Syrie : les capitalistes défendent leurs intérêts.

syrieAlors que les diplomates s’agitent pour la conférence de la paix de Genève 2, et après que les Etats Unis et la France aient « renoncé » à des frappes militaires contre le régime de Bachar al-Assad, il est légitime d’espérer une amélioration pour la population syrienne. Encore faudrait-il que ce soit le but poursuivi par les capitalistes des différentes nations invitées à cette conférence ?

Au nom de la protection de la population syrienne, Etats-Unis et France ont brandi la menace de frappes militaires contre le régime en place. Pourquoi réagir à ce moment précis alors que le conflit a déjà fait plus de 150 000 morts et 5 millions de réfugiés en deux ans et demi ? Parce que les images diffusées au même moment étaient une bonne occasion pour que l’opinion publique des pays prêts à cette action se renverse et approuve l’intervention militaire. Bien qu’ouvertement armés par les Etats Unis depuis septembre, les rebelles marquent le pas et Bachar al-Assad contrôle encore le pays. Ne nous y trompons pas, les impérialistes américains, français, saoudiens et turcs qui sont « amis » des différents groupes rebelles ne veulent pas libérer le peuple syrien du joug d’un dictateur, mais contrôler à leur tour la Syrie par l’intermédiaire d’un nouveau gouvernement issu du Conseil National Syrien, qui pourrait faire la part belle aux islamistes, tant ils sont présents et actifs parmi les rebelles. La compagnie britannique de renseignement IHS Jane’s estime en effet que sur 100 000 combattants, 10 000 sont liés à al-Qaida et 35 000 sont réputés proches de leurs idées sans y être liés, et ceux-ci sont les plus actifs parmi les 1000 groupes différents formant la rébellion.

La menace d’intervention militaire en Syrie de la part des occidentaux pour « punir Bachar-al-Assad d’avoir utilisé des armes chimiques contre son peuple rappelle inévitablement le motif présumé de la dernière guerre en Irak : la lutte contre le terrorisme et l’élimination des armes de destruction massive. Ces deux accusations ont depuis été démontrées comme non fondées, y compris par le sénat américain. Il s’agissait pour G.W. Bush d’avoir un alibi pour que l’opinion publique américaine soit derrière lui alors qu’une des raisons de l’intervention en Irak a été de faire d’installer un gouvernement pro-américain pour faire de l’Irak un pilier de l’ordre dans la région alors que l’Iran a échappé aux américains depuis 1979 et que l’Arabie Saoudite perd de sa fiabilité. Pour la Syrie, le motif évoqué par les Etats Unis et la France se veut protecteur et généreux parce qu’il est impossible de dire qu’on veut profiter de l’opportunité d’intervenir militairement pour étendre son influence sur la Syrie et défendre des intérêts stratégiques et économiques, sans se soucier de la souffrance du peuple syrien.

Une région riche et stratégique

La guerre civile syrienne révèle aussi les tensions impérialistes entre le bloc « occidental » de l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Qatar et les Etats-Unis et le bloc de la Russie et de l’Iran. Il ne s’agit plus d’une lutte contre le communisme héritée de la guerre froide, mais d’une lutte entre pays capitalistes. La Russie, protège Bachar al-Assad, en plus de ses intérêts économiques, pour sauvegarder sa base navale à Tartous, sur la côte Ouest de la Syrie qui lui assure un accès unique à la méditerranée. Les Etats-Unis poursuivent un « plan de pacification du Moyen Orient » pour s’opposer à la menace iranienne (menace extrêmement minimisée par un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence) et qui passe par une « stabilisation » de la Syrie, stabilisation voulant dire obéissance aux ordre des Etats-Unis.

Le Moyen Orient est depuis longtemps une zone stratégique importante. La guerre civile au Liban (1975 à 1990) est liée aux ingérences d’Israël pour sa lutte contre l’OLP, mais aussi par son intérêt pour les ressources hydrauliques. Dans quelle mesure les agents américains, par le biais de l’US Commitee for free Lebanon, ont-ils contribué à la révolution du Cèdre qui a permis d’écarter la Syrie pro Hezbollah après l’assassinat de R. Hariri en 2005 ? Quel est le sens des propos du vice président américain Joe Biden demandant aux libanais de « bien voter » en 2009 ?

