Collège Branly : une lutte exemplaire contre l’autoritatisme et le management agressif !

BRANLY 18 MAI

Rassemblement des grévistes et de leurs soutiens le 18 mai devant le rectorat

Les personnels du collège Branly, à Grand Quevilly, en banlieue de Rouen, sont en grève reconductible depuis le 9 mai. Ils demandent le départ de l’équipe de direction qui depuis son arrivée dans l’établissement en 2014 a multiplié les décisions autoritaires, le dénigrement et l’agressivité dans les rapports avec l’ensemble des personnels, avec des conséquences dramatiques, allant jusqu’à provoquer un premier arrêt maladie pour cause de harcèlement, suivi de six autres.

Dès le 7 décembre 2015, l’ensemble des personnels a réagi en utilisant son droit de retrait et en prévenant le rectorat des dangers réels pour leur santé. La réponse a été cinglante : le rectorat a refusé le droit de retrait et l’enquête CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) qui auraient dû suivre. Cela a conforté le chef d’établissement qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Elle a à chaque fois procédé de la même manière, et démoli les personnels des collèges qu’elle avait précédemment dirigés. Le rectorat est allé plus loin, en soutenant dans un premier temps la décision de supprimer les deux postes des deux enseignants syndicalistes qui mènent clairement le mouvement contre le management agressif.

Les personnels ont alors été massivement en grève pour une première journée, en février, et ont popularisé leur lutte contre l’équipe de direction, et contre la répression syndicale qui se traduisait par la suppression de deux postes. Face au soutien affiché par les personnels des établissements du secteur, mais aussi par les syndicats de l’éducation et d’autres secteurs professionnels, le rectorat a reculé assez vite sur la répression syndicale et proposé un «diagnostic» de l’établissement.

Personne n’a vraiment été dupe de ce «diagnostic» que contrôle seul le rectorat, mais au fil du temps le soutien du rectorat à l’équipe de direction est apparu encore plus net. A chaque dénonciation d’agissements inadmissibles de la part de la chef d’établissement (ouverture de courrier personnel, non assistance à un élève ayant fait un malaise), le DRH a demandé aux personnels de modérer leurs propos. Le 26 avril, les personnels réunis en AG ont donc voté la grève illimitée à partir du 9 mai jusqu’au départ de l’équipe de direction.

Toute la semaine du 9 au 13 mai, la lutte a été exemplaire. Les grévistes se sont d’abord adressés aux collègues des établissements de l’académie, et à la population en distribuant des tracts dans toute la ville pour alerter la dégradation des conditions d’enseignement lutte. Le but est évident : obtenir un maximum de soutien, ce qui s’est traduit aussitôt par deux rassemblements les 10 et 12 mai très suivis. Les grévistes se sont également adressés aux syndicats de l’éducation nationale pour avoir leur soutien, et aux sections syndicales des autres entreprises du secteur, par l’intermédiaire notamment de notre camarade syndiqué CGT de l’éducation dans le collège. Pour finir, des liens se sont tout de suite fait avec les militants du mouvement nuit debout qui sont venus renforcer l’action médiatique devant le rectorat.

Après une semaine de grève suivie par les deux tiers du personnel, et une semaine sans cours, le rectorat est resté silencieux. Une audience tardive a été accordée aux syndicats pour gagner du temps et avec l’espoir de s’appuyer sur une ou deux directions syndicales pour faire accepter aux personnels une médiation bidon, et éviter le désaveu d’un départ de l’équipe de direction. Mais c’est bien un bras de fer qui est engagé avec les personnels qui ont des atouts dans leur poche : un soutien important des établissements environnants et des parents qui ont pris avec les tracts et les rassemblements la mesure de la situation, une caisse de grève qui s’est mise aussitôt en place et va permettre aux personnels de tenir, et le mouvement social fort de cette semaine qui va accentuer la pression sur le rectorat qui sera pressé d’éteindre un peu partout les feux, et un moral d’acier que renforce chaque soutien.

Une grève qui bénéficie d’un large soutien

Les salariés du collège sont déterminés et ont à nouveau reconduit la grève cette semaine. Un nouveau rassemblement devant le rectorat de Rouen ce mercredi 18 mai a eu lieu, avec succès. Cette lutte est importante dans l’académie, tant les cas de conflits entre équipes de direction et enseignants ou personnels TOS (Techniciens et Ouvriers de Service) se multiplient. Les suppressions de postes (le collège Branly est sorti de l’éducation prioritaire l’an dernier), le passage en force de la réforme du collège et d’autres réformes, ont attisé les tensions.

Le rapprochement avec les salariés hors éducation se fait également très bien. Les suppressions d’emplois et la volonté d’exploiter au maximum les salariés pour permettre aux actionnaires d’augmenter leurs profits, font que les conditions de travail se dégradent partout, et la souffrance s’accroît en parallèle. La population du quartier populaire où se situe le collège Branly en sait quelque chose et les enseignants se sont naturellement et tout de suite adressés à eux. Un collectif de parents est en train de se créer pour soutenir les grévistes.

Les personnels de Branly ont pris leurs responsabilités et mènent une lutte exemplaire. Une victoire contre le rectorat aurait un impact majeur et ouvrirait sans doute la voie à d’autres victoires dans des lycées ou des collèges qui souffrent en silence. Ils ne lâchent rien et la solidarité va leur permettre de tenir aussi longtemps qu’il le faudra.

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