Le nouveau gouvernement grec annonce de premières mesures anti-austérité

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Le nouveau gouvernement grec dirigé par SYRIZA a annoncé une série de mesures politiques qui arriveront telles un énorme soulagement pour les travailleurs grecs après toutes ces années de mesures d’austérité brutales. Ces nouvelles mesures comprennent la restauration du salaire minimum au niveau d’avant la crise (750 euros par mois); une augmentation des faibles pensions et le paiement d’un «treizième mois» de pension (pour la période de Noël) pour tous ceux dont la pension est actuellement équivalente ou inférieure à 700 euros par mois; l’abolition des honoraires de visite à l’hôpital et des frais d’ordonnance; l’arrêt des ventes forcées de maisons de personnes incapables de rembourser leur prêt hypothécaire; l’arrêt des privatisations prévues (y compris concernant l’énergie, les aéroports et les docks); la ré-embauche des enseignants licenciés; l’abolition du système d’évaluation de la fonction publique créé dans l’objectif de licencier sur base continue dans le secteur; la ré-embauche de 10.000 travailleurs licenciés dans le secteur public; la restauration de l’ERT (Radio Télévision hellénique) avec son personnel et l’accès à la citoyenneté grecque pour les enfants d’immigrés nés en Grèce.

Bien que toutes ces mesures doivent encore être adoptées au Parlement, les travailleurs grecs estiment que leur confiance et leur dignité est en cours de restauration. D’autre part, divers éléments symboliques ne seront pas non plus passés inaperçus, comme le fait qu’Alex Tsipras ait été nommé Premier ministre sans cérémonie religieuse ou qu’il ait ensuite rendu visite au mur des fusillés d’Athènes, où 200 communistes ont été exécutés en 1944 par l’armée allemande.

Prises ensembles, ces premières mesures (aussi limitées et partielles qu’elles soient) vont à l’encontre de décennies de soi-disant «consensus» néo-libéral et à l’encontre de l’agenda pro-austérité de la zone euro et de l’Union Européenne du capital. Ces réformes ne sont pas tombées du ciel, mais sont le produit des herculéennes luttes de masse menées par les travailleurs grecs depuis plusieurs années, avec notamment une trentaine de grèves générales. En dépit du fait que ces luttes n’ont pas permis de mettre fin aux massives coupes budgétaires en raison du rôle conservateur des dirigeants syndicaux, des millions de travailleurs ont connu un processus de radicalisation politique qui a préparé le terrain pour le bouleversement électoral majeur de la semaine dernière.

Ces premières annonces de la part du gouvernement SYRIZA ont aussi pour effet d’exposer plus encore l’attitude lâche des partis traditionnels à travers l’Europe, y compris celle des anciens partis sociaux-démocrates. Lorsque ces partis sont au pouvoir, ils appliquent l’austérité et défendent une politique opposée aux intérêts de la classe des travailleurs sous prétexte «qu’il n’y a pas d’alternative».

La réaction des marchés

Les marchés ont réagi négativement, comme cela était attendu, à ces mesures. A Athènes, les cours se sont effondrés comme jamais encore depuis le pire moment de la crise de la dette. Il est rapporté que les sorties de dépôts grecs se sont accélérées la semaine dernière pour atteindre les 11 milliards d’euros pour le mois de janvier. Les ministres ont cherché à minimiser la perspective d’un affrontement avec les créanciers.

Le parti communiste grec (KKE) tente de justifier son approche sectaire (en refusant de former un gouvernement de coalition avec SYRIZA) en rejetant les réformes gouvernementales comme n’étant guère plus que des «cacahuètes». Bien sûr, ces nouvelles mesures ne constituent pas un programme socialiste, ce qui signifierait d’annoncer des mesures telles que la répudiation de la dette publique, une très forte taxation des riches, l’imposition d’un contrôle des capitaux et du crédit ainsi que du monopole d’Etat sur le commerce extérieur ou encore la prise des commandes des secteurs-clés de l’économie sous propriété et contrôle démocratiques publics. Pareils développements seraient très positivement accueillis par les travailleurs en Grèce et en Europe et agiraient comme un coup de fouet sur l’opposition anti-austérité en Espagne, au Portugal et en Irlande, en particulier.