La France n’est pas en reste, et tente de louvoyer pour regagner un peu d’influence. En 2005, Chirac a d’abord essayé d’éviter une attaque israélienne qui aurait conforté les positions d’Isrraël et des Etats-Unis au détriment de la France, pour ensuite vouloir faire partie d’une force multinationale qui s’installerait au Liban, tout en renforçant ses contacts avec les éléments les plus réactionnaires, tels que l’ancien chef des Forces Libanaises ayant perpétré les massacres de Sabra et Chatila, en 1982, Samir Geagea, accueilli en France, dès juillet 2005. En Syrie, Hollande a depuis le début soutenu les insurgés et empêché toute issue négociée à l’atroce guerre en lui donnant pour seul but le renversement de Bachar al-Assad, avant de clamer cet été leur désir d’envoyer des bombardiers français. Rappelons que Total détenait plusieurs permis d’exploitation de gaz et de pétrole syrien avant de devoir se retirer à cause des sanctions occidentales et que d’autres entreprises françaises étaient présentes (Bel, Lafarge…).

Les différents pays impérialistes luttent pour avoir le contrôle des richesses naturelles du Moyen Orient. Le pétrole est un enjeu pour l’économie syrienne avec, en 2011, une production de 600 000 barils par jour, mais aussi pour la production de gaz qui s’élevait à 30,29 millions de m3 par jour. Après la signature de divers accords de transport du gaz iranien via l’Irak et la Syrie, cette dernière est devenue le principal centre de stockage et de production du gaz, offrant un avantage considérable au gazier russe Gazprom dans la guerre pour le gaz qui a cours avec les Etats Unis. Mettre en place un nouveau gouvernement syrien fortement « redevable » aux américains renverserait la tendance et permettrait au projet US concurrent Nabucco de frapper un grand coup en joignant le gaz de la Syrie, du Liban et d’Israël au gazoduc d’Erzurum en Turquie. A une échelle moindre, la France joue aussi la carte du gaz depuis qu’elle a étendu son influence en Lybie, autre producteur important.

Pour lutte unie des travailleurs contre le capitalisme et l’impérialisme!

De toute évidence, aucune confiance ne doit être accordée aux impérialistes et à ce jeu macabre  pour défendre les intérêts des capitalistes de chaque pays. Le peuple syrien souffre atrocement de la guerre civile et si le dictateur Bachar al-Assad opprime son peuple, il n’y a rien de mieux à espérer des rebelles qui maintiendront un capitalisme dur pour faire profiter les occidentaux des richesses du pays. C’est d’une lutte démocratique et populaire des travailleurs syriens, soutenus par les travailleurs des pays impérialistes, susceptible de s’étendre au Moyen Orient à travers une confédération socialiste qu’il est besoin pour que cette région du monde se débarrasse de la dictature, du capitalisme et de l’impérialisme, et qu’elle donne un élan aux travailleurs des autres pays.

 

Crise politique en Tunisie : des manoeuvres contre-révolutionnaires en cours.

Interview d’Hidouri Abdessalem, chercheur en philosophie, membre du bureau syndicaliste régional de Sidi Bouzid pour l’enseignement secondaire

La révolution continue!

La révolution continue!

A l’heure ou cette interview est publiée, la crise politique en Tunisie traverse son énième épisode. L’ampleur et la profondeur de la colère populaire contre le régime de la ‘Troika’, marquée par l’éruption quasi volcanique de protestations dans tout le pays à la suite de deux assassinats politiques de dirigeants de gauche cette année (l’un, celui de Chokri Belaid, en février, l’autre, de Mohamed Brahmi, fin

juillet) constituent la toile de fond et la raison fondamentale de cette crise.

Les pourparlers qui se tenaient entre les partis gouvernementaux et ceux de l’opposition, appelés «l’initiative de dialogue national » viennent d’être suspendus ce lundi. En bref, «l’initiative de dialogue national » n’est rien d’autre qu’une tentative des classes dirigeantes de négocier un arrangement « par le haut » qui puisse apporter une solution à la crise politique tout en évitant que « ceux d’en-bas », à savoir les travailleurs et syndicalistes, la jeunesse révolutionnaire, les chômeurs, les pauvres, ne s’en mêlent un peu trop.

En effet, lorsque les voix provenant de l’establishment, des grandes puissances et des médias traditionnels s’alarment des dangers d’un « vide politique » prolongé en Tunisie, ce n’est pas en premier lieu la montée de la violence djihadiste qu’ils ont en tête; leur principale crainte est que l’exaspération des masses explose à nouveau sur le devant de la scène.

Le « dialogue national » vise à préparer une retraite ordonnée et négociée pour le pouvoir Nahdaoui, et la mise en place d’un gouvernement soi-disant «indépendant» et « apolitique ». Les discussions ont, officiellement du moins, buté sur le choix du nouveau Premier Ministre, discussions qui exposent à elles seules le caractère contre-révolutionnaire des manœuvres en cours. En effet, les différents noms qui ont circulé pour diriger un futur gouvernement sont tous soit des vétérans séniles de l’ancien régime, soit des néolibéraux pur jus.

