Front de gauche : une politique qui tourne en rond… autour du PS.

Comme quoi ... la révolution ne se fait pas dans les urnes! Retrouvez es dessins de Fañch : http://blog.fanch-bd.com

Comme quoi … la révolution ne se fait pas dans les urnes!
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Le Front de gauche est divisé depuis plusieurs mois : bisbilles entre Pierre Laurent (PCF) et Jean Luc Mélenchon (PG), désaccords électoraux, recomposition de l’aile gauche, suspension de la participation du PG au Parti de la gauche européenne… Et il y a des différences sur la manière d’approcher le PS et l’avenir du Front de gauche.

Des tensions de plus en plus nombreuses au sein du Front de gauche.

Concernant les prochaines élections municipales, plus que jamais le Front de gauche est désuni avec un sigle qui représentera des alliances et des tactiques différentes selon les villes.Ceci peut s’expliquer parfois par des réalités locales. Mais en général, la géométrie variable des listes Front de gauche est avant tout l’illustration de l’absence d’un programme commun au FdG face au gouvernement PS-écologistes et à la pression de la droite et du FN. Pourtant face à un gouvernement PS qui assume les plans de coupes dans les budgets sociaux et les cadeaux au patronat, un véritable Front de gauche, qui veut représenter et défendre les intérêts des travailleurs et des couches populaires pourrait défendre un certain nombre d’axes précis contre la dégradation des conditions de vie de la majorité des habitants : transports, emplois, logement. Autant de sujets sur lesquels une vraie orientation en faveur des travailleurs et de la population est cruciale. Mais pour cela, il faut définir quels sont les points clés et ne pas tout calculer en fonction de ce qui sera acceptable ou pas par le PS. Faire, sur bases d’accords au rabais, des listes communes avec le PS dès le premier tour comme le fait le PCF dans un certain nombre de villes (pas toutes fort heureusement) est très néfaste. La position du Parti de gauche de faire résolument liste séparée au premier tour est en cela beaucoup plus juste. Seulement si leur critique est souvent virulente, la position devient peu crédible et se révèle purement tactique quand on sait que d’ores et déjà au second tour le PG (ou les listes autonomes du FdG) fusionera ses listes avec le PS. La question reste de savoir sur quelles bases cela se fera. La direction du PCF fait sa politique en faisant du PS le partenaire privilégié et recherché, pensant l’obliger à infléchir sa politique. Le PG tourne aussi autour du PS, mais en se focalisant sur la «gauche» de celui-ci. Tous veulent avoir une influence sur le PS, peser sur sa gauche et être au final la force qui compte. D’une autre manière, les Verts font cette politique d’ajustement dans un sens ou dans l’autre depuis des décennies et n’existent que pendant les élections. Cette politique ne fait pas un programme politique et envoie droit dans le mur. Le PS a choisi de servir les intérêts des capitalistes. Un vrai Front de gauche aujourd’hui face à un gouvernement dirigé par le PS devrait nécessairement adopter une politique indépendante qui parte des intérêts des travailleurs et des couches populaires.

Quel avenir pour le Front de gauche ?

Ces débats sont souvent perçus comme politiciens à une échelle large. Ils sont stériles et éloignent tous ceux et celles qui cherchent à s’opposer à la politique de Hollande. Aujourd’hui les réunions du Front de gauche sont vides dans de nombreuses régions et villes, et il est davantage un sigle pour les élections pour le PCF souvent et pour d’autres forces regroupées parfois. Réduit à un sigle électoral, le FdG s’éloigne de la possibilité d’être un front combatif regroupant ceux qui à gauche veulent au moins sur certains points faire reculer les capitalistes et ceux qui les servent comme le gouvernement actuel. Cette situation d’urgence critique amène une partie des forces de «l’aile gauche» du Front de gauche à se regrouper pour essayer afin de peser sur l’avenir de l’alliance. Un regroupement appelé «Ensemble» a vu le jour fin novembre. En terme électoral, il se rapproche de la position du Parti de gauche de listes indépendantes au premier tour et insiste sur le fait que le Front de gauche doit être uni et se retrouver aux européennes sous la même bannière. Ils se veulent optimistes mais se heurtent à un vrai problème politique qu’aucune des forces d’Ensemble n’a vraiment posé et résolu : le Front de gauche n’a pas été conçu pour être un outil pour s’organiser, discuter et agir. Ça n’a jamais été l’objectif du PCF ni même du PG. Leur programme n’est pas d’avancer vers la création d’une nouvelle force politique capable de porter les aspirations de ceux qui veulent lutter. Depuis le «Prenez le pouvoir!» de 2012 de Mélenchon, la révolution citoyenne appelée de ses vTmux passe essentiellement par un bulletin de vote et quelques grandes manifestations. Les «assemblées citoyennes» n’ont jamais attiré du monde et étaient dominées par le bla-bla. La question n’est pas d’ouvrir ou non le Front de gauche largement mais sur quel programme un tel regroupement politique large pourrait exister ? Dans les luttes par exemple, le FdG refuse de discuter de la tactique syndicale et de la critiquer. Or, quand les directions syndicales font tout pour empêcher une lutte d’ensemble contre la casse des retraites, une telle approche ne peut que décevoir ceux et celles qui luttent contre les attaques patronales. Aux manifestations appelées par le Front de gauche une partie des travailleurs et des jeunes répond encore présente mais si le Front de gauche continue de ne pas répondre aux vraies questions, il risque d’exploser définitivement, tiraillé par les divergences d’intérêts des forces qui le composent ou de se rabougrir à un sigle électoral. Il faut faire émerger une opposition de gauche au gouvernement et aux capitalistes.. Pour cela, il faut défendre une alternative au PS et s’opposer clairement aux politiques menées par celui-ci et porter des revendications indépendantes dans les élections comme dans les luttes et le quotidien contre les licenciements, les fermetures et coupes dans les services publics.

Par Leïla Messaoudi

Paru dans l’Egalité n°164 (janvier-février 2014)

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