Incendie de l’usine Lubrizol à Petit-Quevilly

190926-lubrizol-rouen-OLIVLENORMANDEncore une fois, l’usine Lubrizol de Rouen fait parler d’elle. L’incendie qui s’est déclaré dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 septembre rive gauche de Rouen près de Petit-Quevilly n’est pas à prendre à la légère. Des explosions, des boules de feu cette nuit et une fumée opaque noire qui est sortie jusqu’à 13h15 remplissant le ciel ! Et plongeant Rouen dans une atmosphère noire et triste. Les fumées des hydrocarbures en feu se sont baladées au dessus de Rouen, Mont Saint Aignan et dans l’agglomération. On pouvait croiser dans les rues des gens déambulant avec leur portable à la recherche d’informations et inquiets. Car cette couleur noire n’était pas rassurante, loin de là. Elle a laissé derrière elle une pellicule noire visqueuse qui s’est mélangée à l’eau de pluie, créant un grand pic de pollution aux alentours de Rouen, s’étendant jusqu’à Dieppe et les communes du pays de Bray Buchy Neufchâtel, jusqu’à la Somme, le Pas-de-Calais….

A partie de quelle heure peut-on espérer être mis en sécurité ?

Faut-il attendre le réveil du préfet pour que des mesures claires de sécurité soient prises ? Il semblerait. Alors que dès leur réveil les habitants de l’agglo et celles et ceux qui la traversent ont circulé comme à leur habitude, la préfecture ne s’est adressé à la population que vers 8h. Et le périmètre d’interdiction était très limité. Donc très vite les embouteillages ont commencé. Il y a de quoi se poser des questions. Les travailleurs, les enfants qui vont en garderie, à l’école ou qui doivent prendre les transports se lèvent tôt.

L’incendie et les explosions ont eu lieu vers 2h45 du matin. Mais c’est seulement à 7h30 pour certains, 7h50, 8h30 pour d’autres que les fermetures d’écoles et de lieux publics sont tombées et de manière totalement anarchiques selon les communes. A chacun selon ses moyens : mail, coups de téléphone, sms… Les autorités ont laissé les voitures circuler malgré les risques. C’est irresponsable et lamentable !

Du côté des entreprises, là aussi les informations sont contradictoires. La préfecture demande d’éviter les déplacements nombreux mais autorise d’aller au travail. Aux docks 76, la direction a menacé d’amendes les magasins qui n’ouvriront pas, obligeant les salariés à rester à 400 m du site Lubrizol de l’autre côté de la Seine. Des entreprises ont décidé de fermer faute d’effectifs suffisants, mais certains syndicats appellent déjà à la vigilance des travailleurs si leur patron les menaçait de sanctions en cas d’absence.

Les pompiers ont dû rappeler que « aucune fumée n’est saine » quand la préfecture disait que la fumée n’était pas d’une toxicité aigüe sans préciser qu’elle est nécessairement toxique.

Castaner en visite express

Cerise sur le gâteau, c’est le ministre de l’intérieur, Castaner qui a été dépêché par le gouvernement pour nous rassurer. Il déclare qu’il ne faut « pas paniquer », qu’il n’y a rien à craindre. Faut-il en rire ou en pleurer ? Le panache de fumée fait 22km de long et six de large, et « porte en soi un certain nombre de produits qui peuvent être dangereux pour la santé ». Comment croire celui-là même qui cache les milliers de blessés des mobilisations gilets jaunes ?

Protéger ou faire du fric ?

Le problème aurait peut-être pu être évité si la sécurité était leur priorité. Mais l’histoire de cette entreprise prouve que c’est loin d’être le cas. En 2013, une fuite de gaz mercaptan avait entraîné des vomissements et des malaises parmi une partie des habitants et une odeur nauséabonde jusqu’en Angleterre. En 2015, une fuite avait eu lieu dans les eaux d’évacuation et le 3 septembre dernier un premier incendie avait eu lieu.

Le grand patron du holding qui possède Lubrizol est le milliardaire «bling-bling » Warren Buffet qui engrange des milliers d’euros chaque minute sans travailler ! Tant que toutes ces usines appartiendront à des gros actionnaires qui ne s’inquiètent pas de notre sécurité, les travailleurs du site et les habitants de l’agglomération ne seront pas en sécurité. Ces usines dangereuses doivent être nationalisées, c’est à dire placées en propriété publique, sous le contrôle et la gestion des travailleurs et de la population. C’est la seule possibilité pour que la sécurité soit centrale dans l’organisation de l’entreprise et qu’ainsi elle ne crée plus de nuisances et que les travailleurs gardent un vrai emploi et un vrai salaire. Que ce soit cette pluie visqueuse, la fumée ou encore, les produits chimiques se déversant dans la Seine, tout cela peut créer des gros problèmes à l’avenir. Et il peut y avoir un danger futur sur notre alimentation et notre eau. Une chose est sûre immédiatement, il faut ouvrir une enquête de santé épidémiologique pour évaluer les conséquences -qui peuvent être très importantes- de cette pollution.

Il y a un réel questionnement à avoir sur ce type d’événement et sur comment le problème revient 6 ans plus tard. Le problème ne peut pas être imputé comme en 2013 à une erreur humaine seulement. Nous exigeons une commission d’enquête indépendante du gouvernement, des pouvoirs locaux et du patronat de la chimie.

L’enquête doit être publique, menée par les représentants de la population, des travailleurs et de leurs syndicats. Le rapport de 2013 du ministère du développement durable et de l’environnement pointait des problèmes de formation du personnel. Il a été très peu publié et aucunement discuté avec les habitants de Petit-Quevilly vivant à 100 m de l’usine par exemple ! Nous apportons également un soutien complet aux pompiers et aux travailleurs de l’usine. Ils ne peuvent pas faire les frais des décisions de leur patron. Nous exigeons le maintien des salaires complets des travailleurs du site ainsi que des entreprises qui en dépendent le temps nécessaire à une vraie enquête.

Par Leïla et Marine

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