Bien sûr, tout cela n’a rien ni d’indépendant ni d’apolitique. De nouvelles attaques sur les travailleurs et les pauvres sont en cours de préparation, poussées entre autres par le FMI et les autres créanciers de la Tunisie; pour ce faire, les puissances impérialistes et les grands patrons tunisiens plaident pour un gouvernement suffisamment fort que pour être en mesure de maintenir les masses sous contrôle et leur faire payer la crise. C’est ainsi qu’il y a quelques jours, le gouverneur de la Banque centrale a déclaré que la Tunisie « a besoin d’un gouvernement de commandos pour sortir le pays de la crise».

L’UGTT est de loin la force la plus organisée du pays. Aucun arrangement politique quelque peu durable ne peut être réglé selon les intérêts de la classe capitaliste sans au moins l’accord tacite de sa direction. Pour les travailleurs et les couches populaires cependant, le nœud gordien du problème réside précisément dans le fait que la direction de la centrale syndicale, au lieu de mobiliser cette force pour imposer un gouvernement ouvrier et populaire, pris en charge par un réseau national de comités de base démocratiquement organisés à tous les niveaux, se révèle être un partenaire très coopératif pour la classe dirigeante et les pays impérialistes, dans les tentatives de ces derniers d’imposer un gouvernement non élu au service du grand capital. Tant et si bien qu’elle joue honteusement le rôle moteur dans l’organisation et la médiation de ce « dialogue national ».

Les dirigeants syndicaux, au lieu de mobiliser sérieusement leurs troupes, ont mis tous leurs efforts à tenter de démêler un accord derrière les rideaux entre les principaux agents de la contre-révolution. Tout cela couronné par l’approbation et la participation directe, dans ces pourparlers, des dirigeants du Front Populaire, malgré l’opposition manifeste d’une large couche de ses propres militants et sympathisants.

Cette stratégie, comme l’explique Abdessalem dans l’interview qui suit, est une impasse complète, les dirigeants de la gauche et du syndicat délivrant de fait les intérêts de leurs militants sur l’autel des plans cyniques de leurs pires ennemis. Trotsky disait que dans une période de crise profonde du système capitaliste, les directions réformistes « commencent à ressembler à l’homme qui s’accroche désespérément à la rampe, cependant qu’un escalier roulant l’emporte rapidement vers le bas. »

Cette métaphore résume assez bien le tableau tunisien aujourd’hui. Le pays est au bord d’une crise d’une ampleur sans précédent. Le 30 octobre, deux tentatives d’attentats-suicide ont été évitées dans des zones touristiques. Une semaine avant, dans la région centrale de Sidi Bouzid, au moins 9 membres des forces de sécurité ont été tués dans de violents affrontements avec des salafistes armés.

En réaction, la section locale de l’UGTT appela à une grève générale régionale dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, mot d’ordre rapidement suivi dans la région voisine de Kasserine, afin de protester contre ces tueries. Ce genre de réflexes indiquent où résident les forces sociales qui peuvent offrir une solution viable et autour de laquelle une véritable alternative politique peut et doit être construite à la misère et la violence croissantes du système actuel.

Comme le mentionne Abdesslem, il existe aujourd’hui en Tunisie un paradoxe: « les vraies fabricateurs du processus révolutionnaire sont en-dehors de la scène politique ». Le CIO partage largement ce constat. C’est pourquoi il y a une urgence à reconstruire, à l’échelle du pays, une force politique de masse au service de ces « fabricateurs », indépendante des partis pro-capitalistes, et armé d’un programme socialiste clair visant à mettre les principales ressources du pays dans les mains des travailleurs et de la population.

Il fut un temps où tel était le but affiché du programme de l’UGTT. Lors de son congrès de 1949, l’UGTT demandait ainsi “le retour à la nation des mines, des transports, du gaz, de l’eau, de l’électricité, des salines, des banques, des recherches pétrolières, de la cimenterie, des grands domaines et leur gestion sous une forme qui assure la participation ouvrière.” La réactualisation d’un tel programme, combiné avec des mots d’ordre d’action précis, pourraient revigorer la lutte de masses et transformer radicalement la situation.

Les militants, au sein du Front Populaire et de l’UGTT, qui veulent poursuivre la révolution et refusent les manœuvres actuelles -et ils sont nombreux- devraient à nos yeux exiger le retrait immédiat et définitif de leurs dirigeants du dialogue national, et demander à ce que ces derniers rendent des comptes auprès de leur base pour la stratégie désastreuse qu’ils ont suivie. Au travers de discussions démocratiques, les leçons des erreurs, présentes et passées, doivent être tirées, menant à un processus de clarification et de ré-organisation à gauche, sur le type de programme, de stratégie et de tactiques nécessaires pour mener à bien la révolution.

