Iran: Trump crée le chaos

P7 iranL’assassinat à Bagdad du chef des forces spéciales des Gardiens de la révolution – le général iranien Ghassem Soleimani – revendiqué par Trump, témoigne une nouvelle fois de la brutalité des impérialistes dans la région. Leur politique dans la région est exclusivement conditionnée par leurs intérêts de domination économique. L’ordre d’éliminer son ancien allié (face à l’avancée de Daesh, les milices chiites de Mobilisation populaire, levées en Irak et encadrées par des agents iraniens, ont bénéficié de la couverture aérienne des États-Unis à partir de 2014) est sans doute lié pour Trump à un enjeu de politique intérieure. Il veut se présenter, avant les élections aux US, comme l’obstacle majeur contre une prétendue poussée des ambitions iraniennes, et surfer sans aucune vergogne sur les séquelles du traumatisme de la prise d’otages de 1979 à l’ambassade américaine de Téhéran – une défaite diplomatique et idéologique majeure pour les impérialistes d’outre-Atlantique – et en rajouter sur les craintes de voir l’existence d’Israël menacée.

Les peuples pénalisés

Ceci est d’autant plus cynique que les conséquences de cette exécution ont de grandes chances de consister en un renforcement de l’hégémonie iranienne sur l’Irak, mais aussi sur le Liban et la Syrie, coupant l’herbe sous le pied aux mouvements de protestation populaire qui avaient mobilisé des millions de personnes dont une grande proportion de manifestants chiites, invalidant par là-même la lecture binaire occidentale classique des conflits dans la région, qui cherche souvent à les résumer à un conflit chiites contre sunnites. Depuis octobre 2019, Soleimani et ses milices ont réprimé dans le sang, avec plus de 250 morts, les manifestations en Irak qui dénoncent la corruption, le contrôle par l’Iran de l’Irak au moyen des milices et réclament la démission du premier ministre chiite irakien. De même en Iran, les manifestations contre la hausse du prix de l’essence se faisaient aussi en contestation du financement par le régime iranien du Hezbollah libanais et de la guerre en Syrie tandis que la misère reste forte dans le pays.

A Kerbala, ville sainte du chiisme en Irak, des manifestants, dont beaucoup de chiites, avaient lancé le slogan « Iran dehors » aux cotés de slogans anti-USA et en attaquant le consulat d’Iran. C’était la pseudo unité chiite qui était remise en cause par des revendications indépendantistes et démocratiques.

Risque de guerre ?

Or, pulvériser Soleimani a conduit à le transformer en nouveau martyre du chiisme. Désormais les mots d’ordre d’émancipation du Liban et de l’Irak de la tutelle iranienne passent au second plan, voire sont étouffés, derrière l’exigence de l’unité du monde chiite derrière l’Iran contre « Le grand Satan », risquant de surcroît d’embraser une région déjà fort instable.

Mais ces poussées démocratiques, les impérialistes occidentaux s’en moquent comme de leur premier drone. Le silence des dirigeants européens est ainsi éloquent, eux qui la main sur le cœur, à côté du portefeuille, énoncent dans le vide les mots de démocratie et de liberté, n’ont rien trouvé à redire face à cette violation de leur « droit international », à cet acte de guerre avéré. Plus que jamais, il est évident que les peuples de la région n’ont rien à attendre d’eux.

Il est possible que la tension continue de monter, d’actes de guerre en actes de guerre. Le Moyen-Orient paie un lourd prix des politiques impérialistes, avec des conflits longs et sanglants depuis les années 80, des millions de personnes déplacées, et des peuples opprimés subissant la répression.

Nous devons nous opposer à toute nouvelle tentative des impérialistes de créer une situation de guerre dans cette région, et soutenir tous les mouvements sociaux et politiques qui visent à unifier les travailleurs, les paysans, les masses pauvres des villes, contre leurs gouvernements corrompus, et refusant de se faire diviser entre chiites, sunnites, chrétiens, etc., pas plus qu’en fonction de la langue (arabe, perse, kurde…) ou autre. Pour l’unité des peuples de la région contre le capitalisme, l’impérialisme, et l’intégrisme religieux, pour une confédération socialiste et démocratique des peuples du Moyen Orient !

Par Geneviève Favre

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