La «compétitivité» : une arnaque pour baisser les salaires.

Il y a -t-il eu une période de l'histoire contemporaine où les capitalistes ne se sont pas plaints que les travailleurs coûtent trop chers?

Il y a -t-il eu une période de l’histoire contemporaine où les capitalistes ne se sont pas plaints que les travailleurs coûtent trop chers?

A Peugeot (Mulhouse, Vesoul, …) ça a été le coup de tonnerre. Les accords « compétitivité » allaient se solder par une baisse de salaire d’en moyenne 100 euros par moins : baisse de 45% à 25% de la majoration des heures travaillées en supplément (notamment les samedi, par le passage forcé en équipe de jour effectuant une heure de plus « gratuitement », et même l’obligation de travailler deux jours fériés), suppression de la prime de rentrée de 187 euros… Des débrayages, parfois spontanés comme à Vesoul où aucun mot d’ordre syndical de grève n’avait été lancé, ont eu lieu dans la plupart des usines. Le ras-le-bol est profond, et le « contrat social », pour reprendre le terme qu’utilise la direction de PSA, est perçu comme une véritable arnaque.

A Revima, non loin de Rouen, la direction voulait carrément imposer 3 heures de travail non payé par semaine pour les ouvriers, et des RTT en moins pour les cadres. Contraint à organiser un référendum interne, la mesure a été rejetée par les salariés. D’autant plus que « le carnet de commande 2014 est très supérieur aux deux années précédentes » d’après le directeur du site ! Outre le fait que les efforts demandés étaient bien différents selon qu’on est ouvrier ou cadre, la compétitivité a, là aussi, bon dos. D’autant que ça a été la valse des intérimaires pendant toute l’année, virés bien évidemment. PSA, qui boucle un plan de suppression de 11 000 postes, parle d’embaucher 2000 jeunes… en alternance. Par ici les aides de l’Etat et les salaires à 800 euros, et il n’y aura pas d’embauche à la clef. La compétitivité, c’est la précarité assurée pour les jeunes travailleurs.

L’ANI bien utile pour ce patronat

Politiciens et patrons n’ont que ce mot à la bouche, parfois repris par certains « syndicats », tout serait problème de compétitivité. La loi mettant en place l’Accord National Interprofessionnel (ANI) permet donc de réorganiser le travail sous prétexte de faire face aux difficultés. C’est ainsi qu’à Renault, à l’usine Sevel Nord de PSA au printemps dernier, aux chantiers naval STX de Saint Nazaire en juillet, la direction a imposé des mesures pour la « compétitivité ». Et ce ne sont que les enseignes connues, toute une série de moyennes entreprises connaissent les mêmes réalités. Le début de l’été a connu toute une série de grèves locales, souvent courtes mais énergiques, sur la question des salaires et des conditions de travail : depuis Bourbon AP dans le Jura jusqu’à Whirlpool à Amiens en passant par la fonderie Bouhyer à Ancenis (44).

Car les conséquences des « accords » de compétitivité sont partout les mêmes, dégradation des conditions de travail et baisse ou stagnation des salaires. L’ANI permet ni plus ni moins de généraliser ces accords. Rien d’étonnant que le slogan « Hollande à la chaîne » ait été largement repris par les ouvriers de Peugeot Sochaux.

Le gouvernement Hollande-Ayrault en permettant que l’ANI soit une loi (ce sur quoi il a été soutenu par la direction nationale de certains syndicats comme la CFDT) a donné le feu vert à la flexibilité à outrance pour les salariés. Pour les grands groupes qui réorganisent peu à peu leur production c’est une aubaine, de même que pour les moyennes entreprises qui produisent pour ces grands groupes et doivent suivre la marche.

« Compétitivité » ou profits ?

Dans la réalité, les accords « compétitivité » sont à replacer dans la longue suite de mesures qui visent à exploiter au maximum la moindre minute de présence dans l’usine soumettant les travailleurs à un stress et une pression difficilement soutenables. C’est déjà ce que permettaient en partie les lois Aubry sous prétexte d’une durée officielle du travail de 35 heures. La réorganisation du travail qui allait avec ainsi que les gels de salaires sur parfois plusieurs années a fait qu’en réalité les ouvriers produisaient plus par heure mais pour un salaire moindre. C’est ce qui se répète avec les accords compétitivité et l’ANI.

Un peu comme le travail du dimanche. Au début, on est payé en heures supplémentaires, donc majorées, mais quand ce travail devient la norme, alors la majoration disparaît. Ainsi, à PSA, le compteur temps qui permettait de conserver des RTT pour partir plus tôt à la retraite va être annualisé, impossible de le conserver sur plusieurs années donc. L’ANI permet même une baisse des salaires sur plusieurs années si un accord majoritaire est trouvé ou encore la possibilité de licencier un salarié refusant certaines clauses. La compétitivité c’est un moyen dans une économie stagnante de maintenir un degré suffisant d’exploitation pour garantir un certain niveau de profits. D’ailleurs, PSA annonce une hausse de 7,5% de son objectif de production de véhicules en demandant des efforts « pour une durée indéterminée ». Et quels efforts : aucune augmentation collective des salaires, baisse de certaines primes… ! Au moins c’est clair, la compétitivité, c’est produire plus mais pour un salaire qui baisse, la différence va dans la poche des actionnaires…

Dans tous les cas, la charge de travail augmente, la santé se déglingue et les salaires baissent.

En faisant grève bruyamment en ce début septembre, ou en refusant l’arnaque comme à Revima, des centaines de travailleurs ont montré qu’ils n’étaient pas prêts à se laisser écraser. Ces luttes locales, ces explosions de colère obligent souvent les patrons à reculer : à PSA la prime de rentrée et la majoration ont été restaurées aussitôt ; à Revima la direction a remballé son plan. Mais il faudrait plus, et notamment que les syndicats jouent réellement un rôle de défense des travailleurs en refusant en bloc tout accord inspiré de l’ANI. Et que, dans les mobilisations à venir, la question du refus des accords « compétitivité » figure en bonne place dans les mots d’ordre des syndicats.

Paru dans l’Egalité n°163 (oct-dec 2013)
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