Les militants du CIO en Tunisie sont ouvert à discuter et collaborer avec tous ceux et toutes celles qui partagent ces considérations. Car c’est seulement par ce biais que l’ «outil » et le « programme » révolutionnaires nécessaires, qu’Abdesslem évoque à la fin de l’interview, pourront être forgés en vue des futures batailles.

Depuis l’assassinat de Mohamed Brahmi, une vague de mobilisations sans précédent contre le régime d’Ennahda a secoué la Tunisie. Quel bilan tires-tu de ces mobilisations?

Les mobilisations contre le régime d’Ennahda, provoquées par l’assassinat de Mohamed Brahmi, et de Chokri Belaid avant lui, expriment plus largement une reprise du processus révolutionnaire visant à la chute du gouvernement de la ‘Troïka’ et à la chute du système.

Mais devant l’absence d’un programme clair et d’un groupe révolutionnaire suffisamment influent, ces mobilisations ont été manipulées par la bureaucratie nationale de l’UGTT, par les partis politiques libéraux et par la direction opportuniste des partis de gauche, dans le but de dépasser la crise par l’outil du « dialogue national », sans pousser ces mobilisations vers leurs véritables objectifs: la chute du système.

Au nom de l’unité dans la lutte contre les islamistes, la direction de la coalition de gauche du Front Populaire a rejoint Nidaa Tounes (un parti dans lequel se sont refugiées beaucoup de forces du vieil appareil d’Etat et de l’ancien régime), ainsi que d’autres forces politiques, dans l’alliance du ‘Front de Salut National’. Que penses-tu de cette alliance et quelles conséquences a-t-elle sur la lutte de masses?

La scène politique actuelle en Tunisie est caractérisée par une sorte de tripolarisation: le pôle des réactionnaires islamistes avec Ennahda et ses alliés, le pôle des libéraux de l’ancien régime (avec à sa tête le parti Nidaa Tounes, regroupées sous la direction de Caid Essebsi), et en contrepartie à ces deux pôles, le Front Populaire et l’UGTT.

A l’époque de l’assassinat de Chokri Belaid, la situation a changé : les forces dites « démocratiques » et « modernistes » se sont regroupées contre la violence et le terrorisme (dans un « Congrès de Salut ») : cette étape a marqué le début de l’impasse politique pour le Front Populaire, car la direction de celui-ci a commencé à faire alliance avec les ennemis de la classe ouvrière et des opprimés, associés à l’ancien régime de Ben Ali.

Ces derniers sont en compromis indirect avec les islamistes aux niveaux des choix politiques et économiques du pays.

En conséquence, la lutte de masse a été manipulée et freinée par la direction du Front Populaire et de l’UGTT, suivant le rythme du « dialogue national » et des intérêts de ses différents partis et de leurs agendas politiques.

Fin juillet, il avait été rapporté que dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, des formes de contre-pouvoirs locaux s’étaient mis sur pied, reprenant la gestion des affaires locales des mains des Nahdaouis. Qu’en est-il aujourd’hui?

On peut dire que dans les régions intérieures, il y a une sorte de vide politique au niveau des services, de l’administration et de la sécurité. Dans les moments révolutionnaires, les mobilisations lèvent le slogan de l’autogestion, et à sidi Bouzid, nous avons essayé de construire un contre-pouvoir à travers les communautés régionales et locales.

Mais face à la répression de la police, ainsi que du manque d’appui et de relais de ce genre d’initiatives à l’échelle nationale, on n’a pas pu dégager pour de bon le gouverneur régional de Sidi Bouzid.

Depuis le début, la position de la direction nationale de l’UGTT a été de s’opposer au double-pouvoir, car ce dernier obstrue le «dialogue » et le « compromis » avec le régime, vers lequel cette direction pousse à tout prix.

Peux-tu expliquer ce qui s’est passé le 23 octobre et dans les jours qui ont suivi?

Le 23 octobre, selon la Troïka, est la date de la réussite de la transition démocratique (une fête politique), mais selon les autres partis et pour la majorité de la population tunisienne, c’est la date de l’échec. D’où les protestations massives qui ont repris de plus belle contre Ennahda ainsi que contre les terroristes.

Mais une fois encore, les mobilisations du 23 et du 24 contre la Troïka ont été manipulées par les partis politiques en place pour améliorer leurs positions dans le dialogue national, et non pas pour la chute du système et du gouvernement.

Quelle est selon toi la réalité du danger salafiste/djihadiste dans la situation actuelle? Quels sont les rapports de ces groupes avec le parti au pouvoir? Comment expliques-tu la montée de la violence dans la dernière période, et comment les révolutionnaires peuvent–ils face à cette situation?

