Le FN en tête à Brignoles, comme un avertissement…

Panneaux électoraux à Brignolles (Var) L'effondrement du vote de gauche et ce score du FN sont donc comme un écho de situations électorales passées et comme une avant-première des élections municipales et européennes de 2014.

Panneaux électoraux à Brignolles (Var) L’effondrement du vote de gauche et ce score du FN sont donc comme un écho de situations électorales passées et comme une avant-première des élections municipales et européennes de 2014.

Le résultat du Front National à la cantonale partielle du 6 octobre dernier à Brignoles, dans le Var sonne autant comme une répétition que comme un avertissement. Le Front National est arrivé largement en tête avec 40,4% des voix, devançant l’UMP (20,8%) et le candidat du Parti communiste français soutenu par le PS (14,6%). L’abstention est très importante, comme souvent pour une cantonale partielle (67,6%).

Bien qu’il y ait des raisons locales (le PCF ne se présentait pas sous l’étiquette Front de Gauche et ce n’était donc pas le candidat habituel, le maire de Brignoles, C. Gilardo), cet effondrement du vote de gauche et ce score du FN sont donc comme un écho d

e situations électorales passées et comme une avant-première des élections municipales et européennes de 2014.

Mêmes causes mêmes effets

L’un des aspects fondamentaux de cette élection, c’est l’effondrement du vote pour la « gauche ». Le candidat du PCF n’a recueilli que 981 voix. et la candidate d’EELV ( les écologistes), 598 voix, soit en tout 1579 voix, alors qu’à la cantonale partielle de juillet 2012, le candidat du Front de Gauche recueillait 3100 voix au premier tour.

Le FN de son côté n’a pas progressé, il obtenait 2734 voix en 2012, il en obtient 2718 cette fois ci. Au second tour, en 2012, il avait obtenu 4180 voix, nous verrons bien s’il dépasse ce score dimanche prochain, c’est possible, mais peu probable que ce soit dans des proportions importantes.

Le PS essaie de masquer sa responsabilité (et le PCF de justifier sa tactique) en disant que le problème c’est qu’il avait deux candidats de « gauche ». Mais la vraie raison pour leur déroute, c’est qu’entre juillet 2012 et Octobre 2013 il y a un an de politique d’Hollande-Ayrault et que ce scrutin se tient en pleine attaque du gouvernement sur les retraites et sans que les syndicats n’aient organisé une bataille sérieuse.

Et pire encore, le PCF, qui est contre cette réforme des retraites, a accepté de passer un accord électoral avec le PS, sa campagne électorale a ainsi été portée par un candidat assimilé au gouvernement et sa politique anti-sociale. Le FN a eu beau jeu de se présenter comme « seule opposition »…

Comme en 2002 et bien d’autres fois, il y a abstention importante, faiblesse de la droite, fort recul de la gauche gouvernementale et seul le FN mobilise son électorat et arrive même à recueillir des voix de mécontents. Comme dit un électeur : « ça fait des mois que la gauche ne nous écoute pas, alors ils se sont pris une bonne claque, c’est bien fait ».

Ce même week-end, le ministre de l’économie, P. Moscovici, annonçait que le gouvernement ne taxerait pas les excédents bruts d’exploitation des grandes entreprises (les profits avant dividendes aux actionnaires) et qu’il ne baisserait finalement pas la TVA sur les produit de première nécessité. Quant à l’annonce de 9000 nouvelles suppressions d’emploi (à Alactel-Lucent cette fois-ci), Ayrault a dit… que le gouvernement serait « vigilant ». En gros, le gouvernement annonce qu’il continuera sa politique en faveur des riches et des capitalistes. Comment dans ces conditions, le PCF peut-il continuer à considérer le PS comme un partenaire ?

Comment s’étonner dès lors que dans les urnes se traduise ce qui n’est que la réalité : cette « gauche » n’est pas la nôtre, elle n’est pas dans le camp des travailleurs et de la majorité de la population. Le scrutin de Brignoles vient le rappeler bruyamment.

Le PS nous refait le coup du « front républicain » en appelant à voter UMP, ça lui permet de dévier la critique de sa propre responsabilité. Mélenchon, président du Front de Gauche, défend correctement qu’il n’y a pas à choisir entre l’UMP et le FN car sur le fond, ils défendent la même politique. Mais il faut plus que cela.

Une cantonale partielle qui a comme un avant goût des élections de 2014 ?

C’est clair, à Brignoles, il aurait fallu y avoir un candidat de gauche qui s’identifie clairement de manière indépendante, contre le PS et le gouvernement, et qui se présente réellement en défense des intérêts des travailleurs, des jeunes, des chômeurs…  . C’est ce qui compte dans la période prochaine. Le PCF et le Front de Gauche vont-il continuer à faire du PS un partenaire politique alors même que c’est lui qui mène les attaques antisociales comme le montre les déclarations de Moscovici sur le renoncement à taxer les profits en plein élection de Brignoles. L’enjeu d’avoir une vraie opposition de gauche est bien plus que celui d’une élection. Il est inimaginable et intolérable que la nouvelle casse des retraites soit en train de passer sans réelle mobilisation par les directions des syndicats et que les salariés touchés par les plans de licenciements se retrouvent seuls face à la saignée. Et le prétexte du vote utile contre FN ne tient plus. Le FN n’aurait pas un tel espace si une véritable force politique de lutte contre les politiques d’austérités et les attaques des capitalistes existait. Il s’agit de se donner les moyens de s’organiser et lutter ensemble et permette ainsi de reprendre l’offensive contre les licenciements, le chômage, le racisme et l’essor du Front national.

Par Leila Messaoudi
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