Algérie : les dernières cartes du régime et la détermination du peuple

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Le 9 avril 2019, des marches étudiantes étaient organisées partout dans le pays

Le peuple algérien ne résigne pas. Il ne renonce pas à son combat malgré le cynisme du régime qui méprise incessamment les manifestants, tente de leur faire peur et multiplie les fausses informations pour ternir l’image du mouvement. Mais c’est parce que le régime a peur. La mobilisation est partout : dans les universités où des comités autonomes se sont constitués et où la grève a repris en cette rentrée des cours après les vacances de printemps. Dans les usines où des grèves ont été déclenchées, dans les villes et villages où des femmes, enseignant(e)s, avocat(e)s, médecins, journalistes et toute la société civile se sont mobilisées pour exprimer cette volonté de changement. Les immenses manifestations du vendredi sont toujours aussi massives à d’Alger à Oran, d’Annaba à Constantine ou à Bejaïa. La contestation a gagné toutes les tranches et catégories d’âges (hommes,femmes, grands,petits, travailleurs,chômeurs), pour un seul slogan : vous partez tous ! C’est l’envie d’un changement radical !

Encore un recul du pouvoir

Vu ce qui qu’il se passe au sommet de l’État ces deniers jours, le régime cherche une perspective pour pérenniser son règne ou, au moins, chercher une sortie de secours en évitant le pire des scenarii possibles.

D’ailleurs, il n’a pas cessé d’y penser depuis le début de ce mouvement de contestation. Le régime a joué les cartes des patrons et de l’opposition, puis celle de l’annulation des élections présidentielles et la proposition d’une période de transition qui contient la proposition d’une conférence nationale présidée par le diplomate Lakhdar Brahimi. Rien n’y a fait, la contestation continue. Maintenant, c’est la carte de la démission du président-marionnette Abdelaziz Bouteflika, le 02 Avril 2019, après un forcing de l’Armée Nationale Populaire et son général Gaïd Salah. L’institution militaire algérienne, qui a orchestré tous les putsch depuis 1962, tente de reprendre les commandes et d’esquiver une fin tragique pour leur meute obsédée par le pouvoir. Un conseil chargé d’assurer l’intérim des 90 jours officiels avant la prochaine présidentielle a été nommé, comportant des hommes-clés du régime, bien décidés à ne pas laisser le pouvoir au peuple.

Aller de l’avant

Face à cela, le peuple doit se montrer vigilant quant à certaines manœuvres qui tentent de freiner cet élan révolutionnaire. Des éléments, parfois introduits explicitement pour saper les fondements de ce mouvement, jouent la carte de la division. Des appels à l’agression des femmes militantes, des pressions sur les grévistes en menaçant de licenciement et de sanction… et tant d’autres, cherchent à créer un climat de peur.

Mais la réaction ne s’est pas fait attendre. Ceux qui menaçaient « d’égorger les féministes » ont reçu des dizaines de messages sur les réseaux sociaux, des appels téléphoniques, autant d’hommes que de femmes. Beaucoup ont préféré retirer leur menaces voire se sont excusés. Telle est la force du mouvement révolutionnaire en Algérie, à l’image des premières semaines de la lutte révolutionnaire en Égypte ou en Tunisie en 2011, quand toutes les provocations pour diviser la lutte étaient repoussées par la détermination des masses.

Le mouvement peut et doit s’amplifier. Les partis de la pseudo opposition discutent sur le dos du peuple, y compris avec d’anciens dirigeants du FIS (le parti islamiste qui soutenait les groupes terroristes dans les années 1990). La confédération syndicale autonome, qui est certes relativement petite mais qui regroupe des syndicats indépendants du régime, a appelé à la grève générale contre le gouvernement Bedoui (qui assure l’intérim) pour le 10 avril. Il faut que les syndicats de base de la grande confédération, UGTA, dont certains ont déjà pris positions en faveur du mouvement, appellent eux aussi à l’action et à chasser le régime, y compris dans les entreprises où règnent tant de petits Bouteflika.

Les comités de lutte doivent se développer partout des universités aux entreprises, dans les quartiers et villages, et discuter ensemble des revendications comme l’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail, l’égalité entre tous les citoyens, femmes ou hommes, quelle que soit la région.

Une véritable démocratie

La clique au pouvoir et les différents clan au sein de l’armée ou du FLN se partagent le gâteau des richesses algériennes en complicité avec les multinationales et les impérialistes. Il n’y aura pas de démocratie en Algérie tant que ces rapaces au service du capitalisme tiendront le système. Seul un gouvernement des travailleuses et des travailleurs, de la jeunesse, issu du peuple révolutionnaire, pourra donner vie à l’envie d’une Algérie démocratique, libre et égalitaire, où les richesses naturelles et les entreprises seront en propriété publique et non aux mains des affairistes qui s’enrichissent sur le dos du peuple. Gérées par les travailleurs et la population, cela permettrait un véritable développement du pays et des régions et donner des emplois à tout le monde. C’est cela, le vrai socialisme, que peut construire le mouvement révolutionnaire en cours s’il se tient à son objectif de chasser tout le régime.

Vers la révolution ?

Comme le dit la pancarte d’un chômeur à la manifestation d’Alger vendredi dernier : « Pour la première fois, je n’ai pas envie de te quitter mon pays. »

Une grande majorité du peuple le comprend, c’est possible. Possible de changer le pays, possible de vivre enfin dignement. Les comités de lutte peuvent servir de lieu pour discuter d’une nouvelle Algérie. La question d’une assemblée constituante et de prochaines élections revient souvent, mais ce sera un moyen d’écarter les masses révolutionnaires si celles-ci ne se dotent pas d’instrument à leur service et notamment un parti défendant réellement les intérêts des travailleurs, des retraités, des chômeurs, des petits paysans et de la jeunesse, femmes ou hommes, de quelque culture ou peuple qu’on soit.

La révolution qui a commencé ouvre de grandes possibilité. Une Algérie socialiste et démocratique est aussi une voie à l’affranchissement de toute l’Afrique. Vive la révolution des jeunes et travailleurs ! La débâcle du capitalisme est l’œuvre des prolétaires de tous les pays dont le prolétariat algérien.

Amar Benhamouche

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