Quand on parle politiquement du pole islamiste, on parle d’un réseau d’horizon mondial, articulé avec certaines grandes puissances et avec les intérêts du capitalisme mondial, donc je crois qu’il est difficile de distinguer entre les djihadistes et Ennahda, ou même avec le parti salafiste ‘Ettahrir’.

On peut considérer les salafistes comme les milices du gouvernent actuel, qui pratiquent la violence avec des mots d’ordre venus d’Ennahda, contre les militants, contre les syndicalistes…Leur objectif c’est de rester au pouvoir à l’aide de ces milices.

Devant cette situation, je crois que les forces révolutionnaires doivent s’organiser de nouveau, pour continuer le processus dans les régions internes. Devant l’absence des outils et des moyens, cette tâche sera difficile, mais pas impossible.

Quels sont à tes yeux les forces et les limites du rôle joué par l’UGTT dans la crise actuelle?

D’une part la direction de l’UGTT a joué un rôle de secours pour tous les gouvernements transitoires depuis le 14 janvier 2011 jusqu’au 23 octobre 2013, entre autres à travers l’initiative du dialogue national. Actuellement elle fait le compromis avec les patrons (l’UTICA). D’autre part, les militants syndicalistes de base essaient de continuer le processus révolutionnaire.

Quelles sont à ton avis les initiatives à entreprendre à présent pour la poursuite et le succès du mouvement révolutionnaire en Tunisie?

Ce qui se passe en Tunisie et dans le monde arabe est un processus révolutionnaire continu, avec un horizon nationaliste et socialiste contre le capitalisme et le sionisme, mais actuellement on parle dans le processus d’un paradoxe: les « vrais fabricateurs » du processus révolutionnaire sont en-dehors de la scène politique, et les forces contre-révolutionnaires s’attellent au détournement du processus, donc nous sommes face à une révolution trahie.

Les initiatives à entreprendre à présent pour la poursuite et le succès du mouvement révolutionnaire en Tunisie, c’est de continuer le processus avec des garanties concernant l’outil, le programme et le parti révolutionnaire. Sur le plan pratique il faut construire des comités locaux et régionaux pour la lutte.

Quelles leçons/conseils donnerais-tu aux militants socialistes, syndicalistes, révolutionnaires en lutte contre le capitalisme dans d’autres pays?

Les leçons et les conseils qu’on peut tirer du processus révolutionnaire selon mon point de vue c’est:

-De viser le pouvoir dès le début du processus et lutter sur la base de tâches révolutionnaires bien précises. Car beaucoup des forces de gauches et de jeunes révolutionnaires et syndicalistes n’ont pas visé le pouvoir à Tunis, mais ont cru pouvoir pousser vers la réforme du système.

-De s’unifier en tant que forces révolutionnaires contre nos ennemis, et de créer des groupes de lutte avec des moyens qui dépassent la théorie vers la pratique, c’est-à-dire agir sur le terrain jour et nuit.

-De transformer le conflit avec les ennemis dans les mass media, pour créer une opinion publique contre les ennemis

-De trouver un réseau de lutte capable de soutenir les protestations qui dépasse l’horizon national, vers l’international.

Un lycéen gazé devant son lycée lors d’un blocus !

Unst ouen blocus 71113 lycéen a été gazé ce matin devant son lycée lors d’un blocus. C’était le premier blocus organisé au Lycée Blanqui de St Ouen contre les expulsions de jeunes immigrés Vers 7h30 les flics ont débarqué pour démonter le blocus, en prétextant que la position des barrières était dangereuse… Ils ont gazé les lycéens présents et en ont aussi collé à terre. L’un d’entre eux a perdu connaissance et a été emmené à l’hôpital. Comme souvent, les flics font dans la dentelle quand il s’agit des quartiers populaires ! L’un deux aurait même lancé « il n’y a pas eu de mort » pour minimiser la gravité de l’incident.

Les profs ont débrayé pour protester contre cette violence policière et soutenir les lycéens dans leur droit à défendre leurs idées.

La classe politique a souvent peur des mouvements de jeunesse, car ils sont moins contrôlables et manipulables. Chaque manif lycéenne est toujours « escortée » par des cordons et des fourgons entiers de policiers et tout autant de flics en civil des renseignements généraux, et ce n’est pas pour protéger les lycéens. Il est courant qu’ils provoquent les hostilités et ensuite accusent les lycéens de les avoir agressé.

La meilleure protection est celle qu’on organise nous mêmes dans nos luttes, tout d’abord en étant le plus nombreux possible. Car les flics sont courageux, mais pas téméraires, ils hésiteront plus à attaquer un groupe nombreux et organisé.

Y’en a marre de ce mépris de la jeunesse en général et de celle des milieux populaires en particulier. Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui construiront la société de demain en luttant pour leurs droits, et leur avenir.

