Erdoğan durcit sa dictature, l’Europe laisse faire

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Manifestation à Paris le 11 octobre 2015 contre les massacres d’Erdoğan au Kurdistan turc et syrien

Le 4 novembre, en pleine nuit, les forces de police turques ont envahi les locaux du Parti démocratique des peuples (HDP) à Ankara. Onze députés du HDP ont été arrêtés dont les deux portes-parole, Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ et le président du groupe parlementaire İdris Baluken. Le pouvoir d’Erdoğan est en train d’écraser toute vie démocratique en Turquie et le simple fait d’être un opposant est désormais passible d’arrestation.

Les médias et les gouvernements dénoncent les massacres horribles perpétrés par l’armée du dictateur syrien Bachar El Assad, appuyée par les troupes russes. Ils parlent moins des victimes civiles dues aux bombardements des USA et de la France. Et ils passent sous silence quasi-complet la politique du président-dictateur turc, Erdoğan, qui massacre son propre peuple et envoie des milliers d’opposants en prison.

Et sur le terrain même de la « guerre contre Daesh », les pays de la « coalition » ont systématiquement fermé les yeux lorsque Erdoğan finançait les groupes terroristes ou laissait le pétrole de Daesh passer à la frontière turque.

L’intervention turque en Syrie et en Irak

En août dernier encore, l’entrée de l’armée turque en Syrie pour bloquer la progression des forces kurdes n’a vu aucune réelle protestation. Dans la région d’Alep, 26 bombardements par l’aviation turque sur des positions des Forces démocratiques syriennes – les milices arabo-kurdes qui luttent contre Daesh – ont également été passés sous silence malgré les près de 200 miliciens tués. En Irak, l’armée turque frappe également dans la région de Mossoul, là encore, ce sont les positions des Kurdes proches du PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdistan, autonomiste et principal opposant au pouvoir central turc… qui le traite à égalité avec Daesh) qui sont touchées.

Mais l’ambition d’Erdoğan est double. Non seulement, il veut poursuivre une guerre totale contre toute force kurde, ou tout simplement en opposition à sa politique, mais il envisage désormais sérieusement de d’élargir sa zone d’influence sur les décombres de la Syrie et de l’Irak. La zone pétrolifère de Mossoul est dans son viseur. Erdoğan a même dit « lorsque nous parlons de la Syrie, de l’Irak, de la Crimée (…), de la Bosnie (…) il s’agit de morceau de notre âme », jouant ainsi sur le registre de la nostalgie de l’empire Ottoman, et donc de fait, d’une forme d’opposition aux pays occidentaux.

Une répression intérieure féroce

Le ministre des affaires étrangères français, Ayrault, a trouvé le moyen de se rendre en Turquie, et même à Gaziantep dans le Kurdistan turc, le 24 octobre, sans parler une seule fois des destructions de quartiers entiers des villes de la région par l’armée turque. L’acharnement du pouvoir contre les élus du Parti démocratique des peuples (HDP) continue, avec l’arrestation de la maire de Diyarbakır, Gültan Kışanak, et de son adjoint Fırat Anlı, au seul motif de possible relation avec le PKK, résume la politique d’Erdoğan. Toute opinion contraire à sa politique sera réprimée.

Au prétexte de pourchasser des complices du coup d’État manqué du 15 juillet dernier, on en est à 37 000 fonctionnaires arrêtés, 55 journaux et 36 chaînes de télévision fermés, etc. 133 journalistes sont en prison, la Turquie en ayant désormais plus que l’Iran ou la Chine.

Aucune lutte n’est séparée des autres

La brutalité d’Erdoğan met le pays tout entier sous tension. La corruption au sein de son parti, l’exploitation que subissent les travailleurs dans les usines fabriquant pour les multinationales européennes, la négation des droits démocratiques des minorités, les reculs démocratiques pour les droits des femmes ou la liberté d’expression sont un tout. Autant les quartiers kurdes assiégés par l’armée durant cette année 2016 ont eu raison de se défendre, autant la solution ne passe pas par un isolement des luttes, mais au contraire par l’unité de tous ceux et celles, de langue turque, kurde ou autre, qui en ont assez de ce régime dictatorial et des faux partis d’opposition.

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C’est cet espoir-là que représente le HDP, à condition qu’il cherche réellement à se construire comme un parti de masse et de lutte, défendant autant l’unité de tous les travailleurs de Turquie contre Erdoğan, que contre la classe capitaliste qui le soutient et les gouvernement d’Europe.

  • Assez des atteintes à la liberté et aux droits démocratiques en Turquie !
  • Libération de Demirtaş et de tous les prisonniers politiques de Turquie !
  • Arrêt des opérations militaires au Kurdistan !

La complicité des gouvernements de l’Union européenne, Merkel et Hollande en particulier, est scandaleuse, et nous n’aurons de cesse de dire : Erdoğan assassin, Merkel-Hollande complices !

Par Alex Rouillard

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