Discuter d’une alternative à gauche du PS ou enfin la construire ?

dirigeants de la gaucheLes élections départementales ont confirmé qu’il existait à gauche du PS un vote qu’on peut qualifier «d’anti-austérité». Les listes emmenées par le Front de Gauche étaient de nature très variable : cela pouvait aller d’une alliance avec le NPA dans certaines circonscriptions à une coalition avec des forces bien moins opposées au gouvernement comme Europe écologie les Verts (EELV) ou Nouvelle donne dans d’autres. Elles ont réalisé un score de 9,5% en moyenne là où elles se sont présentées. Au deuxième tour, ces listes ont remporté la plupart de leurs confrontations avec le Front National (39 contre 4). Pourtant, malgré ce relatif bon score, le Front de Gauche ne veut toujours pas avancer vers une véritable force politique indépendante à gauche du PS. A l’issue des départementales, ce sont encore des discussions, des assemblées, comme si tout n’avait pas été dit et redit sur la politique de Hollande.

Pourquoi donc le Front de Gauche, et surtout sa principale composante, le PCF ne s’engage-t-il pas clairement ? Les alliances aux départementales l’ont été sur des bases si différentes d’un département à l’autre qu’on peut douter de leur solidité. EELV est un pied dans le camp de Valls, un pied dehors. Ne pouvant faire de vraie campagne indépendante, ils se seraient littéralement écrasés s’ils étaient partis seuls aux élections. Et il en sera de même aux régionales de décembre prochain. Le Front de gauche leur sauve la mise en faisant liste commune avec eux. Et c’est au prix de plate-formes électorales qui sont sans réelle référence aux luttes des travailleurs ou à la remise en cause du capitalisme mais sur la promotion d’un «capitalisme vert» cher aux dirigeants d’EELV : l’exploitation des travailleurs mais avec un label écolo en somme.

En privilégiant de tels partenaires au lieu d’adopter une posture de claire opposition au PS, le FdG ne peut pas capter la colère qui monte dans de larges couches de la population. Chaque composante y va de son petit schéma en espérant faire rentrer la situation réelle dedans. Du coup, les assemblées de discussions ne peuvent que tourner en rond.

L’audience de Mélenchon, le poids militant du PCF, le rejet grandissant de la politique de Valls-Hollande sont autant d’ingrédients qui pourraient permettre d’avancer vers un parti de lutte des travailleurs et de la jeunesse, contre le capitalisme et les politiques d’austérité. Mais ce n’est pas pour le moment le choix qui est fait par les dirigeants du FdG qui restent focalisés sur l’idée d’une «gauche d’alternative» qui pèserait sur Hollande et le PS, comme si la majorité PS à l’assemblée n’était pas consciemment en accord avec Valls, tout comme ceux des dirigeants d’EELV qui veulent entrer au gouvernement le formulent en toute conscience.

La colère d’une majorité de la population s’exprime actuellement avant tout dans les luttes des travailleurs dans les entreprises. Or, s’il y a bien une chose qui est complètement absente des discussions de sommet entre les diverses forces du Front de Gauche et les partenaires de discussion de celui-ci, c’est bien les luttes ouvrières. Tout au plus sont-elles mentionnées, mais elles ne sont pas au coeur des débats et de la réflexion alors que les salaires, les conditions de travail, la défense des services publics et des emplois, sont les principales préoccupations d’une majorité de la population.

Il y a pourtant besoin d’une nouvelle force politique des travailleurs et de la jeunesse, contre la politique du gouvernement, l’austérité, les attaques des patrons, une force, qui se donne l’objectif d’être un véritable parti de masse pour lutter contre le capitalisme. S’il y a des discussions à avoir, ce n’est pas sur la prochaine mouture de l’alliance électorale «alternative», mais bien s’appuyer sur les luttes et les colères en cours pour qu’elles s’unifient en un outil politique qui dise clairement son opposition au PS, à l’UMP et au FN.

Par Alex

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