Contre ce gouvernement et ses politiques anti jeunes et anti ouvrières, contre le racisme et le FN, il faut une grève totale !

Contre le racisme et contre le Front National, menons la lutte, tous ensemble !

Paris 18 Octobre 2013.

Paris 18 Octobre 2013.

 L’expulsion de Léonarda, collégienne, et de Katchik, lycéen, avaient entraîné une vague de protestation et des milliers de manifestants lycéens. Parce qu’une telle injustice n’est pas acceptable. Hollande et son gouvernement font-ils vraiment autre chose que Sarkozy avant eux qui prenaient sans cesse les étrangers, les habitants des quartiers ou autre comme cible pour diviser et faire passer sa politique qui favorise les grands patrons et les plus riches sous prétexte de crise ?

Les même politiques d’austérité contre les travailleurs et les plus modestes sont mises en place par les différents gouvernements comme partout en Europe. En même temps un climat réactionnaire est entretenu et des partis d’extrême droite gagnent en popularité, alimentée par un racisme d’État comme en France avec Valls.

 Grâce aux manifs le gouvernement a reculé !

 Les manifs lycéennes d’octobre qui avaient rassemblé environ 15000 jeunes à Paris et 20000 dans le reste du pays pour lutter contre l’expulsion de Leonarda et Katchik avaient commencé à faire reculer le gouvernement qui accepte désormais qu’un lycéen ou un collégien ne soit pas expulsable.Hollande a proposé à Léonarda de rentrer en France (sans sa famille) pour y continuer ses études. Il s’agit bien évidemment d’une solution insatisfaisante, qui consiste à forcer une collégienne à choisir entre sa famille et son droit à l’éducation. Mais cela montre quand même que le gouvernement a peur d’un mouvement de masse des lycéens.

 Et la mobilisation des lycéens à la suite de l’expulsion honteuse de Léonarda et de Katchik montre bien que toute une partie de la jeunesse refuse d’accepter un climat de plus en plus raciste et pesant.

S’opposer au gouvernement et au FN !

 Les déclarations racistes, en particulier islamophobes, se multiplient, de la part de la droite comme du gouvernement PS-Verts et renforcent un climat raciste ouvrant la voie au FN.

 Et dans le même temps, alors qu’on envoie des dizaines de policiers pour expulser une collégienne, ou autre, ce gouvernement laisse faire les grands patrons qui à Peugeot ou ailleurs suppriment des milliers d’emploi et envoie des travailleurs à la rue et au chômage.

 Ce qui fait monter le FN ce sont ces politiques anti-sociales et l’aggravation des conditions de vie. Si le FN risque de gagner des conseillers municipaux et même des mairies aux prochaines élections c’est qu’il peut se présenter comme une alternative, mais il est loin d’être un parti anti-système. Il prétend s’opposer « au monde de l’argent » alors que la famille Le Pen est millionaire. Et son programme attaque en fait les classes populaires, avec la destruction des droit syndicaux, ou pour le report de l’âge de la retraite etc. Le FN n’a même plus besoin de développer son programme raciste, car la droite et le PS s’en chargent pour lui ! Il s’appuie donc sur le dégoût et la colère de beaucoup de travailleurs et de jeunes. Il faut construire une opposition de gauche qui défende les travailleurs et les jeunes, refuse l’exploitation capitaliste et lutte concrètement contre le racisme.

 Tous ensemble !

Des milliers de travailleurs perdent leur emploi et c’est sur des gens comme Léonarda et Katchik que le gouvernement et les politiciens s’acharnent ! La lutte pour un véritable emploi ou pour le droit de suivre ses études dans des conditions correctes est une même lutte, celle contre la politique du gouvernement et ce système capitaliste qui ne nous offre aucun avenir !

– Menons campagne contre le racisme et le FN !

– Régularisation des Sans Papiers !

– Pour une éducation gratuite et accessible à tous et toutes !

– Luttons contre le capitalisme, pour une alternative socialiste.

N’hésite pas à nous contacter pour discuter avec nous et mener campagne ensemble contre le racisme et le Front National.

Télécharger le tract en version PDF ici.

Bretagne : unité des travailleurs contre le patronat et le gouvernement !

images L’annonce, jeudi 31 octobre, de l’arrêt des exportations de poulets par le volailler Tilly-Sabco s’ajoute à la longue liste des plans sociaux dans la région (Gad, Doux, PSA, Alcatel). La CGT , SOLIDAIRES et la FSU appellent à manifester à Carhaix le 2 novembre à 15 heures place du Champ de Foire à Carhaix. Elles ont appelé à ne pas se rendre à Quimper et préfèrent défiler à Carhaix le même jour et à la même heure pour se démarquer du patronat qui mène, selon elles, une campagne « antifiscale ».