Les élites dirigeantes européennes seraient étonnées parce qu’elles avaient escompté sur l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de «centre-droit» qui n’aurait pas contesté la politique de soumission aux exigences de la troïka (BCE, UE et FMI). Mais le Premier ministre Alexis Tsipras est arrivé au pouvoir sous la pression de la classe des travailleurs pour concrétiser les revendications basiques de s’en prendre à la dette publique grecque, d’augmenter les salaires et de stopper les réductions de budgets. Il affirme que tous cela peut être réalisé tout en restant au sein de la zone euro, mais les dirigeants européens ont prévenu avant même les négociations sur la dette grecque qu’il aura à choisir l’objectif qu’il poursuit, ce sera l’un ou l’autre.

Les négociations sur la dette

La dette publique grecque est d’environ 320 milliards d’euros. Le pays doit refinancer les bons du Trésor pour le 6 février, soit près d’un milliard d’euros et encore 1,4 milliard d’euros pour le 13 février. SYRIZA affirme ne pas rechercher la confrontation au sujet de la dette et qu’un accord doit être trouvé sur le rééchelonnement du remboursement de la dette publique. Est-il possible que la chancelière allemande Angela Merkel accepte de donner une certaine marge de manœuvre à Athènes? Merkel est sous une pression interne afin de ne pas «gaspiller» plus d’argent avec les sauvetages, mais elle fait également face à une élite dirigeante européenne de plus en plus divisée concernant la meilleure voie à suivre. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre a ainsi récemment critiqué les résultats des politiques de la troïka et a averti de l’arrivée d’une autre «décennie perdue» en Europe. Indication de la situation stagnante de la zone euro, la Banque centrale européenne a été contrainte, la semaine dernière, de lancer un plan d’assouplissement quantitatif (d’impression d’argent).

Mais même si Merkel est prête à concéder certaines concessions à Athènes sur l’agenda du remboursement de la dette et sur un certain allègement de la dette, la pression politique de partis au pouvoir sera très forte à travers l’Europe pour ne pas donner trop à la Grèce. Ils craignent que cela ne constitue un précédent qui menacerait de mettre fin au consensus austéritaire et de lancer un processus de «contagion politique» qui donnerait un coup de fouet à l’opposition anti-austérité en Espagne, au Portugal, en Irlande et ailleurs en Europe.

Avant les élections, Alexis Tsipras a déclaré que si aucun accord ne pouvait être concrétisé avec Bruxelles, que la Grèce serait poussée à sortir de la zone euro ou que l’Union Européenne tenterait de bloquer les mesures anti-austérité prises par le gouvernement grec, le gouvernement mené par SYRIZA convoquerait un référendum.

La question ne se résume toutefois pas à des sondages ou à l’arithmétique parlementaire. Comme l’illustre la riposte des gouvernements européens et des marchés face aux mesures annoncées par les nouvelles autorités grecques, les élites dirigeantes se battront avec acharnement contre toute concession accordée à la classe des travailleurs. Même si Angela Merkel et les élites dirigeantes européennes auront à accepter à contrecœur les mesures décidées par SYRIZA, elles feront tout pour revenir sur ces réformes à un stade ultérieur tandis qu’elles œuvreront entre-temps à la déstabilisation du gouvernement SYRIZA, ou à sa domestication. Parvenir à arracher des acquis sociaux, même limités, et à les maintenir nécessite de lutter pour l’application d’un programme anticapitaliste et socialiste en mobilisant la classe des travailleurs sur les lieux de travail et dans les communautés, afin de contester le capitalisme et de faire appel à la solidarité des travailleurs à travers l’Europe.

Par Niall Mulholland, Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO)

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