Kobané : la résistance fait reculer Daesh

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Alors que la plupart des forces impérialistes pariaient sur la chute de Kobané, la résistance à Daesh, majoritairement animée par les milices YPG/YPJ du PYD (lié au PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan) a tenu bon. Lundi 26 janvier, elle a annoncé que les mercenaires de Daesh avait été chassé de la ville. Depuis, de nouvelles collines ont été libérées ainsi que plusieurs villages, même si l’emprise des barbares de Daesh sur la région reste forte. La ville a été détruite à 80% et ne compte plus selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’homme que 3000 habitants sur plus de 60000. La ville avait accueilli 200 000 réfugiés environ qui ont dû fuir de nouveau. Les nombreuses offensives des troupes de Daesh, qui sont équipées de chars et d’armes lourdes, et qui avaient deux fois plus de combattants que la résistance, ont échoué. La détermination des résistants et résistantes a eu raison de la barbarie et de la terreur

Au mois de novembre, la mobilisation internationale et la ténacité de la résistance de Kobané ont réussi à imposer qu’un groupe de peshmergas, les combattants du Kurdistan irakien, puisse passer la frontière turque et entrer dans la ville. Ce n’était pas les 150 soldats qui étaient importants mais les munitions que cela a permis de faire parvenir aux YPG/YPJ (unités de défense du peuple/unités de défense féminines). Le convoi a traversé tout le Sud-Est de la Turquie (dans le Kurdistan turc), accompagné de milliers de manifestants à chaque étape, brandissant drapeaux kurdes et drapeaux de soutien à la résistance, du jamais vu depuis plus de 30 ans dans une région où l’Etat turc réprime violemment et systématiquement ce genre de manifestations. La résistance de Kobané parce qu’elle se fait contre la pire menace pour les peuples de la région, le spectre d’un régime où l’assassinat, le viol, le pillage sur les plus faibles devient une méthode de gouvernement, une version extrême de la barbarie capitaliste, reçoit le soutien de milliers de jeunes. Certains se sont organisés, parfois même dans la résistance et les YPG ou YPJ, dont certains cadres, hommes ou femmes, ont tout juste une vingtaine d’années.

On retrouve ces éléments de situation quasi révolutionnaire dans la « charte du Rojava » adoptée comme une sorte de Constitution. Elle met en place une égalité entre tous quelle que soit l’origine nationale, culturelle ou religieuse (car la région a toujours été peuplée d’une mosaïque de peuples : arméniens, kurdes, syriaques, arabes, etc.), ou le sexe, ce qui est une prouesse dans la région. Elle instaure des comités démocratiques dans les villages et les quartiers. Elle établit des services publics… mais qui sont néanmoins limités par la ligne politique du PYD qui ne souhaite pas mettre en avant un programme défendant une révolution socialiste alors même que nombre de ses membres sont pour le socialisme et contre le capitalisme.

Cela se traduit par une absence d’appel clair aux peuples de Syrie, d’Irak, de Turquie et d’Iran, pour contrer le risque d’une simplification du conflit à des fins de propagande tant par Daesh que par les impérialistes (USA, France etc.) comme d’un conflit qui serait avec les kurdes d’un côté et les « arabes » de l’autre. Car d’une part Daesh frappe aveuglément tous les peuples de la région, pas seulement les chrétiens ou les Yézidis, il faudrait dénoncer beaucoup plus le jeu des impérialistes et pas seulement celui du gouvernement turc d’Erdogan. Ce dernier soutient de diverses manières Daesh, autant pour affaiblir la Syrie du dictateur Bachar El Assad que par calcul, en espérant (et il a scandaleusement le soutien de la France et d’autres pour cela) se faire octroyer la mise en place d’une zone «tampon» le long de la frontière ce qui permettrait de déployer l’armée turque sur Kobané et mettre fin aux éléments révolutionnaires mis en place.

Or les impérialistes n’ont que des calculs cyniques en tête et ils ne se soucient pas des peuples de la région. Ils soutiennent Erdogan alors que ce dernier soutient Daesh. Différents Etats livrent des armes au Qatar, comme ce fut le cas de la Suisse en décembre dernier, lequel redonne ensuite ces mêmes armes aux combattants de Daesh…

Les manifestations de soutien à la lutte de Kobané ont rassemblé des dizaines de milliers de manifestants de par le monde, et la campagne de solidarité doit continuer. Il faut dénoncer l’hypocrisie des impérialistes, mais aussi défendre la seule perspective libératrice pour la région, celle du socialisme, de la réappropriation par les travailleurs et les populations de la région des richesses naturelles, et du refus de les céder aux multinationales minières et pétrolières. C’est avant tout en adoptant une ligne claire qui renvoie dos à dos Daesh et les impérialistes états-uniens, français, britannique…, que cette résistance peut servir d’inspiration aux peuples de la région qui subissent depuis des dizaines d’années les horreurs de la guerre sous diverses formes.

Cette première victoire de la résistance est un coup à la politique des impérialistes et des régimes comme le Qatar, l’Arabie Saoudite ou le gouvernement turc d’Erdogan qui soutiennent tous différents groupes terroristes ou fondamentalistes, quand ils ne les arment pas directement. Ce sont les milices YPG/YPJ qui ont volé au secours des réfugiés qui allaient se faire massacrer sur les pentes des monts Sinjar, en Irak, en juillet 2014. Les mercenaires de Daesh entendaient massacrer les Yézidis, un peuple non musulman, et réduire en esclavage les femmes. De même, en proclamant l’égalité des droits entre tous et toutes, en refusant une quelconque discrimination selon la religion, la culture… au sein du Rojava, la résistance peut être un point d’appuis pour les luttes de libération des peuples de toute la région, contre les régimes réactionnaires, ou ceux qui mènent les politiques des impérialistes comme le gouvernement irakien. La première réaction du régime d’Erdogan a été à nouveau d’empêcher de franchir la frontière aux jeunes kurdes qui voulaient aider Kobané, notamment en vue de sa reconstruction. Plusieurs personnes sont mortes lors des manifestations à la frontière. Les gouvernements et notamment François Hollande continue néanmoins de soutenir Erdogan qui mise sur la carte Daesh dans la région. Les gouvernements européens continuent scandaleusement de placer le PKK sur la liste des organisations « terroristes ».
Le combat n’est pas terminé, mais il vient de connaître un tournant positif significatif.

Alex

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