La situation tendue en Bretagne est un signe de la complexité de la situation.

L’Écotaxe est officiellement conçue pour taxer au kilométrage les poids lourds polluants immatriculés ou non en France et servir à financer le transport fluvial ou sur rail. Elle devrait être payée par les transporteurs et serait repercutée sur les prix. Mais cette écotaxe taxerait les petits patrons et les producteurs paysans victimes de la domination des grands transporteurs et les multinationales agro alimentaires qui eux ne sont pas taxées. Au lieu d’aider et transformer les modes de production et d’échanges par l’investissement public, le PS et Europe écologie les verts veulent taxer et bien souvent l’argent est redirigé ailleurs sans qu’on puisse contrôler.
Le « collectif pour l’emploi » qui appelle à manifester à Quimper regroupe notamment des organisations d’agriculteurs ou de commerçants, des salariés de l’industrie agroalimentaire, les délégués FO des entreprises Doux et Gad. Mais aussi des représentants des transporteurs, de la grande distribution et des élus, dont les conseillers généraux de l’Alliance pour le Finistère et des députés UMP.
Ils tentent de faire passer la fiscalité et donc l’écotaxe pour responsable des licenciements qui comme par hasard sont tous médiatisés au moment ou elle devait être votée et alors que bon nombre d’entre eux ont commencé avant. Les travailleurs qui ont participé aux diverses manifestations que ce soit sur les portiques « écotaxes » ou ailleurs ont eu raison de laisser éclater leur colère, mais ne doivent pas se laisser duper. Les premiers exploiteurs et licencieurs, c’est le grand patronat qu’il soit breton ou pas.
On ne peut rien gagner à lutter avec les mêmes patrons qui polluent la Bretagne responsable de l’algue verte et des nitrates dans l’eau et qui licencient. Les travailleurs qui iront manifester à quimper doivent avoir leur propre cortège avec leurs revendications.
Après les  »pigeons » autoentrepreneurs puis comme le collectif des bricoleurs du dimanche qui a obtenu gain de cause devant la cour d’appel de Paris pour ouvrir le dimanche, le gouvernement cède encore aux patrons. Mais il cède aussi à cette grogne car il craint que le climat d’affrontement breton ne s’étende à des luttes de travailleurs et que les liens se fassent avec les licenciements et pour sauver les emplois en Bretagne.

Le capitalisme fossoyeur de l’industrie agro alimentaire

C’est une vraie saignée de l’emploi avec par exemple 900 licenciés sur le site Lampaul-Guimiliau appartenant à Gad. Derrière tout le bruit médiatique autour de l’écotaxe, c’est toute la filière porcine et de volaille qui a des difficultés économiques. Mais ce n’est pas la fiscalité qui a bon dos. Depuis 20 ans les exonérations de cotisations patronales, d’impôts n’ont cessé d’augmenter et la France a perdu 300 000 emploi industriels et ce processus était bien enclenché avant la crise de 2008 par les délocalisations. Ces filières et l’emploi sont menacés par le fonctionnement de l’économie capitaliste. La concurrence accrue entre entreprises puis l’ouverture des marchés européens avec l’UE dans les années 90 a lancé la bataille à qui paye ses travailleurs le moins cher pour diminuer les prix. L’euro fort a plombé les exportations, la spéculation sur les matières premières et la course au prix bas de la grande distribution à étranglé ce secteur. Pour ne pas payer les cotisations sociales en France ils ont même préféré contourner la loi en utilisant le détachement de travailleurs de l’UE qui doit être exceptionnel. Dans certaines entreprises, ils ne sont même pas déclarés et sont payés moins que le smic et logés dans des endroits insalubres. GAD a par exemple fait venir des dizaines de travailleurs roumains. Et en plus après ils licencient. Même ceux sous liquidation judiciaire aujourd’hui en France ou en faillite organisée ouvrent des usines en Europe de l’Est ce qui montre que ces multinationales ont les moyens de maintenir les emplois.

Les manifestations de samedi 2 novembre  devraient avoir des répliques dans d’autres régions contre les licenciements et la politique antisociale du gouvernement qui soient vraiment préparées. Cela pourrait être un point d’appui pour construire la vraie grève qui bloque tout le pays dont nous avons besoin. Pour la filière porcine et volaille comme bien d’autres la solution réside dans la réquisition des entreprises qui licencient par les travailleurs pour continuer l’activité. Cela doit se faire en lien avec les travailleurs des autres entreprises pour lutter pour la nationalisation du secteur. Seul le contrôle des travailleurs est à même de pouvoir faire passer l’emploi puis l’environnement avant les bénéfices, planifier la production selon les besoins et investir utilement.

