Le revers des médailles

cuisiniers--310x165La grande cuisine réservée aux grandes fortunes ?

La cuisine est un art et la France en est très fière. De nombreux chefs ont fait sa renommée comme B. Loiseau et P. Bocuse. Mais ils ont aussi fermé de nombreux murs. Cloisonné l’art culinaire dans des coffres d’argent et de ce fait sélectionné une clientèle fortunée.

Pendant ce temps, les classes moyennes et précaires ne peuvent que rêver de tels repas. Finir le mois (et même le commencer) est souvent difficile, alors aller au restaurant… et gastronomique ! cela tient plus d’une blague que de la réalité.

La malbouffe explose, parallèlement à la précarité. Ce n’est pas un hasard. Les revenus stagnent ou baissent tandis que le prix des denrées alimentaires augmente. Les inégalités se font donc aussi dans l’assiette. Difficile de parler plaisir quand on peine à remplir son frigo.

Bien sûr, la gastronomie est plus que de la cuisine, c’est un univers à part. Mais personne ne demande à être servi sur nappes blanches dressées d’argent pour apprécier un repas. La Grande cuisine ne doit pas être réservée aux notables ou autres rentiers du pays. Chacun doit pouvoir accéder au meilleur. Ne pas faire de cuisine par appât du gain ou d’une notoriété quelconque. Cet art n’est pas un feu d’artifice, éblouissant et tape-à-l’œil. Il doit s’ouvrir au peuple : travailleurs, retraités, jeunes… en respectant les travailleurs du secteur. Il y a les étoiles, les paillettes et le bleu-blanc-rouge mais il y a aussi les très bas salaires, contrats précaires et inexistence du comptage des horaires. Les employés sont souvent embauchés avec le statut cadre. Une façon de ne plus compter les heures effectuées qui se rapprochent plus des 60 heures que des 35 heures. Une belle assiette ne vaut pas l’exploitation de 30 personnes.

Les directions utilisent plusieurs leviers pour avoir accès à cette main d’œuvre « corvéable à merci ». Le premier est la passion. Difficile de continuer en cuisine sans accepter ces méthodes ancrées dans le marbre. Il y a évidemment le risque du chômage. Il n y a pas que le Code du travail qui est absent des cuisines. Les syndicats sont plus rares qu’une femme chef dans un restaurant étoilé.

C’est donc à nous, nouvelle génération de cuisiniers, commis, passionnés, de faire tomber ces murs. En se rassemblant, c est nos droits que nous pouvons réclamer. Prenons pour exemple les femmes de chambres du grand groupe Holiday Inn. Après des mois de grève, de combats et de rassemblements, elles ont gagné !!! Les employés de services, plongeurs, femme de chambres, cuisiniers, nous sommes tous dans le même bateau. Unissons-nous !

La résistance se fait aussi dans l’assiette.

M.D., militante dans un resto étoilé

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