Haïti, rébellion sociale contre la pauvreté et la corruption

P7 haitiLes manifestations débutées le 7 février dernier se sont transformées en une grève générale paralysant le pays : écoles et commerces fermés, des banques attaquées, des stations d’essence incendiées et des rues des principales villes bloquées par des barricades.

Des dizaines de milliers de personnes sont sorties dans les rues quotidiennement défiant ainsi les milliers de policiers dépêchés par le gouvernement pour contenir sans succès les protestations, entraînant plus de 50 morts. Cette explosion sociale est le reflet de l’immense insatisfaction contre le gouvernement et le système en général.

Un mouvement contre la hausse des prix

Les manifestations actuelles sont l’ultime épisode de mobilisations allant crescendo depuis juillet dernier, avec 3 millions de personnes sur une population de 11 millions d’habitants dans les principales villes du pays, le 17 octobre.

Le premier déclencheur des manifestations a été la réduction des subventions sur les produits dérivés du pétrole. L’essence a augmenté de 39 % en une nuit et 47 % pour le diesel. Les mobilisations de juillet avaient contraint le gouvernement à reculer sur ces hausses et le Premier ministre, Jack Guy Lafontant, avait démissionné le 14 juillet dernier.

Les Haïtiens sont furieux contre la corruption effrénée, l’inflation et le chômage incontrôlé, frustrés des années de promesses non tenues et fatigués des troupes étrangères « pacificatrices » de l’ONU d’occupation, présentes depuis 15 ans ! Elles agissent dans une totale impunité. Des scandales ont été révélés d’abus sexuels et de viols sur mineurs. Et en plus, ils répriment la population.

Le scandale de Petrocaribe

Les scandales ont aussi touché la gestion des fonds du programme Petrocaribe. Un accord en 2006 avec le Venezuela de Chavez permettait à Haïti de se fournir en pétrole du Venezuela à un tarif moins cher que le marché. Mais un scandale a révélé que 15 ex ministres, sénateurs et députés, du gouvernement comme de l’opposition, dont le président actuel Moïse avaient détourné ses fonds. Le peuple a commencé à demander « Où est l’argent de Petrocaribe ? ».

En décembre dernier, le « Rassemblement des organisations engagées » a été formé pour organiser la mobilisation et exiger une enquête sur l’argent disparu. Un des porte-paroles du mouvement expliquait ses intentions le 19 décembre sur Haïti liberté : « Nous nous inspirons du mouvement des gilets jaunes de France et nous allons adopter la même attitude si le gouvernement ne satisfait pas nos exigences ». Ils réclament la vérité et le jugement des coupables de Petrocaribe et exigent la démission immédiate du président Moïse, élu en 2016 grâce à la fraude.

Désormais, le mouvement est dans une phase calme. L’impérialisme fait pression sur Moïse pour qu’il ne démissionne pas et cherche un quelconque accord avec l’opposition. Mais le pouvoir est très fragile et sans appui populaire. Les déclarations de bonne intention contre la corruption ne suffiront pas à clamer la colère profonde du pays le plus pauvre des Amériques.

D’après un article (en espagnol) de Izquierda Revolucionaria (organisation sœur de la Gauche Révolutionnaire dans l’État espagnol)

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