, NVA en Belgique) ou les listes nationalistes d’extrême droite (Front National en France, Parti populaire danois) sont en tête. Et en Pologne, en Italie, en Grèce, en Hongrie ou aux Pays Bas, elles réalisent un gros score.

A l’opposé, la « gauche radicale », notamment quand elle refuse les politiques d’austérité, et s’oppose plus ou moins frontalement à l’Union européenne et aux gouvernements en place, enregistre de très bons scores. C’est le cas de Syriza en Grèce, qui arrive en tête avec un score de 26,5%. C’est aussi comme cela qu’il faut comprendre les bons résultats en Espagne où Izquierda Unida a mené une coalition qui a réalisé 10 % tandis que les listes issues du mouvement des Indignés ont enregistré 8%. Au Portugal, les deux listes de la « gauche radicale » réalisent 18%. Tout cela traduit une volonté d’en finir avec les politiques d’austérité au service des banquiers.

Mais là où la « gauche radicale » a été incapable de proposer une politique de lutte malgré l’audience qu’elle avait acquise dans les années 2000, et où son attitude vis à vis des gouvernements PS ou sociaux-démocrates/Verts a été ambiguë, un vide s’est créé. Ainsi en Italie, le Parti de la Refondation communiste a complètement disparu et c’est le mouvement « 5 étoiles » (un mouvement populiste sans aucun programme) qui capte une grande partie du mécontentement populaire.

Dans plusieurs pays, des élections locales ou nationales avaient lieu en même temps que les européennes. Elles reflètent souvent beaucoup plus encore la polarisation croissante dans la société face aux politiques d’austérité. Ainsi en Belgique, le Parti du Travail de Belgique (PTB) a obtenu d’excellents scores dans plusieurs grandes villes de Wallonie, ainsi qu’à Bruxelles et Anvers. Il obtient 2 députés au parlement national du pays. En Irlande, notre organisation-sœur, le Socialist Party, obtient plusieurs conseillers municipaux et l’élection d’une députée, le deuxième dans le parlement irlandais.

En France, le Front national capte le mécontentement social et économique.

Les résultats ont été une sanction cuisante (moins de 14 % pour le PS, recul d’Europe Ecologie-Les Verts) pour Hollande et Valls. L’abstention a encore été très élevée, atteignant 57%, signe d’une véritable défiance, à juste titre, pour l’UE et même le rejet de cette Europe au service des banques et des patrons. La croissance économique est nulle en France, le chômage ne cesse d’augmenter, mais les salaires des grands patrons sont mirobolants, tandis que plusieurs entreprises ont procédé à des milliers de licenciements.

Aux municipales, le rejet du PS s’était déjà fait sentir, sans que la droite classique ne reçoive un soutien réel, et soit considérée comme un outil pour s’opposer à Hollande. Et malgré la claque prise aux municipales, le remaniement ministériel a consisté en la mise en place d’un gouvernement encore plus en faveur de politiques ultralibérales et d’austérité, faisant encore plus payer la crise aux travailleurs et à la population. L’annonce d’un plan d’austérité de 50 milliards d’euros, obtenu notamment grâce au gel des salaires de millions de salariés du publics, celui des retraites, à des attaques contre la protection sociale, et celui de 30 milliards de nouveaux cadeaux aux grandes entreprises et au patronat a montré tout le mépris que porte la majorité PS-EELV aux couches les plus populaires de la population. La quarantaine de députés PS qui disent s’opposer à la politique du gouvernement n’a pas été capable de voter contre la politique proposée par Valls. Les écologistes sont restés ambigus, n’étant sortis du gouvernement que pour espérer éviter de couler au niveau électoral avec le navire PS. Malheureusement, le Front de Gauche n’a pas voulu entrer résolument en opposition au gouvernement et à l’Union européenne. Alors, quand Hollande a annoncé qu’il allait encore accélérer la politique menée depuis deux ans (qui est la même sur le terrain économique et social que celle menée auparavant par Sarkozy), il était évident qu’une partie des électeurs allaient s’abstenir tandis que d’autres exprimeraient leur rejet de la situation (et de l’Union européenne) en utilisant le vote FN.

La victoire du FN, est semblable à celle des municipales d’il y a deux mois. Mais l’effondrement du PS, et le recul très important de l’UMP place le FN largement en tête. Avec près de 4,5 millions de voix, c’est 2 millions de voix de moins que le score de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012. Concernant le vote des couches populaires, on est bien loin du raz-de-marée annoncé dans les médias. En réalité ce ne sont que 14% des ouvriers et 12,5% des employés inscrits sur les listes électorales qui ont voté FN. En revanche, deux tiers des chômeurs, des ouvriers et des employés se sont abstenus. Dans certains quartiers populaires, le taux d’abstention atteint près de 80%. Toutes catégories confondues, le score du FN représente en réalité un peu plus de 10% du corps électoral.

