Justice et vérité pour Adama ! Interview d’Assa Traoré

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Assa, sœur d’Adama Traoré et de Mariama du mouvement Justice et vérité pour Adama, venues le samedi 10 décembre à la fête contre le racisme et les discriminations de l’ASTI de Petit-Quevilly près de Rouen à laquelle la Gauche révolutionnaire participait. A gauche, Leila, de la GR

Le 19 juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise, Adama Traoré meurt le jour de ses 24 ans à la gendarmerie. Que s’est-il passé ? Comment suite à une interpellation, dont on ne connaît pas le motif, Adama meurt-il d’asphyxie dans les locaux de la gendarmerie ? Pourquoi seuls les pompiers sont appelés et bien trop tard alors qu’Adama se plaint de difficultés à respirer ? Pourquoi la famille n’est-elle pas prévenue ? Pourquoi la justice ne relève pas dans la première autopsie l’asphyxie ? Pourquoi l’état fournit-il un visa express pour enterrer le corps d’Adama au Mali très rapidement sans que la famille ne l’ait au préalable demandé ? Tant de questions qui ont amené près de 5000 personnes à défiler cet été et qui restent sans réponse près de 5 mois après le décès d’Adama.

Comment se déroule votre combat pour connaître la vérité sur la mort d’Adama depuis 5 mois ?

Nous en avons appris davantage. Adama est mort suite à un plaquage ventral, méthode très brutale d’interpellation, interdite dans de nombreux pays ; ce qui a provoqué l’asphyxie. Les gendarmes l’ont laissé sans assistance et l’ont donc aidé à mourir ! Nous sommes là pour dire la vérité sur les circonstances de la mort d’Adama. Et pour empêcher que cela se reproduise ; Nous subissons des pressions énormes de toutes parts : menaces, intimidations, plainte, présence policière dans le quartier, gazages lors d’actions lors du conseil municipal, charges de police … On veut nous faire taire, que nous n’expliquions pas les conditions dans lesquelles mon frère de 24 ans est mort. Mais le mouvement Justice et vérité pour Adama se poursuit et s’étend dans toute la France même si ma famille en paie le prix fort.

Effectivement la répression s’est abattue sur deux de tes frères qui sont actuellement en prison ;

Le 17 novembre, nous avions organisé une action pour assister, comme n’importe quel citoyen en a le droit, au conseil municipal de Beaumont-sur-Oise. En effet, la maire a tout fait contre nous, elle a porté plainte contre moi et voulait que le conseil vote pour lui donner les fonds pour sa plainte. La police a gazé sans motif dans le conseil et à la suite de cette action, ils ont chargé les gens dans le quartier.

Le 23 novembre dernier, mes frères ont été interpellés. Bagui est poursuivi pour outrages, menaces et violence à l’encontre de personnes dépositaires de l’ordre public, et Youssouf pour outrages uniquement. L’un d’eux a même été arrêté sur son lieu de travail.

Là encore la justice a été expéditive ! Que s’est-il passé ?

Mes frères ont été jugés en comparution immédiate laissant seulement 15 minutes à nos avocats pour consulter le dossier. Et ils dorment en prison en attente du procès qui aura lieu le 14 décembre prochain. Ce sont des prisonniers politiques car ils sont juste coupables d’être les frères d’Adama et de vouloir connaître la vérité ! Il y a des rassemblements qui s’organisent dans plusieurs villes de France. Nous organisons une initiative à Paris où le procès est dépaysé. Nous invitons tout le monde à relayer des actions les 13 ou 14 décembre prochains.

Lors du rassemblement contre la répression organisée à Amiens par les Goodyear, ton frère y a pris la parole. Il disait que Justice et vérité pour Adama allait devenir une association. Où en êtes-vous de cette démarche ?

Ça y est le mouvement est devenu une association officielle. Nous passons beaucoup de temps pour notre cause et nous avons mis nos vies entre parenthèses. Nous voulons que la mort terrible d’Adama ne soit pas vaine pour tous les cas d’abus et de violences policières. Au-delà, nous savons que l’affaire Adama Traoré peut avoir des conséquences sur les autres affaires. On veut faire changer les choses c’est pour cela qu’on s’engage. Nous voulons faire connaître nos droits et nous voulons le droit et l’accès à la justice pour tous. C’est dans ce but que nous sommes présentes à cette fête antiraciste à Rouen et que d’autres sont à Bordeaux ou à Toulouse dans le même temps.

 

Mercredi 14 décembre se tiendra un meeting à Paris, après le procès de Youssouf et Bagui, à 17h au CICP, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris.

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