Situation mondiale : au seuil de grands événements de l’Histoire.

SawantCWIUSCette année les mouvements de masse en Turquie, au Brésil, en Égypte, en Afrique du Sud, en Espagne, en Grèce… nous ont montré des exemples époustouflants de la puissance de la classe ouvrière.

Les occupations massives de places en Turquie étaient les plus grosses que le pays a jamais connu. En Égypte, 22 millions de personnes ont signé la pétition pour la démission de Morsi, suivi par une mobilisation qui a rassemblé jusqu’à 33 millions de personnes ; plus que pendant la révolution de 2011. Au Brésil, l’augmentation du prix du ticket de bus a déclenché une marée humaine d’un bout à l’autre du pays, qui a non seulement annulé cette mesure mais aussi arraché des concessions importantes pour les transports, l’éducation et la santé, quand le mouvement a atteint 120 villes !

Les évènements ont concerné majoritairement les travailleurs des zones urbanisées ; montrant une fois de plus que la classe ouvrière est réellement la force dominante partout dans le monde. Ce poids écrasant du prolétariat est crucial pour comprendre les prochaines étapes : c’est bien l’irruption massive de la classe ouvrière sur la scène politique et sociale, avec des grèves et la remise en cause de la mainmise de la bourgeoisie sur la production, qui a été le facteur décisif dans tous les mouvements de masse qui se sont produits ces dernières années. De plus, les événement ont été et seront particulièrement suivis notamment par la jeunesse, via les médias sociaux, ce qui aura un grand impact sur la classe ouvrière dans tous les pays : l’internationalisme et la manière dont les liens mondiaux se tissent sont aussi décisifs.

Ces mouvements massifs sont caractéristiques de la période que nous vivons : la crise la plus féroce du capitalisme, qui vit sa sixième année, et à laquelle la bourgeoisie désespère de trouver une issue. Si, à cause d’un manque de direction révolutionnaire, la classe ouvrière, malgré sa motivation et sa force, ne parvient pas à prendre le pouvoir, comme nous l’avons vu en Égypte, le capitalisme pourra peut être retrouver la croissance, à long terme. Mais à court terme, les capitalistes n’ont pas la moindre idée de comment sortir de la crise. Cela a bien été résumé dans un journal portugais : « les objectifs fiscaux sont inatteignables, les conditions sociales se détériorent et la démocratie s’affaiblit. Il n’y a aucune raison de croire que la situation va s’améliorer.

Situation explosive

Le journal The Economist reportait que près d’un quart de la jeunesse mondiale (soit 290 millions de jeunes) n’est ni au travail, ni à l’école, ni en formation. C’est une situation potentiellement explosive qui se développe partout. Le mouvement de masse au Brésil a créé la base pour des explosions sociales dans toute l’Amérique Latine. Aux États-Unis, malgré la timide croissance de la production, le pays compte 20 millions de chômeurs. Les travailleurs et les jeunes ont vraiment de plus en plus l’impression qu’Obama ne fait que poursuivre la politique de Bush ; particulièrement depuis l’affaire Snowden.

Toutes les grandes économies ralentissent, stagnent ou reculent ; y compris la Chine. La situation y est différente de l’Europe car l’austérité n’y règne pas, et les gens peuvent avoir des espoirs quant à l’amélioration de leurs conditions de vie, qui pourraient mener à des explosions sociales d’une ampleur gigantesque si cette amélioration n’avait pas lieu. On retrouve, jusqu’à un certain point, des éléments de la situation en France en 1968 ; où on avait un État fort et De Gaulle qui appliquait une énorme répression, il fallait juste l’étincelle du mouvement étudiant pour déclencher une des plus grandes grèves, un mouvement magnifique de la classe ouvrière de France. C’est ce qui est à l’ordre du jour. Si l’on pense à l’importance des mouvements de masse au Brésil et en Égypte, déjà énormes ; imaginons les impacts qu’aura un soulèvement de la classe ouvrière chinoise à l’échelle mondiale !

Il est inévitable que la lutte des classes s’intensifie dans la période à venir. Mais, il n’y a pas de crise « finale » du capitalisme ; ce n’est que quand la classe ouvrière prendra le pouvoir que ce système pourri pourra être achevé. Partout où il intervient, le CIO a la vocation de construire, avec les travailleurs, les jeunes, les masses pauvres et opprimées, les outils nécessaires à cette victoire ; pour qu’enfin l’humanité laisse derrière elle la barbarie archaïque d’un système absurde et reconstruise une société basée sur la coopération et la solidarité internationales et la pleine satisfaction des besoins de tous.

Par Cécile.
Paru dans l’Éalité n°163 (oct-dec 2013)