Plus encore qu’aux municipales, le FN a mené campagne sur le terrain social, autour de l’idée de reprendre en mains l’économie, d’un interventionnisme plus fort de l’Etat et de l’illusion du protectionnisme (rebaptisé « protectionnisme intelligent » pour ne pas trop effrayer les grands patrons). Tout en continuant à égrener quelques slogans sur l’immigration. c’est bien plus sur le terrain de la dénonciation du « dumping social » permis par différentes mesures de l’Union Européenne qui mettent en concurrence les travailleurs de différents pays que le FN a fait sa campagne. Le FN prenant la posture du défenseur des droits des travailleurs et des conventions collectives montre le glissement vers un véritable populisme de droite de ce parti qui a toujours historiquement été contre toute protection collective des travailleurs. Et sur le fond, ce parti n’est absolument pas opposé au système capitaliste, ni à l’exploitation des travailleurs et au fait de faire des profits sur leur dos.

Ce numéro d’équilibriste qui consiste à faire croire qu’on peut défendre les intérêts des travailleurs et de la population et ceux des patrons ne peut continuer que tant qu’il n’y a pas de véritable lutte massive.

Déjà, les listes du FN qui prétendaient être composées de « français ordinaires » aux municipales étaient en fait toutes composées de politiciens professionnels sur le même mode que les grands partis. Beaucoup des élus FN au parlement européen sont déjà conseillers régionaux. La fable du parti anti-système ne doit abuser personne : le FN est un réceptacle pour des carriéristes et des aventuriers prétendant défendre « le peuple » pour en fait participer au cirque politicien.

Contre les plans d’austérité d’Hollande-Valls, pour une riposte des travailleurs et de la jeunesse

En refusant pour le moment encore d’organiser réellement la lutte contre les plans d’austérités et contre les attaques des patrons, les dirigeants syndicaux laissent un espace à la démagogie du Front national. On ne peut pas dire si l’impact de la victoire du FN dans la situation politique verra se manifester de nouveaux éléments réactionnaires dans la société. Le FN a plus servi de débouché aux différentes manifestations réactionnaires de ces derniers mois qu’il n’en a été l’initiateur. Et son succès est bien plus le reflet de l’absence d’une véritable force politique des travailleurs et de la jeunesse qui construirait l’opposition aux politiques ultralibérales, aux magouilles politiques et financières, aux attaques patronales.

La droite, UMP et le Centre, a perdu la possibilité d’être vue comme l’opposition face à Hollande et elle va peut-être éclater en morceau, sous le coup de nouveaux scandales. Le PS, tout en continuant à se réclamer de « gauche », mène une offensive contre les droits des travailleurs et fait des coupes sévères dans les budgets des services publics, s’attaque à la fois aux acquis des travailleurs comme la protection sociale et continue de déréguler et précariser le travail. Le gouvernement PS mais aussi les Verts qui ont divisé par deux leur score ont bon dos de parler des acquis qu’offre l’UE alors que c’est elle qui en Grèce, en Italie ou au Portugal avec la Troika baisse les salaires, privatise…. D’ailleurs l’intervention de Valls après l’annonce des résultats est claire, nous allons continuer à réduire les budgets, continuer la même politique. En effet, ils sont là pour mener à bien les « réformes » pour sauver les intérêts des patrons.

Le Front de gauche, une campagne peu offensive contre l’UE et Hollande

Face à eux, aucune force politique d’opposition de gauche anti-austérité n’a émergé. Entre les listes de gauche critique de Nouvelle Donne, le Front de gauche, et les diverses listes d’extrême gauche, c’est pourtant plus de 10% des voix. Mais aucune n’incarne une opposition réelle au gouvernement et à la droite classique. Si le Front de Gauche a largement stabilisé ses voix, ce n’était pas suffisant pour conserver le même nombre de députés. Le refus d’entrer dans une véritable opposition à Hollande et à l’Union Européenne empêche de faire de ce score un vrai point d’appuis pour les luttes. Même si Syriza en Grèce a hélas commencé à remettre en cause des points fondamentaux d’un programme de lutte contre l’austérité (Syriza ne réclame plus l’annulation de la dette publique par exemple) c’est cependant parce ce que cette force s’est construite comme une opposition au Parti socialiste grec, le PASOK, qu’elle a acquis une audience. Tant que le Front de gauche n’entrera pas dans une opposition déterminée à Hollande, alors il ne pourra pas devenir un véritable outil de masse pour les travailleurs et la jeunesse.

Alors que Valls et Hollande ont annoncé qu’ils continueraient à mener la politique demandée par le patronat et les groupes d’actionnaires, il y a pourtant urgence à ce qu’une lutte d’ensemble soit préparée et construite. Et nous avons besoin pour cela que les syndicats organisent une véritable journée de grève interprofessionelle contre les attaques du gouvernement et du patronat mais également que soit discutée la construction d’une véritable force d’opposition au PS et à Europe Ecologie-Les Verts. Le Front National profite aujourd’hui de l’absence d’une telle force et se prétend la seule opposition au système. C’est donc autant pour lutter contre le FN et contre les politiques d’austérité, que des millions de travailleurs et de jeunes ont besoin d’un outil politique, une opposition véritablement de gauche.

