La révolte qui vient

P3 front socialMacron est le président le plus mal élu qui soit. La tactique a consisté à faire tout ce qui était possible pour qu’au second tour il soit en face de Marine Le Pen et que son élection soit ainsi assurée. Sauf que voilà, ça veut dire aussi que Macron n’a pas de vrai soutien dans la population, ni pour son programme, ni au sein de son parti, En Marche, qui reste avant tout un mélange improbable d’arrivistes (beaucoup des fameux «jeunes» de l’équipe Macron ont été voir au PS ou chez les Républicains avant de se mettre En marche), de vieux politiciens recyclés (de tous bords : PS, écologistes, droite, centre…). Ceux qui croient que «Macron va donner sa chance à tout le monde et rénover le vieux système» risquent fort de perdre rapidement, et douloureusement, leurs illusions.

Article tiré de l’Egalité n°183 (mai-juin 2017)

Cette tactique est à l’image des 5 années minables du quinquennat de Hollande. Des petites manœuvres de couloir dignes des plus mauvaises histoires des Cours des rois, avec leurs jalousies et leurs mesquineries. Si ça a tenu, c’est parce que la colère sociale et politique qui gronde un peu partout n’a pas réussi à s’organiser à une échelle de masse, même si la candidature de Mélenchon a pu servir en partie de véhicule pour celle-ci, ratant de peu le 2nd tour.

De la colère à la révolte

Mais la colère est bien là, et elle va continuer de s’exprimer et de s’amplifier. Face à un président élu sans aucune adhésion populaire et qui sera sans réelle majorité à l’Assemblée, la classe dirigeante n’a pour l’instant que sa répression d’État et les combines entre macronistes, LR et PS pour tenir.

Or avec ces combines, tous sont en train de montrer qu’ils n’ont aucune morale, aucune fidélité à leurs idées, que la seule chose qui les intéresse c’est de gérer le capitalisme et les affaires, et d’en profiter, le tout sur le dos des travailleurs, des jeunes et de la majorité de la population.

Quant à la répression, particulièrement dure lors des manifestations ou dans les poursuites contre les syndicalistes et les militants, elle ne fait qu’augmenter la colère et le sentiment que nos libertés sont mises à mal à coup de matraque et de gaz lacrymo.

À une échelle de masse, ce qui grandit, c’est le rejet du fonctionnement de cette société et de ses institutions. Mais plus encore, c’est la compréhension croissante que ce fonctionnement est là pour protéger et servir la minorité des super riches. Ce que Mélenchon a appelé le «dégagisme», qui a vu Sarkozy, Juppé, Valls être virés et qui a empêché Hollande de se représenter, est plus profond qu’un phénomène électoral.

Car sur le terrain des luttes sociales, la même révolte s’exprime. Les centaines de grèves quotidiennes et de luttes combatives se font sur les salaires mais aussi sur les conditions de travail et notamment sur le fait que beaucoup de travailleurs n’en peuvent plus des rythmes imposés et du harcèlement par les petits chefs. Travailler dans de telles conditions et pour de si maigres salaires, c’est une des motivations de la colère dans les entreprises, et cela avait déjà été l’un des moteurs de la lutte contre la loi «travail».

L’avenir est entre nos mains

Des conditions s’assemblent pour une révolte majeure : colère sociale, défiance vis-à-vis de la classe dirigeante et des politiciens à son service. De plus en plus nombreux sont ceux et celles qui n’ont pas envie de continuer ainsi et rejettent le capitalisme.

L’apparition d’un nouveau mouvement de la majorité présidentielle avec «En Marche» ne suffira pas à colmater les fissures du système. Ils sont certainement contents de leur coup, et pensent ainsi qu’ils ont bien roulé tout le monde. Le chômage de masse, le désespoir quand on perd son emploi, ça ils ne connaissent pas.

Mais ce faisant, ils creusent eux-mêmes la tombe du système capitaliste. Mais il ne s’écroulera pas tout seul. Il y a besoin que la révolte s’organise, se structure, non pas chacun dans son coin, mais au moyen d’une véritable nouvelle force politique de masse et de lutte.

Par Alex Rouillard

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