La crise du capitalisme va continuer et les politiques d’austérité d’Hollande-Valls-Gattaz avec. Ce qu’ont montré ces élections c’est que la situation est la même dans la plupart des pays d’Europe, et ce que montrent les luttes au Brésil, en Turquie ou en Egypte, c’est qu’elle est, sur le fond, la même partout.

Dans les élections, c’est là où une opposition de gauche plus combative et active s’est présentée que les résultats ont été meilleurs. Là où un mouvement de lutte contre les plans d’austérité a été massif (grèves générales, mouvement des indignés), la radicalisation s’est en partie exprimée et a fait naître une certaine politisation.

Les riches se sont encore largement enrichis, grâce à la crise et aux politiques d’austérité, tandis que des millions de personnes ont perdu leur emploi, que des millions de jeunes n’ont pas de véritable avenir. Le capitalisme ne connaît que la loi du profit et de l’exploitation, au mépris des besoins sociaux, de l’environnement, et des conditions de vie. Il faut lutter pour une alternative à ce système qui permet à une poignée d’actionnaires de décider du sort de milliers de travailleurs. Nous luttons pour le socialisme, une société réellement démocratique, où les principaux moyens de production, de distribution et d’échange seront nationalisés sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs et de la population, afin que l’économie soit organisée en fonction des besoins de tous et toutes et non des profits d’une poignée.

Les classes dirigeantes européennes savent que les ingrédients pour une plus grande colère sociale sont là. En France en particulier, les scores historiquement bas du PS alors qu’il dirige toutes les institutions du pays, ainsi que la dégradation continuelle des conditions de vie et de travail, vont continuer d’accroître les tensions. Il est probable qu’une crise politique et sociale se produise. Les plans d’austérité de Valls ne vont qu’ajouter aux inégalités pour le seul profit des multinationales.

Il est temps qu’éclate notre révolte et qu’on ne laisse plus faire ! Rejoignez nous !

Grève à Buffalo Grill : la lutte continue

bufaogril25mai14Prochaine journée de grève samedi 31 mai.

L’enseigne Buffalo Grill, qui comprend 328 restaurants dont 96 franchises, fait un chiffre d’affaires en constante progression depuis 15 ans. En 2011, selon leurs propres chiffres le chiffre d’affaire TTC fut de 573,3 millions d’euros. En 2008, la chaine de restaurants a été rachetée par la société française d’investissement Abenex qui détient la plus grande part du capital. Cette chaine est le « leader incontesté » de la restauration sur le segment viande/grill selon les propres termes de la direction (44% de part de marché). Donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles de la grillade ! On pourrait penser que Abenex et les autres actionnaires remercieraient les 7500 salariés qui par leur travail ont généré ces énormes profits.

Mais la rapacité des actionnaires à Buffalo Grill comme partout ailleurs est sans limite. Afin d’augmenter leurs profits, ils ont décidé d’augmenter le taux d’exploitation des salariés. Comment ? Par la modulation du temps de travail. Cette annualisation va devrait permettre aux directeurs des restaurants de 26h à 45h par semaine en fonction de l’activité. Selon les salariés du restaurant de Vandœuvre-lès-Nancy, il n’est pas rare pour eux de faire 45h de travail par semaine, voire 50h. Cependant, jusqu’à maintenant, les dépassements d’horaires étaient payés en heures supplémentaires. Cette annualisation va tout bonnement faire disparaitre les heures supplémentaires et permettre un gain pour les actionnaires de 5 millions d’euros par an !

Evidemment, si la question salariale est centrale lorsqu’on a des petits salaires, cette modulation du temps travail en fonction des besoins du patronat aura d’autres conséquences : il est évident que cette véritable mise à disposition aura aussi des répercussions sur la vie personnelle des salariés. Elle permettra une gestion du personnel au plus près de l’activité et donc réduira d’autant la nécessité d’embaucher… voire permettra de débaucher.

L’intersyndicale CGT-FO a donc appelé les salariés de Buffalo Grill à la grève le dimanche 25 mai pour refuser cette modulation. 45 sites ont connu un mouvement de grève. Pour certains de ces salariés, très jeunes, c’était leur première grève. C’est le cas sur le site de Vandœuvre-lès-Nancy où environ 80% des salariés, dont la moyenne d’âge est aux alentours de 20 ans, ont fait grève, obligeant la direction régionale à faire appel non seulement à des salariés d’autres sites, mais à assurer le service eux-mêmes en ce dimanche de fête des mères.Un nouvel appel à la grève a été lancé pour le samedi 31 mai. Il est important d’aller les soutenir sur leur piquet de grève.